« Mieux vaut mourir sous une bombe » : des Gazaouis racontent la famine
L'ONU signale une forte hausse des cas de malnutrition infantile ; selon les locaux, qui décrivent la flambée des prix sur les marchés, "la faim vous tue plusieurs fois par jour"
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Les données compilées par les Nations unies illustrent la gravité de la crise alimentaire qui frappe la bande de Gaza, avec une augmentation vertigineuse des taux de malnutrition avant même que les craintes d’une aggravation de la famine ne s’intensifient cette semaine, avec des rapports faisant état d’une famine sans précédent et la diffusion d’images d’enfants émaciés.
Selon un rapport publié mi-juillet par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le nombre de patients traités pour malnutrition dans une clinique de la ville de Gaza gérée par l’ONG Médecins sans frontières (MSF) a triplé entre mai et juillet, passant de 293 à 983 cas.
En revanche, lors de la trêve conclue avec le groupe terroriste palestinien du Hamas au début de l’année, on avait constaté une baisse notable du nombre d’enfants recevant un traitement contre la malnutrition.
Un rapport de l’ONU publié en mars indiquait que la moyenne mensuelle était passée d’environ 5 000 enfants à 2 500 pendant la phase initiale de la trêve, grâce à un meilleur accès à la nourriture.
« C’est la première fois que nous constatons des cas de malnutrition aussi graves à Gaza », a déclaré le coordinateur médical adjoint de MSF dans la bande de Gaza, cité dans le rapport.
La plupart de ces chiffres ont été recueillis par des organisations affiliées à l’ONU spécialisées dans la nutrition, mais l’OCHA a refusé de préciser leurs noms.
Selon ce rapport de l’OCHA, les dispensaires de Gaza-City et de la région d’al-Mawasi, dans le sud de l’enclave, traitent actuellement plus de 700 femmes enceintes ou allaitantes et près de 500 enfants souffrant de malnutrition.
Ces conclusions ont été publiées le 16 juillet, quelques jours avant que des chiffres provenant de Gaza ne tirent la sonnette d’alarme sur ce qu’ils qualifient de famine « sans précédent » dans la bande de Gaza, Israël étant accusé d’empêcher l’aide d’atteindre la population civile.
Contrairement à d’autres comptes rendus très médiatisés, les conclusions de l’OCHA n’ont été relayées ou reprises ni par le Hamas ni le ministère de la Santé de Gaza, lequel est sous le contrôle du groupe terroriste palestinien.
Mardi, Israël a démenti les allégations selon lesquelles une famine sévissait à Gaza, tout en accusant les organismes soutenus par l’ONU de ne pas collecter et distribuer les vivres et les fournitures autorisées à entrer dans la bande de Gaza.
Le Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens (COGAT) a déclaré que près de 1 000 camions d’aide avaient été transférés du côté gazaoui des points de passage et attendaient d’être pris en charge par des organisations internationales.
L’ONU accuse Israël de ne pas avoir autorisé l’accès aux points de passage et d’avoir empêché les camions d’entrer dans les entrepôts afin que les marchandises puissent être distribuées à la population.
Les données montrant une augmentation des cas de malnutrition remontent à plusieurs mois.
Dès le mois de mai, les chiffres de l’ONU faisaient déjà état d’une tendance à la hausse de la malnutrition. Ce mois-là, 2 733 enfants âgés de moins de 5 ans, soit 5,8 % des 47 783 enfants examinés, ont été diagnostiqués comme souffrant de malnutrition, contre 4,7 % (2 917 sur 49 527) au cours de la première moitié du mois.
Cette tendance correspond aux dernières informations fournies par le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, qui a fait état mardi de 101 morts de faim depuis le début de la guerre, dont 80 enfants, dont 19 au cours des 24 dernières heures. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes.
Ces derniers jours, des photos et des vidéos d’enfants et d’adultes à Gaza extrêmement amaigris et souffrant de malnutrition sont largement diffusées sur les réseaux sociaux.
« Mourir pour un morceau de pain »
Les témoignages locaux dressent un tableau sombre. Un habitant de Deir al-Balah, qui a souhaité garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, a confié au Times of Israel, via WhatsApp, qu’il se couchait et se réveillait le ventre vide, et qu’il passait toute la journée à avoir faim.
« Je n’aurais jamais imaginé que nous connaîtrions des jours comme ceux-ci. Il y a à peine de quoi faire le petit-déjeuner » pour une famille, a-t-il déclaré.
« Il n’y a pratiquement pas de légumes, et nous n’avons pas vu de fruits ni de sucre depuis des mois. Ici, les gens disent qu’il vaut mieux mourir sous une bombe que de faim : quand on est bombardé, on meurt une fois. La faim, elle, vous tue plusieurs fois par jour. »
La forte baisse des livraisons d’aide humanitaire a également fait grimper les prix des denrées alimentaires. Depuis plus d’un an, Israël n’autorise l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza que par l’intermédiaire d’ONG, coupant ainsi les chaînes d’approvisionnement des commerçants privés. Cependant, des denrées alimentaires continuent d’apparaître sur les marchés, vraisemblablement issues de l’aide humanitaire volée.
En avril, le Programme alimentaire mondial (PAM) a publié un rapport indiquant que les prix des denrées alimentaires avaient augmenté de 1 400 % sur les marchés de Gaza par rapport aux prix pratiqués pendant le deuxième cessez-le-feu, en janvier et février. Les Gazaouis affirment aujourd’hui que les prix ont encore augmenté, alors qu’Israël a mis fin, il y a plus de deux mois, au gel des livraisons de marchandises dans la bande de Gaza.
