New York adopte une loi protégeant les écoles, mais pas les universités, après des manifestations anti-Israël
Pour la présidente du Conseil municipal, cette mesure, qui impose à la police de présenter un rapport sur la protection des établissements scolaires, s'inscrit dans le cadre du plan en cinq points contre l'antisémitisme
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK — Mardi, le Conseil municipal de New York a adopté une loi portant sur la protection des établissements scolaires face aux manifestations, qui s’inscrit dans le cadre d’un plan plus général des élus pour lutter contre l’antisémitisme dans la ville.
Cette loi impose à la police de New York (NYPD) de produire un « rapport de transparence » sur ses dispositifs, notamment la mise en place de périmètres de sécurité, afin de prévenir toute obstruction physique, blessure, intimidation ou perturbation dans les établissements scolaires.
La chef de la police de New York, Jessica Tisch, doit soumettre un rapport initial au maire de New York, Zohran Mamdani, ainsi qu’à la présidente du Conseil municipal de la ville, Julie Menin, dans un délai de 45 jours. Un rapport final devra également leur être présenté dans les 90 jours. Ce rapport sera ensuite publié sur le site web du NYPD.
Cette loi concerne les structures d’accueil pour la petite enfance, les écoles primaires, les collèges et les lycées privés.
Elle ne s’applique toutefois pas aux universités, qui sont pourtant le théâtre de manifestations bien plus fréquentes, ni aux programmes enseignés dans les centres de formation professionnelle, les musées, les bibliothèques et les hôpitaux universitaires.
En avril, Mamdani avait opposé son veto à cette proposition, invoquant le fait qu’elle incluait les établissements d’enseignement supérieur. La mesure amendée a toutefois été adoptée à une majorité suffisante pour contourner le veto du maire.
Le rapport sur la transparence de la police devra quant à lui détailler les critères utilisés par le NYPD pour déterminer si des périmètres de sécurité sont nécessaires pour protéger les entrées et sorties des établissements scolaires ; comment ces périmètres seront mis en place ; ainsi que les actions prévues pour dialoguer avec les enseignants et le public.
Eric Dinowitz, conseiller municipal de New York, président du groupe parlementaire juif et coprésident du groupe de travail bipartite de lutte contre l’antisémitisme, était l’un des deux principaux promoteurs de ce projet de loi.
Cette loi est la dernière mesure en date d’une série de dispositions dites de « zone tampon » proposées à New York depuis un an en réponse à de virulentes manifestations anti-sionistes.
La ville de New York et le gouvernement de l’État ont, dans le courant de l’année, approuvé des lois protégeant les lieux de culte.
La loi de l’État a instauré des zones protégées de 15 mètres autour des entrées des lieux de culte et a érigé en délit de classe B toute forme d’entrave à l’accès à un lieu de culte.
Les lois municipales visant à protéger les écoles et les lieux de culte n’ont toutefois pas prévu de sanctions pénales ni fixé de périmètre strict pour les manifestations.
Ces projets de loi sont politiquement controversés, car ils soulèvent de présumés conflits entre, d’une part, les libertés d’expression et de réunion et, d’autre part, la liberté de culte et les lois anti-discrimination.
Des groupes de gauche, parmi lesquels des organisations juives et des alliés de Mamdani, s’étaient opposés aux deux projets de loi, qu’ils ont qualifiés d’atteinte à la liberté d’expression. En revanche, le projet de loi présenté à l’Assemblée de l’État visant à instaurer des zones tampons de 30 mètres autour des cliniques pratiquant l’avortement n’a suscité aucune opposition.
Le représentant américain Tom Suozzi, un démocrate modéré de Long Island, a proposé en avril un projet de loi fédéral sur les zones tampons.
Cette initiative en faveur de la création de zones tampons a vu le jour à la suite d’une manifestation très virulente qui s’est déroulée devant une synagogue de New York, en fin d’année dernière. D’autres rassemblements ont suivi devant des synagogues de la ville, au cours desquels des manifestants ont harcelé des passants juifs, scandé des slogans violents ou favorables au Hamas, et brandi des drapeaux du Hezbollah.
