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Sanctions contre les déserteurs : Edelstein persiste alors que Shas s’apprête à démissionner

"Le peuple ne pardonnera pas à ceux qui ne se montrent pas à la hauteur", prévient l'élu s'adressant aux haredim, dont la sortie ne fera pas tomber le gouvernement pour l'instant

Le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Yuli Edelstein, faisant une déclaration sur les efforts visant à faire adopter une loi sur la conscription des ultra-orthodoxes, le 15 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Yuli Edelstein, faisant une déclaration sur les efforts visant à faire adopter une loi sur la conscription des ultra-orthodoxes, le 15 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Yuli Edelstein, a réaffirmé mardi la nécessité d’imposer des sanctions personnelles et institutionnelles aux déserteurs, exposant ses lignes rouges pour un projet de loi sur la conscription, tout en appelant les membres ultra-orthodoxes – ou haredim – de la coalition à ne pas faire tomber le gouvernement sur cette question.

S’adressant aux journalistes quelques heures après l’annonce par le parti Shas d’Aryeh Deri qu’il envisageait sérieusement de suivre le deuxième parti ultra-orthodoxe de la Knesset, Yahadout HaTorah, hors de la coalition, Edelstein a imputé la responsabilité de la crise aux haredim, déclarant que « les représentants des factions ultra-orthodoxes à la Knesset rejettent les grandes lignes de la loi que j’ai formulée ».

Yahadout HaTorah a quitté la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu lundi soir, après avoir pris connaissance d’une copie du projet de loi sur l’enrôlement préparé par Edelstein. Selon le parti, ce projet de loi violerait les termes d’un compromis conclu le mois dernier entre les deux parties afin d’empêcher les partis haredim de renverser le gouvernement avant la guerre contre la République islamique.

Selon Yahadout HaTorah, le projet de loi d’Edelstein ne répond pas à plusieurs exigences clés, notamment celle d’accorder une amnistie totale aux ultra-orthodoxes étudiant en yeshiva qui ont déjà reçu et ignoré leur ordre de conscription. Il contiendrait également une clause obligeant les étudiants ultra-orthodoxes bénéficiant d’une exemption à pointer à l’entrée et à la sortie de leur yeshiva à l’aide d’un scanner d’empreintes digitales.

Au lieu de cela, les partis haredim cherchent à faire adopter une loi qui instaurerait des exemptions générales au service militaire obligatoire pour les hommes ultra-orthodoxes. Cette question est devenue plus urgente depuis que la Haute Cour a statué l’an dernier que la pratique consistant à accorder des exemptions depuis longtemps n’avait aucun fondement juridique.

« Nous savions depuis le début que cela n’allait pas se faire », a déclaré mardi matin Motti Babchik, conseiller principal du chef de Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, au Times of Israel.

Le ministre du Logement, Yitzchak Goldknopf (à droite) et son conseiller principal, Motti Babchik, arrivant à la réunion de la faction Yahadout HaTorah, à la Knesset, à Jérusalem, le 17 février 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Nous savons depuis près de neuf mois qu’il n’y a aucune chance que la loi soit adoptée. Ils n’ont pas l’intention de l’adopter. Ils préfèrent se présenter aux élections [législatives] sans loi. »

Shas sur le départ

À la suite du retrait de Yahadout HaTorah de la coalition, Shas a annoncé que « suite au préjudice grave et inacceptable causé au statut des érudits de la Torah » par le gouvernement actuel, son Conseil des Sages de la Torah se réunirait mercredi pour « une discussion cruciale concernant la poursuite de [la participation du parti] au gouvernement ».

Le journal du parti Shas, HaDerech, a imputé la crise à ce qu’il a qualifié de « violation flagrante par le Likud et Edelstein des accords sur la loi régissant le statut des étudiants en yeshiva ».

Selon des informations parues dans les médias, le parti devrait emboîter le pas à Yahadout HaTorah et quitter la coalition jeudi.

Le départ des partis Shas et Yahadout HaTorah de la coalition Netanyahu la laisserait avec 50 sièges à la Knesset, soit loin de la majorité de 61 sièges. Cependant, ces deux partis n’ont pas indiqué leur intention de renverser le gouvernement et de déclencher des élections législatives anticipées.

La Knesset devrait donc entamer ses trois mois de vacances parlementaires le 27 juillet avec une coalition minoritaire, ce qui laisserait à Netanyahu le temps de tenter de parvenir à un accord sur la question de l’enrôlement.

Si cela s’avère infructueux et que le projet de loi reste bloqué, alors Shas et Yahadout HaTorah proposeront la dissolution du gouvernement, a rapporté dimanche la chaîne publique Kan. Cette décision nécessiterait toutefois une solution de contournement après l’échec, le mois dernier, d’un projet de loi soutenu par l’opposition visant à dissoudre la Knesset et à convoquer des élections législatives anticipées. Les députés sont, en conséquence, dans l’obligation d’attendre six mois avant de pouvoir présenter un nouveau projet de loi.

