Les groupes terroristes de Gaza finissent par admettre que les « journalistes » tués étaient en fait des « combattants »
Une analyse du ToI révèle que les nécrologies publiées par le Hamas et le Jihad islamique palestinien ces dernières semaines mentionnent plusieurs personnes précédemment identifiées comme des "journalistes", contredisant ainsi les allégations selon lesquelles Tsahal aurait pris la presse pour cible
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Le 10 juillet 2025, un drone israélien a tiré un missile sur une maison située dans le camp de réfugiés de Nuseirat, au centre de la bande de Gaza, tuant un homme identifié comme étant Ahmed Abu Eisha. Selon certaines informations, Abu Eisha était journaliste pour « Palestine Today », une chaîne de télévision affiliée au groupe terroriste du Jihad islamique palestinien.
Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui cite un collègue, Abu Eisha a été tué peu après son retour chez lui, alors qu’il revenait d’une « mission de reportage » dans un hôpital de Deir al-Balah.
Abu Eisha était « poli, calme et aimable ; quelqu’un qui évitait les conflits », a écrit le CPJ, citant ce collègue. L’organisation a souligné son travail acharné pour mener à bien ses reportages et l’obtention récente d’un doctorat en arabe, l’incluant dans son décompte des centaines de journalistes qu’Israël aurait tués depuis le 7 octobre 2023.
Mais ce Gazaoui avait bien d’autres facettes.
Le 1ᵉʳ juin, la branche armée du Jihad islamique palestinien a annoncé qu’au moment de sa mort, Abu Eisha était commandant d’unité et agent au sein de l’ « Unité centrale d’information » du groupe terroriste, rattachée à sa brigade centrale. Bien qu’aucune description officielle du rôle de cette unité n’ait été fournie, elle semble avoir été impliquée dans la collecte et l’analyse de renseignements.
Cette révélation fait partie des dizaines d’annonces faites ces dernières semaines par le Jihad islamique palestinien et le Hamas concernant la mort de leurs « combattants » pendant la guerre, après des années durant lesquelles ces groupes terroristes avaient refusé d’identifier la quasi-totalité de leurs « combattants » tués au combat.
Un examen partiel effectué par le Times of Israel sur un grand nombre des centaines de noms d’agents publiés sur les chaînes Telegram officielles des branches armées du Jihad islamique palestinien et du Hamas ainsi que sur des comptes affiliés a permis de recenser plusieurs personnes qui avaient auparavant été identifiées comme des journalistes ou d’autres civils.
Ces documents, qui continuent d’être publiés au rythme de sept ou huit par jour, semblent apporter un nouvel éclairage sur les accusations persistantes selon lesquelles l’armée israélienne aurait pris pour cible des journalistes pendant la guerre. Ils donnent du crédit, dans certains cas au moins, aux affirmations israéliennes selon lesquelles il s’agissait en réalité de cibles militaires légitimes participant activement aux combats.
Israël affirme prendre des mesures pour minimiser les pertes civiles et ne pas prendre pour cible les journalistes ou toute autre personne non impliquée dans des activités terroristes. Toutefois, ses détracteurs remettent en cause ces affirmations, soulignant le nombre élevé de non-combattants tués.
Malgré la révélation de son appartenance au Jihad islamique palestinien, Abu Eisha figurait toujours dans une base de données en ligne du CPJ, un groupe de défense des médias qui recense les décès de journalistes signalés à travers le monde.
Cependant, ces dernières semaines, le CPJ a discrètement retiré huit autres Palestiniens d’une liste de professionnels des médias qui, selon lui, auraient été tués par Israël, après avoir déterminé qu’ils avaient « participé aux combats ».
Cette liste, qui comptait auparavant 276 noms de personnes tuées dans le conflit, dont des Israéliens, ainsi que des journalistes du Yémen, du Liban et d’Iran, en compte désormais 259, d’autres noms ayant été retirés pour diverses raisons, sans rapport avec une participation aux combats.
