Israël impute à l’ONU la pénurie d’aide à Gaza et reproche au Hamas d’exploiter la famine
Selon ses détracteurs, Israël n’instaure pas les conditions nécessaires pour livrer l’aide en toute sécurité ; 8 soldats israéliens blessés dans un “accident opérationnel” à Gaza
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Israël a attribué jeudi la responsabilité du faible volume d’aide entrant dans la bande de Gaza au « manque de coopération de la communauté internationale », tout en qualifiant le « discours sur la famine » du Hamas de tactique utilisée dans les négociations sur les otages.
S’adressant aux journalistes du côté gazaoui du point de passage de Kerem Shalom, le colonel Abdallah Halabi, chef de l’administration de coordination et de liaison pour Gaza du COGAT, a déclaré qu’environ 1 000 camions d’aide humanitaire étaient entassés dans la bande de Gaza, en attente d’être récupérés par les Nations unies (ONU) et d’autres organisations humanitaires.
Le haut responsable du COGAT a déclaré que des camions attendaient du côté gazaoui du point de passage « en raison du manque de coopération de la communauté internationale et des organisations internationales ».
« Nous avons constaté ces deux derniers jours une légère amélioration dans leur travail, surtout de la part de l’ONU et des organisations onusiennes. Nous les avons invités ici, comme nous l’avons fait à plusieurs reprises, afin de continuer à les encourager et de voir avec eux ce qui peut être fait pour acheminer cette aide », a-t-il déclaré.
L’ONU a, à plusieurs reprises, affirmé que le COGAT avait rejeté ses demandes d’autorisation pour collecter et distribuer l’aide, et que les conditions dangereuses et complexes à l’intérieur de Gaza rendaient la distribution très difficile.
Face à cette situation, les organisations humanitaires et les dirigeants mondiaux alertent sur la propagation de la famine et insistent sur la nécessité d’y remédier en urgence. Un rapport publié jeudi par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU indique que 9 % des 56 440 enfants de moins de cinq ans examinés dans les cliniques de Gaza souffraient de malnutrition sévère, contre 6 % un mois plus tôt.
Halabi a indiqué que les mesures prises par Israël ces dernières semaines pour faciliter l’acheminement de l’aide comprenaient « l’élargissement » du point de passage de Kerem Shalom ainsi que l’ouverture de trois autres terminaux dans le nord et le centre de la bande de Gaza.
« Nous avons prolongé les heures de travail et pris toutes les mesures nécessaires pour permettre à la communauté internationale d’acheminer une très grande quantité d’aide humanitaire à [Gaza], afin de contrer l’argument de la famine, que le Hamas utilise pour nous combattre », a-t-il déclaré.
« L’État d’Israël autorise l’entrée de l’aide humanitaire au-delà des exigences du droit international, sans restriction. Tant que la communauté internationale s’efforcera d’acheminer l’aide, nous continuerons à lui en donner les moyens », a-t-il ajouté.
Selon Halabi, l’armée et le COGAT ont identifié une « campagne intense et violente » menée par le Hamas contre le mécanisme d’aide humanitaire mis en place par Israël.
« Cette campagne est fondée sur des mensonges », a-t-il affirmé, en faisant référence aux accusations de famine généralisée à Gaza. « Elle n’a pas été créée pour aider la population de Gaza à recevoir de l’aide, mais principalement pour renforcer la position du Hamas dans les négociations [sur les otages] en cours depuis quelques jours. Elle utilise différents leviers, notamment le discours sur la famine, pour tenter d’améliorer sa position. »
Halabi a également évoqué les récentes attaques du Hamas contre les nouveaux sites de distribution d’aide humanitaire gérés par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par Israël et les États-Unis, accusant le groupe terroriste de « semer le chaos et de créer une perception négative de la situation humanitaire ».
L’ONU a indiqué que plus de 1 000 personnes ont été tuées dans des centres de distribution d’aide depuis mai, dont beaucoup sur des sites gérés par la GHF. Israël affirme que ces chiffres sont exagérés, tout en reconnaissant avoir ouvert le feu sur des foules. Aucune estimation alternative n’a été fournie.
Israël et la GHF ont accusé le Hamas de chercher à perturber l’opération d’aide, l’armée israélienne affirmant que le groupe terroriste avait tiré une roquette sur l’un des sites de distribution mercredi soir.
L’ONU et les principales organisations humanitaires ont refusé de coopérer avec la GHF, craignant que celle-ci ne serve des objectifs militaires israéliens et ne viole les principes humanitaires fondamentaux.
