Tel Aviv s’apprête à élire son nouveau grand rabbin, sur fond d’accord présumé avec le Shas
Après neuf ans de vacance, une commission de 64 membres doit trancher ; le maire Ron Huldaï aurait soutenu le candidat du parti haredi
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Tel Aviv s’apprête à élire un nouveau grand rabbin dimanche, après neuf années de vacance du poste.
Selon la presse israélienne, le scrutin devrait opposer un candidat ultra-orthodoxe soutenu par le parti séfarade haredi Shas à un candidat appuyé par des formations non haredim et des groupes civiques.
Le Shas disposerait d’un avantage, à la faveur d’un accord politique présumé avec le maire Ron Huldaï, qui est membre de la commission de 64 personnes chargée de désigner le rabbin.
Les rabbins municipaux doivent être des hommes ordonnés par le Grand Rabbinat d’Israël et strictement orthodoxes. Ils font office d’autorité religieuse suprême pour les résidents juifs de leur ville, validant notamment des documents tels que les certificats de mariage et de cacherout pour les établissements locaux. Ils remplissent également un rôle public, en participant à des événements, en rencontrant les habitants et en intervenant dans les médias.
Ces dernières années, Tel Aviv, souvent présentée comme un bastion de la laïcité israélienne, a connu des tensions croissantes autour de l’expression publique de la religion. Le futur grand rabbin devrait devenir une voix influente dans ces débats. Il siégera également de droit au Conseil du Grand Rabbinat, principale autorité étatique en matière de loi juive.
Les prières non-mixtes dans les espaces publics de la ville font l’objet de controverses depuis quelques années. En septembre 2023, des altercations verbales ont opposé fidèles et manifestants lors d’une prière publique de Yom Kippour sur la place Dizengoff, au centre de Tel Aviv. Une directive municipale adoptée l’an dernier demandant aux synagogues de « fournir des offices… sans distinction d’origine ou de sexe », a également suscité une vive polémique, bien que la municipalité ait réaffirmé que la non-mixité restait autorisée dans les lieux de culte.
Les principaux favoris seraient le rabbin Zevadia Cohen, soutenu par le Shas, et le rabbin Haim Amsalem.
Cohen dirige les tribunaux rabbiniques de Tel Aviv. Il est proche de la dynastie rabbinique Yosef, notamment de l’ancien grand rabbin Yitzhak Yosef, fils du défunt chef spirituel séfarade et fondateur du Shas, Ovadia Yosef, et frère de l’actuel grand rabbin David Yosef.
Amsalem, ancien député du Shas, s’est éloigné du parti au cours des quinze dernières années, plaidant pour un retour à un judaïsme séfarade qu’il juge plus pragmatique et plus ouvert. Il s’est notamment prononcé en faveur d’une simplification des procédures de conversion, en particulier pour les personnes nées d’un père juif. (Selon la halakha, seuls les enfants de mère juive sont reconnus comme juifs.)
Ni Cohen ni Amsalem n’ont servi dans l’armée israélienne. Les fils d’Amsalem, en revanche, ont effectué leur service militaire, et celui-ci soutient la conscription des hommes haredim ainsi que des mesures visant à renforcer leur intégration dans la société israélienne.
Parmi les 20 candidats figure Aryeh Levine, actuel rabbin du nord de Tel Aviv, réputé populaire auprès des habitants et ayant lui-même servi dans l’armée. Tzvi Yehuda Lau, fils de l’ancien grand rabbin d’Israël et de Tel Aviv Yisrael Meir Lau, est également en lice.
La commission de 64 membres appelés à voter à bulletin secret dimanche après-midi comprend l’ensemble des conseillers municipaux (31 membres, dont Huldaï), le président du conseil religieux local, 21 représentants nommés par le ministère des Affaires religieuses, chargé de l’organisation du scrutin, ainsi que 11 membres désignés par la municipalité.
Initialement prévue en janvier, l’élection a été reportée à deux reprises à la suite de recours devant la Haute Cour de justice. Ceux-ci accusaient le ministère des Affaires religieuses de ne pas avoir respecté les procédures, notamment en omettant de consulter les autorités locales avant de nommer leurs représentants, comme l’exige la loi, et en n’autorisant pas de nouvelles candidatures après le premier report.