« Nous réexaminons tous les cas dès que de nouvelles informations nous parviennent, et nous continuerons à retirer de notre base de données toute personne jugée avoir pris part aux combats », a déclaré le CPJ en réponse à une demande de commentaires.
Parmi les noms supprimés figurent plusieurs personnalités identifiées par le Hamas ou le Jihad islamique palestinien comme ayant pris part aux combats.
L’une d’entre elles est Mohammed Nasser Abu Huwaidi, tué dans le quartier de Shujaiyya, au nord de Gaza, le 23 décembre 2023. À l’époque, Abu Huwaidi était présenté comme un journaliste du média d’information en arabe et en anglais Al-Istiqlal, qui couvre le monde arabe, y compris Gaza.
L’élimination d’Abu Huwaidi avait suscité une condamnation de l’UNESCO en janvier 2024, la directrice générale de l’époque, Audrey Azoulay, appelant alors au respect des résolutions du Conseil de sécurité relatives à la protection des journalistes et des professionnels des médias dans les zones de conflit.
Cependant, le 19 mars, le Jihad islamique palestinien a inscrit Abu Huwaidi sur une liste de membres tués au cours de la guerre.
Dans un communiqué publié par la branche armée du groupe terroriste, il est décrit comme ayant servi au sein de l’« Unité médiatique militaire » du Jihad islamique palestinien. Le communiqué ne précisait ni la date ni les circonstances de sa mort.
En mai, le CPJ avait retiré son nom de sa liste, affirmant dans un premier temps qu’il « n’était ni journaliste civil ni professionnel des médias », avant de préciser par la suite que son nom et celui d’autres personnes avaient été supprimés après que « les recherches et enquêtes menées par le CPJ ont indiqué qu’il avait participé aux combats ».
La déclaration de l’UNESCO figure toujours sur le site web de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.
Le CPJ a également retiré de sa liste Yaqoub Anan al-Bursh, identifié le 10 mai par la branche armée du Hamas comme membre du bataillon Abdul Raouf Nabhan de sa brigade nord. Le communiqué le qualifiait de « l’un des commentateurs militaires ».
Selon le CPJ, qui s’est entretenu avec le frère d’al-Bursh après que celui-ci a succombé à ses blessures, suite à une frappe israélienne sur son domicile en novembre 2023, al-Bursh était un journaliste palestinien et le directeur exécutif de Namaa Radio. Une page consacrée à al-Bursh a depuis été retirée du site du CPJ, mais d’autres organismes, tels que la Fédération internationale des journalistes (FIJ), continuent de le mentionner dans leurs bases de données.
Le CPJ a également retiré le nom de Maysara Salah, qui figurait sur sa liste en tant que journaliste du réseau d’information Quds, affilié au Hamas. Dans un témoignage publié par le CPJ et depuis supprimé, le frère de Salah affirmait que ce dernier avait été blessé lors d’une frappe sur un abri et que l’ambulance dans laquelle il se trouvait avait été retenue pendant huit heures par Israël « après avoir appris [qu’il] travaillait dans les médias », ce qui aurait entraîné sa mort.
Le 22 mai, des médias affiliés au Hamas ont identifié Salah comme membre de l’appareil « médiatique militaire » du groupe terroriste, qui combattait au sein du bataillon Fawzi Abu al-Qara de la brigade nord. L’annonce ne précisait ni quand ni comment il avait été tué.
Bien que ces modifications figurent dans la section « Clarifications et corrections » de son site web, le CPJ n’a publié aucun communiqué annonçant ces changements.
« Chaque cas figurant dans la base de données est confirmé de manière indépendante par des informations provenant d’au moins deux sources fiables — telles que des membres de la famille, des collègues, des témoins, des représentants légaux, des reportages médiatiques, des groupes locaux et régionaux de défense de la liberté de la presse, ainsi que des enquêtes officielles ou menées par des tiers », a indiqué le CPJ au Times of Israel.