« La description de la situation humanitaire à Gaza ne correspond pas aux 4 500 camions entrés au cours des deux derniers mois, transportant tout, de l’aide humanitaire pour les familles aux équipements médicaux, en passant par des produits d’hygiène et bien plus encore », a affirmé Halabi.
« Nous, l’armée et le COGAT, continuerons à faire tout ce qui est possible et nécessaire pour améliorer les conditions, renforcer nos relations avec la communauté internationale et les différentes organisations humanitaires, et les aider à faciliter l’entrée de l’aide », a-t-il poursuivi.
« Nous combattons le Hamas, et nous continuerons de le combattre. Nous ne permettrons pas au Hamas d’utiliser, d’une manière ou d’une autre, l’aide humanitaire ou tout autre moyen pour servir ses intérêts ou se renforcer », a déclaré Halabi.
Par ailleurs, le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait tenir une réunion d’urgence à Jérusalem au sujet des allégations de famine à Gaza, a indiqué un responsable israélien au Times of Israel.
Le Premier ministre sera accompagné de représentants du ministère des Affaires étrangères, du COGAT, du Conseil national de sécurité et d’autres instances.
Les allégations de famine et la question plus large de l’acheminement de l’aide aux civils gazaouis ont dominé les discussions au bureau du Premier ministre jeudi, a précisé ce responsable sous couvert d’anonymat.
ONU : Israël rejette la moitié de nos demandes de transport d’aide à Gaza
L’ONU a déclaré jeudi qu’elle ignorait combien de cargaisons d’aide se trouvaient actuellement à Gaza, en attente d’être distribuées, faute d’avoir été autorisée par Israël à accéder aux points de passage.
« Malgré nos demandes répétées, Israël n’a pas autorisé l’ONU à être présente aux points de passage, qui sont des zones militarisées. Nous ne pouvons donc pas vérifier la quantité de fournitures actuellement stockées au point de passage », a indiqué à l’AFP Jens Laerke, porte-parole du Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) à Genève.
Il a précisé que l’ONU devait obtenir plusieurs autorisations : une première pour que l’aide franchisse la frontière, et soit déposée par les camions, qui repartent ensuite en Israël, puis une seconde pour que les camions de l’ONU présents dans Gaza puissent la récupérer.
« Il est important de souligner qu’il ne s’agit pas seulement de demandes refusées », mais également d’entraves sur le terrain, a-t-il indiqué.
Israël doit donner son « feu vert aux camions sans retard inutile, permettre aux équipes d’emprunter des itinéraires multiples et plus sûrs, et ordonner aux troupes de rester à l’écart des convois et de ne jamais tirer sur les civils le long des itinéraires attribués (ou n’importe où ailleurs) », a souligné Laerke.
Le porte-parole de l’OCHA a rappelé qu’Israël, « en tant que puissance occupante et partie au conflit, a l’obligation de faciliter les opérations humanitaires jusqu’à ce qu’elles parviennent aux personnes qui en ont besoin pour survivre ».
« Si l’ensemble des conditions ne sont pas réunies, il ne peut y avoir de livraison sûre et conforme aux principes (de l’ONU) à grande échelle. Ainsi, même lorsqu’elles sont approuvées, ces missions sont souvent entravées sur le terrain », a-t-il déploré.
Par ailleurs, le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré jeudi lors d’un point presse qu’Israël avait rejeté huit des seize demandes de l’ONU visant à acheminer de l’aide humanitaire à Gaza mercredi.
Deux autres demandes avaient initialement été approuvées, mais le personnel de l’ONU s’est heurté à des obstacles sur le terrain, a précisé Dujarric. L’une des demandes refusées concernait la récupération de fournitures médicales par des équipes onusiennes, ces dernières étant bloquées du côté gazaoui de la frontière.
« Les obstacles bureaucratiques, logistiques, administratifs et autres obstacles opérationnels imposés par les autorités israéliennes, les hostilités en cours et les restrictions d’accès à Gaza, ainsi que les incidents de pillage criminel et les fusillades qui ont tué et blessé des personnes rassemblées pour décharger des fournitures humanitaires le long des itinéraires des convois, ont entravé les efforts de l’ONU pour acheminer l’aide », a déclaré Dujarric.
« Ensemble, ces facteurs mettent en danger la population et le personnel humanitaire et ont contraint les agences humanitaires à suspendre à plusieurs reprises la collecte de marchandises aux points de passage contrôlés par les autorités israéliennes », a-t-il ajouté.
Le porte-parole de l’ONU a également dénoncé la volonté d’Israël de rassembler l’ensemble de la population de Gaza dans une zone ne représentant que 12 % de la bande de Gaza.
