Le rabbin Yitzhak Yosef impute la mort de soldats à Gaza à l’étude insuffisante de la Torah
Yitzhak Goldknopf a attendu 12 heures avant d'envoyer ses condoléances et a omis de reconnaître l'appartenance de quatre des cinq soldats à un bataillon ultra-orthodoxe
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Dans une lettre ouverte adressée mardi aux étudiants de yeshiva, l’ancien Grand Rabbin séfarade et chef spirituel du parti Shas, Yitzhak Yosef, a affirmé que la mort de cinq soldats de l’armée israélienne, survenue dans la nuit de lundi à Gaza, pourrait être imputée à une étude insuffisante de la Torah. Il a appelé la communauté ultra-orthodoxe – ou haredi – « à renforcer et à approfondir l’étude de la Torah ».
Cette déclaration intervient alors que son parti s’apprête à s’opposer au gouvernement. Le parti exige en effet que les personnes engagées dans ces études soient exemptées du service militaire.
Regrettant la mort des « chers soldats » qui « ont donné leur vie pour le peuple d’Israël », Yosef a déclaré que la communauté respectueuse de la Torah « a le devoir de comprendre pourquoi ce malheur nous est arrivé, et peut-être n’est-ce rien d’autre que le péché d’avoir négligé la Torah ».
Quatre des soldats tombés à Gaza lundi soir étaient membres du bataillon ultra-orthodoxe Netzah Yehuda de Tsahal. Il s’agit du sergent-chef Moshe Shmuel Noll, du sergent-chef Noam Aharon Musgadian, du sergent-chef Meïr Shimon Amar et du sergent Moshe Nissim Frech. Un cinquième, le sergent de première classe (Rés.) Benyamin Asulin, servait dans la division nord de la brigade de Gaza.
Ils ont été tués après avoir été touchés par trois bombes déclenchées à distance les unes après les autres par des terroristes palestiniens du Hamas postés au bord d’une route pendant des opérations terrestres à Beit Hanoun.
Créé pour offrir un environnement accueillant aux soldats haredim, Netzah Yehuda est depuis devenu le foyer de nombreux soldats nationalistes religieux à la recherche d’un environnement compatible avec leur pratique religieuse.
Yosef s’est toujours ouvertement opposé aux efforts visant à enrôler les ultra-orthodoxes étudiant en yeshiva et, comme beaucoup d’autres dirigeants éminents de la communauté haredi, il a affirmé que l’étude massive de la Torah était essentielle à la défense nationale.
En mai, il avait déclaré que si le gouvernement arrêtait les hommes ultra-orthodoxes pour avoir échappé à la conscription, la communauté serait contrainte de quitter Israël.
Déclarant que « notre Torah protège les soldats », Yosef a fait valoir que les défenses antimissiles d’Israël n’avaient réussi à bloquer les attaques que grâce aux haredim qui étudient en yeshiva. Il a également qualifié de « méchant » Yuli Edelstein, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, en raison de son insistance à vouloir imposer de sévères sanctions aux étudiants de yeshiva réfractaires au service militaire.
En attendant Edelstein
Beaucoup s’attendaient à ce qu’il présente lundi aux députés une copie d’un projet de loi de compromis édulcoré réglementant la conscription des étudiants en yeshiva, mais il ne l’a toujours pas fait.
En réponse, les partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah ont lancé un boycott législatif, contraignant la coalition à retirer tous ses projets de loi de l’ordre du jour de la Knesset lundi et mardi.
Le projet de loi devait initialement être prêt à la mi-juin, mais il a été retardé par l’Opération « Rising Lion » en Iran. Cependant, malgré la fin de la guerre le 24 juin, Edelstein n’a toujours pas présenté le projet de compromis complet aux élus ultra-orthodoxes, qui espèrent le faire adopter avant la fin de la session législative estivale, fin juillet.
Mardi, un haut responsable politique haredi s’exprimant sur la radio Kan a déclaré que le Shas et Yahadout HaTorah avaient « perdu confiance » dans la coalition, affirmant que « tout ce qui nous avait été promis à la veille de l’attaque contre l’Iran avait été annulé ».
« Cinq de nos meilleurs fils »
Bien que le parti Shas n’ait pas publié de communiqué officiel concernant les soldats tués lundi soir, plusieurs de ses députés ont présenté leurs condoléances aux familles.