Concernant les cas où des terroristes utilisent des signes distinctifs journalistiques pour dissimuler leurs activités, le CPJ a déclaré que « toute utilisation abusive des identifiants de presse sape la confiance dans la profession et peut exposer les journalistes à un risque accru », tout en soulignant l’importance des accréditations et des gilets de presse « pour permettre aux journalistes d’accomplir leur travail et de se distinguer en tant que civils protégés par le droit international ».
Le maintien des terroristes sur les listes de presse
Alors que le CPJ a pris des mesures pour retirer certains noms de son décompte, d’autres bases de données, notamment celle gérée par la FIJ et le projet « Stop Murdering Journalists » (« Arrêtez d’assassiner les journalistes »), continuent de les répertorier, sans mentionner leur participation à des opérations de combat.
L’initiative citoyenne « Stop Murdering Journalists », qui fait partie de l’organisation « Databases for Palestine » et recense les violations présumées des droits de l’Homme et les crimes de guerre présumés qui auraient été commis par Israël à l’encontre des Palestiniens, fait état de 366 journalistes tués par Israël, soit plus d’une centaine de plus que le CPJ. Ces deux chiffres sont supérieurs à ceux de Reporters sans frontières (RSF), qui fait état de 220 journalistes tués, soulignant ainsi la difficulté de recenser les décès de véritables professionnels des médias pendant la guerre.
Certaines personnes, dont on a depuis révélé qu’elles étaient membres du Hamas ou du Jihad islamique palestinien, n’ont jamais été répertoriées par le CPJ, mais figurent toujours dans les décomptes d’autres groupes, comme Hussam al-Adlouni, présenté comme un journaliste lorsqu’il a été tué le 13 juillet 2025.
Ces dernières semaines, une annonce publiée sur une chaîne Telegram affiliée au Hamas a révélé qu’Adlouni était membre du « département des médias militaires » de la brigade de Khan Younès.
Tant l’organisation « Stop Murdering Journalists » que la FIJ continuent de le répertorier comme journaliste, sans mentionner son affiliation à des groupes terroristes engagés dans les combats.
Ni « Databases for Palestine » ni la FIJ n’ont répondu à une demande de commentaires.
« Stop Murdering Journalists » explique sur son site web sa méthodologie d’identification des professionnels des médias tués : « Notre rôle n’est pas de déterminer qui est ou n’est pas journaliste. Nous vérifions qu’il s’agit de journalistes en activité et nous nous en tenons là. »
« Dans les cas où nous ne pouvons pas vérifier leur statut professionnel, si une organisation de journalistes palestiniens les reconnaît comme tels, alors ce sont des journalistes », ajoute le groupe.
« Nous ne prétendons pas connaître la ‘motivation’ de chaque journaliste tué. »
La nécrologie d’Adlouni semblait confirmer une étude publiée en décembre par le Centre Meir Amit d’information sur le renseignement et le terrorisme, qui l’avait identifié comme un commandant de la brigade de Khan Younès, une unité de la branche armée du Hamas.
Cette étude, qui s’appuie sur des archives publiques, des reportages des médias palestiniens et des documents du Hamas saisis par Tsahal lors d’opérations terrestres à Gaza, révèle qu’environ 60 % des 266 personnes identifiées comme journalistes ou professionnels des médias et tuées à Gaza entre le 7 octobre 2023 et le 30 novembre 2025 étaient membres de groupes terroristes ou clairement affiliées à ceux-ci.
Tout au long de la guerre, l’armée israélienne a affirmé à plusieurs reprises que les journalistes qu’elle avait tués étaient également membres de groupes terroristes, notamment lors d’une frappe menée samedi contre Ahmed Samir Muhammad Washah.
D’après Tsahal, Washah servait au sein de la branche armée du Hamas tout en travaillant pour la chaîne qatarie Al Jazeera.