« À cela s’ajoute le fait que l’entrée de matériaux destinés à la construction d’abris est interdite par les autorités israéliennes depuis plus de 20 semaines, et que le peu de carburant désormais autorisé reste totalement insuffisant », a affirmé Dujarric.
Une évaluation menée début juillet a révélé que près de 5 000 des 56 000 enfants de Gaza âgés de moins de 5 ans souffraient de malnutrition aiguë.
Ce taux de 9 % est en hausse par rapport aux 6 % enregistrés un mois plus tôt et aux 2,4 % de février.
Dans le même temps, le département d’État américain a indiqué qu’il poursuivait ses efforts pour acheminer davantage d’aide à Gaza sans qu’elle soit détournée par le Hamas.
Lors d’un point presse, le porte-parole adjoint du département d’État, Tommy Pigott, a accusé le Hamas de « militariser » l’aide en la pillant. Il a ajouté qu’un « système avait été mis en place visant à acheminer autant d’aide que possible à Gaza tout en prévenant qu’elle ne soit pillée par le Hamas… C’est la réalité à laquelle nous nous efforçons de parvenir : essayer d’acheminer autant d’aide que possible. »
Un responsable du Hamas qui faisait passer des armes par Rafah a été éliminé
L’armée israélienne a fait savoir jeudi soir qu’un haut responsable du Hamas, chargé de faire passer clandestinement des armes pour le groupe, a été tué jeudi matin lors d’une frappe aérienne israélienne à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza.
Selon Tsahal a indiqué que Muhammad al-Amour était responsable du terminal de marchandises au point de passage de Rafah entre l’Égypte et Gaza. « Dans le cadre de ses fonctions, il supervisait la contrebande de centaines d’armes et d’équipements militaires vers la bande de Gaza, contribuant directement au renforcement militaire du Hamas », a déclaré Tsahal.
L’armée a ajouté qu’au fil des ans, Amour « avait joué un rôle clé dans le réseau de contrebande de la branche militaire du Hamas, coordonnant et dirigeant les efforts visant à introduire des armes dans la bande de Gaza et à les livrer au Hamas avec l’aide de complices ».
Le passage de Rafah, pris par Israël en mai 2024 puis détruit, « servait de porte d’entrée pour la contrebande d’équipements militaires et d’armes vers la bande de Gaza », a précisé Tsahal.
En outre, huit soldats de Tsahal ont été blessés, dont deux grièvement et six légèrement, dans un « accident opérationnel » survenu plus tôt dans la journée dans le nord de la bande de Gaza, a indiqué l’armée.
Les soldats ont été transportés à l’hôpital et leurs familles ont été informées, a-t-elle ajouté.
Alors que les efforts se poursuivent pour parvenir à un accord de cessez-le-feu et de libération des otages, Israël a annoncé jeudi qu’il rappelait ses négociateurs pour consultation après la réponse du Hamas à une proposition d’accord. Les États-Unis ont déclaré qu’ils retiraient leurs médiateurs de Doha, l’envoyé spécial au Moyen-Orient, Steve Witkoff, affirmant que la réponse du Hamas montrait que le groupe ne nourrissait aucune volonté de conclure un accord.
Un diplomate arabe et une deuxième source impliquée dans les efforts de médiation ont toutefois confié au Times of Israel que la réponse du Hamas était jugée suffisamment constructive pour permettre aux parties de continuer à avancer.
La guerre a débuté le 7 octobre 2023 avec le pogrom perpétré par le Hamas, au cours duquel des terroristes du groupe et d’autres factions ont assassiné plus de 1 200 personnes dans le sud d’Israël et en ont enlevé 251 pour les emmener en otages dans l’enclave. 50 otages sont encore aux mains de groupes terroristes de la bande de Gaza, au moins 20 seraient encore en vie.
Le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, affirme que près de 60 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats jusqu’à présent, un bilan impossible à vérifier et qui ne distingue pas terroristes et civils. En janvier, Israël avait indiqué avoir éliminé environ 20 000 terroristes à Gaza et 1 600 autres à l’intérieur d’Israël lors de l’assaut meurtrier du 7 octobre.
Israël affirme chercher à minimiser les pertes civiles et souligne que le Hamas utilise la population de Gaza comme bouclier humain, en menant ses combats depuis des zones densément peuplées, notamment des habitations, des hôpitaux, des écoles et des mosquées. Le bilan israélien de l’offensive terrestre contre le Hamas à Gaza et des opérations militaires le long de la frontière avec la bande de Gaza s’élève à 456 morts.
L’AFP a contribué à cet article.
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