Polémique : Les synagogues à Tel Aviv priées de fonctionner « sans distinction de sexe »
La ville affirme que la clause de non-discrimination figurant dans le nouveau contrat n'aura aucune incidence sur la séparation hommes-femmes lors des prières ; un avocat en doute

Un nouveau contrat établi par la municipalité de Tel Aviv-Yafo, détaillant les conditions permettant aux synagogues construites sur des terrains municipaux de continuer à fonctionner, qui comprend notamment l’engagement de fournir des offices religieux sans distinction de sexe, provoque un tollé politique.
« La synagogue fournira des offices religieux à tous les habitants du quartier et de ses environs immédiats, sans distinction d’origine ou de sexe », peut-on lire dans une copie du contrat fournie au Times of Israel par un porte-parole de la municipalité.
Selon leur avocat, plusieurs synagogues craignent que la signature de ce document ne les expose à des poursuites judiciaires si elles maintiennent le style de prière juif traditionnel, selon lequel les hommes et les femmes prient séparément, souvent séparés par une barrière appelée « mehitzah », et les femmes ne sont pas comptées dans le minyan – quorum de dix hommes adultes nécessaire à la récitation des prières les plus importantes de tout office ou de toute cérémonie.
Me David Shub s’est entretenu par téléphone avec le Times of Israel après que la controverse a été rapportée pour la première fois par Ynet dimanche matin.
« Si une synagogue signe, demain, quelqu’un pourrait saisir la Haute Cour et la poursuivre pour non-respect du contrat », a-t-il expliqué, précisant qu’il représentait huit synagogues, dont trois contestent déjà une décision d’expulsion devant les tribunaux après avoir refusé de signer (Havurat Yisrael, rue Bar Kokhba ; la synagogue Antopol Martyrs, rue Saadia Gaon ; et Chayei Shalom, rue Bilu).
Plusieurs porte-parole de la municipalité ont qualifié cette affaire de « non-sujet », réaffirmant que la ville n’avait pas l’intention de s’immiscer dans l’organisation des offices des synagogues.
« Les synagogues qui sont actuellement devant les tribunaux ne refusent pas de signer à cause de cette clause, mais à cause de nombreuses autres clauses qui ne leur conviennent pas », a déclaré une porte-parole de la municipalité, ajoutant que les deux parties négocient actuellement pour résoudre leurs différends.
« Elles mentionnent également cette clause, mais ce n’est pas le véritable problème. »
« La question du sexe ne concerne pas les mehitzot, mais plutôt les cas où, par exemple, quelqu’un affirme qu’une synagogue est réservée aux hommes », a-t-elle ajouté.
« Personne ne cherche à imposer la laïcité aux synagogues. Cette clause est la plus simple qui soit, elle stipule que les centres destinés à un usage public ne doivent pas discriminer les personnes. Cela signifie, par exemple, qu’on ne peut pas refuser l’entrée à quelqu’un en raison de sa tradition. Personne ne dit que les mehitzot sont interdites. »
Shub a toutefois souligné qu’une fois l’ordonnance incluse dans le contrat, les synagogues pourraient toujours être poursuivies par des citoyens estimant que leurs coutumes sont discriminatoires, quelles que soient les intentions de la municipalité.
Selon l’avocat, plus de 100 synagogues construites sur des terrains appartenant à la municipalité pourraient être concernées. Il a déclaré qu’en plus des huit synagogues qu’il représente déjà, il a eu des discussions à ce sujet avec au moins une dizaine d’autres.
« De nombreuses synagogues ont été construites à Tel Aviv il y a environ un siècle », a expliqué Shub.
« Parfois, les terrains étaient achetés par des [entités] privées puis cédés à la ville, et parfois, ils étaient attribués par la ville à un groupe de pratiquants dans le but d’y construire une synagogue. Leurs fondateurs ont investi l’équivalent de plusieurs millions de shekels actuels pour construire de grandes et belles synagogues. »
Selon Shub, si les efforts récents de la municipalité pour rédiger des accords officiels après des décennies de vide juridique sont compréhensibles, le document pose toutefois problème.