Le député Avraham Bezalel (Shas) a ouvert mardi la session de la commission spéciale de la Knesset chargée de réduire les fractures sociales dans les zones périphériques en récitant des psaumes à leur mémoire, tandis que le président de la commission de l’Éducation, de la Culture et des Sports de la Knesset, Yosef Taïeb, a souligné que « son frère fait partie de la même unité, qu’il est infirmier de combat et qu’il a soigné ces mêmes soldats ».
Le ministre des Affaires sociales, Yaakov Margi, a explicitement mentionné l’appartenance des soldats à leur unité dans un message sur le réseau social X dans lequel il a décrit les victimes comme « cinq de nos meilleurs fils [qui] sont tombés en défendant le peuple et la Terre ».
Le ministre du Travail, Yoav Ben-Tzur, a assisté mardi aux funérailles de Moshe Nissim Frech au mont Herzl, à Jérusalem.
Le député Erez Malul (Shas) a quant à lui sévèrement condamné Yaïr Lapid, chef de l’opposition, qui s’était insurgé lundi contre les efforts des haredim pour faire adopter une loi exemptant les étudiants en yeshiva du service militaire. Lapid a alors déclaré que le chef du Shas, Aryeh Deri, et le membre de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Yaakov Asher (Yahadout HaTorah), « n’ont aucun problème à envoyer des soldats [réservistes] se battre et mourir, à condition que leurs propres enfants ne meurent pas ».
« Ce soir, l’ampleur du mensonge et de la diffamation est apparue clairement : cinq combattants sont tombés au combat dans la bande de Gaza, dont quatre combattants haredim du bataillon Netzah Yehuda. Lapid est prêt à tout, il n’a aucune limite, pour tenter désespérément d’empêcher l’effondrement de son parti dans les sondages », a déclaré Malul.
S’adressant au Times of Israel, Malul a ajouté qu’il connaissait les familles de certains des soldats tués et qu’il était personnellement très touché par leur mort.
Ignorer leur identité religieuse
Alors que les membres du parti séfarade Shas ont largement souligné l’appartenance des soldats tombés au combat au bataillon Netzah Yehuda, leurs homologues ashkénazes ont, eux, éludé leur identité religieuse en publiant des déclarations de condoléances génériques.
Le député Moshe Gafni, qui représente la faction « lituanienne » Degel HaTorah du parti Yahadout HaTorah, et le député Moshe Roth, qui représente la faction hassidique Agudat Israel du même parti, ont tous deux exprimé leur sympathie pour les victimes sans mentionner leur appartenance à la communauté haredi.
Plus de douze heures après l’annonce de leur mort par Tsahal, le chef du parti, Yitzhak Goldknopf, a publié une déclaration : « Avec tout le peuple d’Israël, je pleure la mort de cinq de nos meilleurs fils sacrés. J’adresse mes condoléances aux familles endeuillées qui ont payé le prix le plus élevé, et je prie pour que la mort soit vaincue à jamais et que tous les soldats et otages rentrent sains et saufs. »
Il n’a pas non plus mentionné que quatre des cinq soldats tués étaient membres du bataillon ultra-orthodoxe Netzah Yehuda.
Selon Gilad Malach, chercheur à l’Institut israélien de la démocratie (IDI) qui étudie la communauté ultra-orthodoxe, le choix de la réaction à la tragédie de lundi soir « montre la grande sensibilité de la question du service des ultra-orthodoxes dans Tsahal, précisément dans le contexte des discussions intenses sur le projet de loi ».
« La réticence à aborder la mort tragique de ces soldats ultra-orthodoxes semble découler de la volonté de ne pas mettre en avant l’existence de combattants ultra-orthodoxes », a-t-il expliqué.
« En agissant ainsi, ils cherchent à concentrer le débat public uniquement sur le droit des étudiants de la Torah à poursuivre leurs études, sans justifier ni expliquer l’existence des ultra-orthodoxes qui ont consciemment choisi la voie militaire », a-t-il ajouté.
Selon Yanki Farber, journaliste pour le site d’information haredi Behadrei Haredim, le Shas est davantage disposé à reconnaître l’existence de combattants ultra-orthodoxes, car certains de ses députés ont servi dans l’armée et le parti bénéficie du soutien non seulement des électeurs haredim, mais aussi des Israéliens traditionnels qui croient au service militaire.
« Il y a énormément d’électeurs du Shas qui servent dans l’armée. C’est pourquoi le Shas a réagi comme vous l’avez vu chez certains de ses députés », a-t-il fait remarquer.
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