Une commission de la Knesset étend la loi sur le blanchiment d’argent au trafic d’espèces sauvages
Cette mesure permet aux autorités de retracer les flux financiers et d'identifier les criminels impliqués dans ce que l'on considère comme le quatrième plus important secteur du trafic illégal mondial
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

C’est une victoire pour la conservation de la faune sauvage : la commission des lois de la Knesset a adopté une ordonnance temporaire qui reconnaît le trafic d’espèces sauvages et de flore protégée comme une infraction relevant de la loi sur la lutte contre le blanchiment d’argent.
L’ordonnance de lundi, dès à présent en vigueur, restera applicable pendant deux ans.
Ce délai permettra de procéder à la modification de la loi sur la protection de la faune sauvage, afin de requalifier les actes de trafic avec circonstances aggravantes en infractions pénales passibles d’une peine d’emprisonnement de quatre ans. Une fois la réforme de la loi sur la protection de la faune sauvage achevée et approuvée par la Knesset, cette ordonnance temporaire deviendra permanente.
Ce texte autorise les autorités chargées de l’application de la loi à aller au-delà des petits exécutants du système et à retracer les flux financiers, afin d’identifier les criminels les plus importants impliqués dans ce secteur souvent qualifié de quatrième plus grande catégorie de trafic illégal au monde, après les stupéfiants, la contrefaçon et la traite des êtres humains.
Il leur permettra de confisquer à la fois les produits issus de ces activités criminelles et les instruments utilisés pour les commettre.
Parmi les animaux introduits clandestinement en Israël et saisis ces trois dernières années, des lionceaux et des dizaines de guenons et singes vervets, ou verts.
Selon la chaîne N12, ces animaux ont été introduits clandestinement depuis la Libye, remis à des trafiquants de drogue en Égypte, acheminés en camionnette jusqu’au Sinaï, puis transportés par drone au-delà de la frontière avec Israël, jusqu’à un site voisin de la ville bédouine de Bir Hadaj.
Les singes ont été retrouvés enchaînés, pour la plupart dans de minuscules cages. À mesure que la police et les inspecteurs de la faune sauvage ont pris conscience de ce trafic, nombreux sont les animaux qui ont été retrouvés attachés en plein air, tandis que leurs détenteurs s’efforçaient d’éviter d’être pris en flagrant délit.
« Les trafiquants d’espèces sauvages n’opèrent pas seuls. Il s’agit le plus souvent d’une activité économique illégale liée à des réseaux criminels plus vastes », a déclaré Shai Peretz, procureur général de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA).
« La décision de reconnaître les délits liés au trafic d’espèces sauvages comme des infractions au sens de la loi sur l’interdiction du blanchiment d’argent marque un changement d’approche important : ces activités ne sont plus considérées comme de simples infractions environnementales. Elles s’inscrivent désormais dans le cadre plus large de la lutte contre le crime organisé. Dorénavant, il sera ainsi possible de s’attaquer à l’argent, aux biens et aux profits générés par ce crime. »
« La faune sauvage est devenue un symbole de statut social. Les petits sont séparés de leur mère dès leur plus jeune âge, les méthodes de trafic sont d’une cruauté extrême : les oiseaux sont transportés clandestinement dans des briques de lait, les singes et les lions sont convoyés par des drones qui finissent parfois par s’écraser », a déclaré Yasmin Fridman (Yesh Atid), députée et militante pour les droits des animaux. « Les animaux arrivent ensuite chez des particuliers, qui ne mesurent pas les dangers que ces animaux représenteront une fois adultes. »
« Au-delà de la cruauté envers les animaux, cet amendement enverra un message fort sur la morale et les valeurs », a-t-elle ajouté.
Tamar Fredman, directrice de l’Israel Primate Sanctuary Fondation (ISPF), qui accueille des singes victimes de trafic, a quant à elle indiqué : « Je côtoie ces victimes tous les jours, et je suis témoin de leurs souffrances. La nature de ce trafic a évolué : il ne s’agit plus seulement d’acheter et de vendre, mais aussi de louer ces ‘objets interdits’ pour réaliser des vidéos. »
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