« Le contrat qu’ils ont envoyé est terrible. Il stipule que les synagogues appartiennent à la ville, que les propriétaires n’ont aucun droit et que la ville peut même interférer dans la manière dont les prières sont célébrées », a-t-il expliqué.
Bien que la clause ne mentionne pas d’exigences spécifiques interdisant le respect des traditions orthodoxes, les synagogues craignent que cela ne finisse par être le cas.
Tensions croissantes
Ces dernières années, Tel Aviv a en effet connu des tensions croissantes liées au conflit entre son caractère largement laïc et les besoins de la vie religieuse.
Les prières séparées entre hommes et femmes dans les espaces publics ont notamment été au cœur de la controverse.
En septembre 2023, des confrontations verbales ont éclaté entre des pratiquants et des manifestants lors d’une prière publique à l’occasion de Yom Kippour sur la Place Dizengoff, dans le centre-ville.
Ce rassemblement, devenu un événement annuel ces dernières années, était organisé par des orthodoxes pour encourager les Juifs non pratiquants à revenir à la tradition. Les organisateurs avaient installé un espace délimité par une barrière improvisée pour séparer les hommes et les femmes.
En réponse à l’article publié dimanche par Ynet, plusieurs membres du gouvernement ont sévèrement critiqué la municipalité de Tel Aviv.
Le maire, Ron Huldaï, a répondu à l’article et aux critiques, affirmant que le contrat avait déjà été mis à jour pour répondre aux besoins des synagogues.
« Les mensonges diffusés aujourd’hui sur Internet, selon lesquels la municipalité aurait menacé les synagogues de la ville, sont infondés », a-t-il écrit sur le réseau social X.
« La clause en question, qui faisait initialement partie d’un contrat municipal standard d’attribution de bâtiments publics et qui a déclenché cette controverse, a été modifiée et correctement réglementée il y a longtemps, en accord avec les gabbaïm [personnes en charge] des synagogues de la ville, avec la compréhension et la coopération de toutes les parties. »
Le contrat original, cité par Ynet, stipulait que les offices devaient être assurés « sans distinction de croyance ou de sexe », ce qui laissait entendre que les non Juifs devaient également être admis dans les synagogues.
Dans la version mise à jour obtenue par le Times of Israel, le mot « croyance » a été remplacé par le mot « origine », qui fait généralement référence à l’origine ethnique juive d’une personne.
Toutefois, la référence au sexe est toujours présente.
« Huldaï a choisi d’adopter un programme progressiste et de lutter contre le judaïsme », a déclaré le ministre de l’Éducation Yoav Kisch (Likud) dans un communiqué.
« Le système scolaire s’efforcera de renforcer l’identité juive et sioniste, malgré la colère de tous les ‘Huldaïstes’. »
« La municipalité de Tel Aviv a déclaré la guerre au judaïsme », a déclaré Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale et chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit.
« J’exige que la municipalité de Tel Aviv mette immédiatement fin à cette initiative dangereuse et méprisable », a-t-il ajouté.
« Nous ne baisserons pas la tête, nous ne resterons pas silencieux et nous ne permettrons pas que l’État juif soit transformé en un ‘État de tous ses citoyens’ sur le dos de nos synagogues. »
Le député Gilad Kariv, membre du parti d’opposition Les Démocrates, a défendu la décision de Tel Aviv.
« Des centaines de synagogues orthodoxes fonctionnent à Tel Aviv », a-t-il écrit sur X.
« Un grand nombre d’entre elles se trouvent dans des bâtiments publics. Personne ne leur a jamais imposé un style de prière non orthodoxe. »
Il a souligné que, comme toute autre organisation à but non lucratif occupant un bien public, les synagogues sont tenues de signer des contrats d’attribution comprenant des clauses générales de non-discrimination, et que cela est également le cas dans d’autres villes.
« Ce qui se passe – et ce qui devrait se passer – c’est la protection des communautés religieuses locales contre les prises de contrôle par des associations extérieures – haredim [ultra-orthodoxes] et hardalim [nationalistes ultra-orthodoxes] – qui tentent d’imposer des règles de prière et d’utilisation des synagogues, souvent contre la volonté des habitants du quartier », a-t-il ajouté.