Le député Aryeh Deri assistant à une séance plénière, à la Knesset, à Jérusalem, le 10 février 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Une loi trompeuse »

Répondant aux critiques des haredim, Edelstein a déclaré mardi à la presse que les conditions qu’il avait présentées pour inclure dans le projet de loi étaient « fondées sur les principes dont nous avons discuté tout au long du processus législatif et comprennent un certain nombre de sections essentielles sur lesquelles aucun compromis n’est possible ».

Il s’agit notamment de « sanctions personnelles efficaces, de sanctions institutionnelles si les objectifs ne sont pas atteints, de l’application d’objectifs de recrutement élevés, qui augmenteront rapidement », et de     « mécanismes efficaces de surveillance et d’application », a-t-il déclaré, affirmant que « sans cela, il ne s’agirait pas d’une loi sur la conscription, mais d’une loi trompeuse ».

Refusant de communiquer une copie du projet de loi révisé, que même les membres de sa propre commission n’ont pas encore vue, Edelstein a déclaré qu’il avait insisté depuis le début du processus législatif pour « n’adopter qu’une bonne loi qui répondrait aux besoins de Tsahal et allégerait considérablement le fardeau [mot utilisé pour parler du service militaire en Israël] des réservistes et des citoyens en service ».

Des manifestants ultra-orthodoxes résistant aux forces de police lors d’une manifestation contre la conscription des jeunes haredim, près de Bnei Brak, le 5 juin 2025. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Affirmant avoir agi à maintes reprises pour contrer les menaces qui pesaient sur la coalition au sujet de la question du service militaire, Edelstein a déclaré qu’avant l’Opération « Rising Lion » en Iran, il avait collaboré avec Netanyahu « pour empêcher la dissolution de la Knesset ».

« Ce soir-là, certaines clauses ont été acceptées, mais il était clair pour tout le monde que le travail de rédaction n’était pas terminé », a-t-il expliqué, affirmant que ce sont les partis haredim, et non lui, qui ont violé leur accord lorsqu’ils ont commencé à boycotter les projets de loi de la coalition et à menacer de faire tomber le gouvernement après la guerre.

« Hier soir, j’ai eu une longue réunion avec le Premier ministre et les représentants des partis haredim, et je leur ai présenté le projet de loi sur la conscription auquel je crois, et qui est prêt à être soumis », a-t-il poursuivi.

Estimant que ce projet de loi « répondait aux besoins de Tsahal » et garantissait « que toute personne entrant dans l’armée en tant qu’ultra-orthodoxe pourra en sortir en tant que tel », Edelstein a averti que « le peuple ne pardonnera pas à ceux qui ne se montreront pas à la hauteur et ne s’uniront pas pour un objectif commun : la sécurité et l’avenir de l’État d’Israël ».

« Je suis toujours prêt au dialogue. Je n’ai jamais agi par haine envers les haredim. Je pense qu’avec un peu plus de souplesse de la part des représentants de la communauté ultra-orthodoxe, nous pouvons parvenir à un projet de loi qui pourra être adopté », a insisté Edelstein.

« Jouer un jeu politique »

En réponse aux déclarations d’Edelstein, Shas et Yahadout HaTorah ont publié une déclaration conjointe dans laquelle ils lui reprochent d’être responsable de la crise autour de la loi sur la conscription et l’accusent de saboter les négociations et de tromper l’opinion publique.

« Depuis un an et demi, il mène en bateau les équipes de négociation, les rabbins, les réservistes, les responsables militaires et de la sécurité, ainsi que tous ceux qui ont agi de bonne foi pour parvenir à un accord équilibré et respectueux sur cette question », ont-ils accusé dans un communiqué.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, s’adressant aux membres de la brigade ultra-orthodoxe « Les Hasmonéens », à la base d’entraînement de la brigade, le 6 juillet 2025. (Crédit : Armée israélienne)

« Il continue de semer la confusion au sujet du ‘compromis’ qu’il a formulé, mais dans les faits, il a saboté à maintes reprises tous les compromis possibles », ont-ils poursuivi, accusant Edelstein de revenir sur ses engagements.

« Ce n’est pas un hasard s’il refuse de révéler le texte de la loi qu’il aurait accepté, car il sait que cela mettrait en évidence ses nombreuses violations et ses manœuvres trompeuses. »

Les membres du Likud, le parti auquel appartient Edelstein, devraient le « dénoncer », ont insisté Shas et Yahadout HaTorah.

En réponse, le porte-parole d’Edelstein, Maayan Samun, a écrit sur le réseau social X que les partis haredim « avaient violé les accords, proféré des menaces et quitté la coalition ».

Ceux qui divisent le gouvernement sont ceux qui nuisent aux réservistes et à leurs familles, a déclaré Samun.

« Finis les stratagèmes, finis les bluffs : soit une véritable loi sur la conscription, soit rien. »

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