Selon un reportage de la radio de l’armée diffusé au début du mois, plus de 20 conseillers municipaux, issus de la coalition comme de l’opposition, dont Meretz, Yesh Atid et HaTzionout HaDatit, auraient décidé de soutenir Amsalem.
Ce groupe n’inclut pas Huldaï ni les élus de sa faction, qui pencheraient en faveur de Cohen.
En février, Noa Begon, militante de Tel Aviv engagée dans la défense du caractère laïc de la ville, a expliqué à Ynet que les autorités municipales hésitent souvent à s’opposer au Shas, en raison de l’influence du parti au niveau national, notamment à travers les ministères de l’Intérieur et du Logement, qui disposent de larges prérogatives en matière d’urbanisme et de gouvernance locale.
« Chaque projet, chaque plan d’urbanisme, voire les modifications des taxes municipales, passent par le ministère de l’Intérieur », a-t-elle déclaré. « Le message adressé aux maires est clair : si vous ne coopérez pas, la ville est bloquée. »
Yoeli Brim, correspondant chargé des affaires haredim pour la Treizième chaîne, affirme que Huldaï aurait conclu un accord en vue de soutenir le candidat du Shas.
« Selon plusieurs sources, il existe un accord entre le maire Ron Huldaï et le Shas, qui contrôle le ministère de l’Intérieur et le Conseil de l’urbanisme », a-t-il écrit jeudi sur X. « Huldaï est resté ambigu, mais le soutien de sa faction pourrait, à lui seul, suffire à assurer l’élection du candidat du Shas. »
Ni Huldaï ni un porte-parole de la municipalité de Tel Aviv n’ont répondu aux sollicitations du Times of Israel.
Des dizaines de municipalités en Israël sont actuellement dépourvues de rabbin, et, sous le gouvernement actuel, le Shas s’efforce d’étendre son influence sur les procédures de nomination à ces postes.
L’an dernier, Michael Malkieli, alors ministre des Affaires religieuses, a tenté de faire adopter un ensemble de règlements qui auraient de facto conféré à son ministère un contrôle accru sur la nomination des rabbins municipaux. Il a toutefois été contraint de revoir partiellement son projet face à l’opposition et aux critiques de groupes de défense de la liberté religieuse.
Malkieli a quitté ses fonctions lorsque le Shas a quitté la coalition en juillet, pour protester contre l’échec de l’adoption d’un projet de loi visant à exempter les hommes haredim du service militaire. En novembre, le ministre de la Justice Yariv Levin a repris ce portefeuille, bien que le Shas continue d’y exercer une influence déterminante.
Une version plus modérée de la réforme portée par Malkieli a finalement été adoptée, augmentant la part des membres des commissions électorales, nommées ad hoc pour chaque municipalité, désignées par le ministère des Affaires religieuses. Auparavant, la moitié des membres étaient des conseillers municipaux, 25 % étaient nommés par la municipalité et le reste par le ministère.
Selon la réglementation actuelle, les rabbins municipaux exercent leurs fonctions jusqu’à l’âge de 70 ans, avec la possibilité d’une prolongation jusqu’à 75 ans.
Plusieurs candidats soutenus par le Shas ont déjà été nommés rabbins municipaux dans différentes villes ces derniers mois, y compris dans des municipalités laïques comme Hod Hasharon et Kiryat Ono.
Selon Brim, un scénario similaire pourrait se produire dimanche à Tel Aviv.
« Si rien ne change, le président du Shas, Aryeh Deri, devrait remporter une victoire à Tel Aviv, avec l’élection de son candidat au poste de grand rabbin », a-t-il écrit sur X. « Cela ne tient pas tant à une demande des habitants pour un rabbin, ni à un soutien particulier au candidat de Deri, qu’à des tractations politiques et à des manœuvres de coulisses qui permettraient à Deri d’aborder l’année électorale en mettant en avant une série de nominations consolidant la base du Shas. »
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