Anas Arafat, un habitant de Gaza-City, a déclaré au Times of Israel par téléphone : « À l’heure actuelle, nous n’avons rien à manger, ni moi, ni mon épouse, ni nos trois enfants. Nous n’avons aucun revenu depuis deux ans. Mon plus jeune fils, Ibrahim, est né pendant la guerre – ma femme a accouché à la maison – et depuis sa naissance, il n’a jamais mangé un seul fruit ou légume, car nous n’avons tout simplement pas les moyens de nous en acheter. »
Le résident de Deir al-Balah a déclaré que le kilo de farine lui coûtait 100 shekel mais Arafat a indiqué que le prix était deux fois plus élevé à Gaza.
« C’est pareil pour les légumes », a-t-il ajouté.
« Avant la guerre, 100 dollars permettaient de nourrir une famille pendant une semaine ou deux. Aujourd’hui, cela ne suffit même pas pour une semaine, et ce n’est pas seulement une question d’argent. Même si vous avez 100 dollars, mais qu’il n’y a pas de farine sur le marché, cela ne vaut rien. »
Un autre habitant de l’ouest de Gaza-City, qui a souhaité rester anonyme pour des raisons de sécurité, a déclaré au Times of Israel par téléphone qu’il n’avait « pas d’autre choix » que de payer les prix exorbitants pratiqués sur le marché.
« Je ne veux pas risquer ma vie et celle de mes enfants en courant vers les camions humanitaires. Que puis-je faire ? » a-t-il demandé.
Il a déclaré que le prix des concombres pouvait atteindre 70 shekels le kilo, soit 9,50 dollars. Le prix de la farine fluctue en fonction de la quantité d’aide qui entre à Gaza par camion.
« Si de nombreux camions arrivent et sont pillés, le prix sur le marché baisse », a-t-il expliqué.
« Sinon, les prix montent comme à la bourse. »
« Certaines personnes ont les moyens d’acheter. D’autres n’ont même pas 20 shekels. Tout le monde ne peut pas acheter. C’est pourquoi les gens volent. C’est pourquoi ils meurent. Il n’y a pas de nourriture. »
Impossible de savoir si l’aide parvient à la population
Si des ONG internationales et la Fondation humanitaire de Gaza (GFH) font état de livraisons d’aide depuis la rupture du cessez-le-feu, peu de données indiquent que la nourriture parvient aux civils.
Un différend persiste entre l’ONU et Israël concernant la responsabilité du blocage de l’aide humanitaire depuis le début de la guerre, mais les tensions se sont exacerbées ces dernières semaines. L’ONU accuse Israël de bloquer les camions chargés de récupérer l’aide stockée, tandis que le COGAT affirme que 950 camions attendent à la frontière d’être pris en charge par les organisations humanitaires.
Dimanche, l’organisation caritative américaine World Central Kitchen (WCK) a annoncé avoir épuisé toutes ses réserves stockées dans ses entrepôts et que ses camions transportant de l’aide supplémentaire étaient bloqués à la frontière de Gaza.
L’organisation a donc été contrainte de suspendre les opérations de ses cuisines dans toute la bande de Gaza, où des repas chauds sont préparés et distribués aux habitants.
L’OCHA a publié un communiqué lundi : « Israël a l’obligation d’autoriser et de faciliter par tous les moyens à sa disposition l’acheminement de l’aide humanitaire fournie par les Nations unies et d’autres organisations humanitaires. »
Dans la pratique, Israël contrôle le processus d’autorisation d’accès transfrontalier et définit les itinéraires que les camions humanitaires sont autorisés à emprunter à l’intérieur de Gaza. Les organisations humanitaires ne peuvent pas intervenir lorsque les conditions ne garantissent pas une protection suffisante pour leur personnel ou pour les civils qui ont besoin d’aide.
À la suite d’un incident meurtrier signalé dans le nord de Gaza, au cours duquel des dizaines de personnes auraient été tuées par des tirs israéliens alors qu’elles se pressaient autour de camions d’aide humanitaire, le PAM a déclaré : « Cet incident violent s’est produit malgré les assurances données par les autorités israéliennes selon lesquelles les conditions opérationnelles humanitaires seraient améliorées, notamment que les soldats ne seraient pas présents et n’interviendraient à aucun moment le long des itinéraires empruntés par les convois humanitaires. »
En réponse à ces informations, l’armée israélienne a déclaré que les troupes avaient tiré « des coups de semonce pour écarter une menace immédiate pesant sur les soldats » dans le nord de Gaza, mais a réfuté tout bilan lourd, affirmant que « le nombre de victimes rapporté ne correspond pas aux informations dont nous disposons ».
La Fondation humanitaire de Gaza (GHF) publie quant à elle quotidiennement des chiffres sur la distribution de l’aide. Mardi, elle affirmait avoir livré plus de 87 millions de repas aux habitants de Gaza et distribuer actuellement 2 millions de repas par jour.
Ces chiffres sont toutefois basés sur la distribution de denrées alimentaires sèches, dont la préparation nécessite du gaz et de l’eau, deux ressources qui font également défaut.
Il n’existe aucune vérification indépendante de ces chiffres, et la GHF ne dispose pas d’un système officiel d’enregistrement ou de rationnement. Des témoins et des vidéos tournées sur les lieux de distribution font état de scènes chaotiques et de pillages.
Il est donc difficile de savoir si les millions de repas dont il est question dans les différents rapports parviennent à la majorité, voire à une partie significative, de la population. De plus, les centres de distribution de la GHF sont situés dans des zones contrôlées par Israël, loin des zones densément peuplées, ce qui rend l’accès encore plus difficile.
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