« Parallèlement à son travail de photojournaliste pour Al Jazeera ces dernières années, Washah était un membre actif de la branche armée du Hamas. Ces derniers mois, il a élaboré des plans d’attaques de tireurs d’élite et d’autres activités terroristes contre des soldats de Tsahal opérant dans la bande de Gaza », a indiqué l’armée à la suite de cette frappe.
Cette mort a ravivé les critiques à l’encontre d’Israël concernant les décès de journalistes à Gaza et ailleurs. La chaîne a indiqué que Washah était son caméraman et a affirmé qu’elle « condamnait fermement ce crime odieux ».
En octobre 2024, Tsahal avait indiqué avoir découvert dans la bande de Gaza des documents prouvant que six reporters d’Al Jazeera étaient des membres actifs des groupes terroristes du Hamas et du Jihad islamique palestinien.
Plusieurs groupes de défense de la presse ont condamné Israël pour ses attaques contre des journalistes depuis le début de la guerre, notamment l’Association de la presse étrangère (FPA), qui représente les médias internationaux en Israël, en Cisjordanie et à Gaza.
« Nous avons dénoncé le nombre élevé de journalistes palestiniens tués à Gaza au cours de la guerre », a déclaré Tania Kraemer, présidente de la FPA.
« Cela s’appuie sur les Conventions de Genève, qui stipulent que les journalistes présents dans les zones de guerre doivent être traités comme des civils et protégés en tant que tels, à condition qu’ils ne prennent pas part aux hostilités. »
La FPA a également vivement critiqué Jérusalem pour son refus, depuis près de trois ans, d’autoriser des journalistes indépendants à entrer à Gaza, ne laissant que des Gazaouis basés sur place pour couvrir l’actualité depuis l’intérieur de l’enclave.
La FPA a saisi la Haute Cour de justice pour contraindre le gouvernement à autoriser un accès libre et indépendant de la presse à la bande de Gaza.
Après des mois de tergiversations du gouvernement quant à sa réponse au recours et de multiples prolongations accordées par la Haute Cour, le gouvernement a répondu en janvier que l’interdiction devait rester en vigueur en raison des risques de sécurité dans l’enclave, soulignant la crainte que des journalistes ne se retrouvent pris entre deux feux lors des hostilités en cours.
But contre son camp
Outre les journalistes, d’autres terroristes tués et récemment identifiés par le Hamas et le Jihad islamique palestinien ont contredit les informations précédentes qui les décrivaient comme des civils.
En juin 2024, Reuters a cité une déclaration de la Fédération palestinienne de football (PFA) indiquant qu’Ahmed Abu al-Atta, tué lors d’une frappe sur son domicile dans le centre de Gaza, était un footballeur palestinien évoluant au sein du club Al-Ahli Gaza.
An Israeli airstrike near the Latin Church in Gaza today slaughtered Palestinian football player Ahmed Abu al-Atta and his family. pic.twitter.com/EaZpjvP9cJ
— Quds News Network (@QudsNen) June 21, 2024
Israël avait alors été largement condamné pour avoir tué un sportif. Cependant, une récente annonce de la branche armée du Hamas a révélé qu’Abu al-Atta était en fait le commandant adjoint de l’unité de roquettes de la brigade de Gaza-City.
Le Hamas a également annoncé la mort d’Ahmed Khamis Abu Younis, 66 ans, dont l’âge aurait probablement conduit à ce qu’il soit identifié comme un civil.
Selon cette annonce, Abu Younis, tué le 29 octobre 2023, appartenait au bataillon du martyr Muhammad Abu Safl au sein de la brigade de Rafah.
Selon l’agence de presse Shehab du Hamas, Abu Younis participait à des entraînements militaires et à des missions de garde avant sa mort ; sa famille a indiqué qu’il exerçait également le métier d’ingénieur en parallèle à son engagement au sein du groupe terroriste.
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