Selon les manifestants, leurs actions étaient dirigées contre des événements organisés dans des synagogues, en lien avec les implantations de Cisjordanie.
L’une de ces manifestations s’est même tenue devant une école, dans le Queens. Les rassemblements devant les établissements scolaires restent toutefois relativement rares. En général, ces manifestations ne visent pas les écoles elles-mêmes, mais d’autres lieux proches.
Depuis quelques mois, la police empêche les manifestants de s’approcher des entrées des synagogues.
Mamdani avait opposé son veto à la loi initiale visant à protéger les établissements scolaires, au motif qu’elle aurait pu avoir pour conséquence de limiter les manifestations, notamment contre Israël, dans les universités, ce qui aurait porté atteinte à la liberté d’expression. La loi adoptée cette semaine a une portée plus restreinte, car elle ne s’applique pas aux universités et ne mentionne pas les lycées publics.
Pour de nombreuses associations juives, le veto initial de Mamdani était une « grave erreur ».
Mardi, Menin s’est félicitée de l’adoption de la loi sur les écoles, qui concrétise le plan en cinq points qu’elle avait annoncé en début d’année pour lutter contre l’antisémitisme. Les Juifs new-yorkais sont en effet bien plus souvent la cible de crimes de haine que tous les autres groupes réunis.
« Cette loi garantit aux enfants et aux familles un accès sûr aux écoles, sans crainte ni intimidation, tout en préservant les droits constitutionnels, qui sont imprescriptibles », a déclaré Menin dans un communiqué.
L’UJA-Federation of New York et le Jewish Community Relations Council of New York, les deux principales organisations juives de la ville, ont également salué cette loi.
Mercredi après-midi, Mamdani ne s’était pas encore exprimé.
Cette mesure a été approuvée en même temps que le budget de la ville, d’un montant de 126 milliards de dollars. Il s’agit du premier budget municipal de Mamdani depuis son entrée en fonction, au début de l’année. Mamdani et Menin sont parvenus à un accord sur ce budget peu avant l’expiration du délai, après que celui-ci a été bloqué en raison d’un différend sur le financement des aides au logement.
Cet arrangement a conduit Mamdani à revenir sur son engagement d’augmenter les effectifs de la police de New York (NYPD) de 580 agents.
Les partisans d’extrême gauche de Mamdani avaient critiqué cette augmentation des effectifs policiers. Mardi, le maire a annoncé que Tisch et lui-même avaient identifié des « solutions » susceptibles de répondre à « tous nos besoins en matière de lutte contre la criminalité » sans pour autant renforcer les effectifs de police.
La gestion de la police par Mamdani est particulièrement préoccupante pour les New-Yorkais juifs, en raison de l’hostilité qu’il a manifestée par le passé envers les forces de l’ordre.
Les relations déjà tendues entre le maire et la communauté juive traditionnelle se sont encore dégradées ces derniers mois après la publication par son cabinet d’une vidéo à l’occasion de la Journée de la Nakba, qui présentait une version partisane de la création d’Israël, et en raison d’un discours prononcé le mois dernier par Mamdani dans lequel il s’en était pris au lobby pro-israélien AIPAC et qui, selon des groupes juifs – notamment progressistes -, reprenait des tropes antisémites.
Mamdani a aidé deux membres du mouvement d’extrême gauche des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) à remporter leurs primaires au Congrès la semaine dernière. Les deux candidats ont placé le discours anti-israélien au cœur de leur campagne. L’une d’elles a même participé, au lendemain des faits, à un rassemblement célébrant le pogrom perpétré par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023.
Le responsable du Bureau de lutte contre l’antisémitisme de Mamdani a été pris à partie dimanche, lors d’une cérémonie de commémoration de la Shoah à Brooklyn.
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