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Une exposition plonge les visiteurs de New York dans les voix du film « Shoah »

Des enregistrements rares et inédits rassemblés par Claude Lanzmann pour son film offrent des témoignages encore dignes d'être entendus, et qui peuvent désormais l'être

L'exposition « The Recordings : Voices from the Shoah Tapes », présentée au musée New York Historical, comprend des stations d'écoute où les visiteurs peuvent entendre les témoignages de survivants de la Shoah, de bourreaux et de résistants de la Shoah, notamment Hillel Kook (Peter Bergson), que l'on voit dans la vidéo parler de ses efforts pour influencer les responsables du gouvernement américain afin de sauver les Juifs d'Europe. (Crédit : JTA)
L'exposition « The Recordings : Voices from the Shoah Tapes », présentée au musée New York Historical, comprend des stations d'écoute où les visiteurs peuvent entendre les témoignages de survivants de la Shoah, de bourreaux et de résistants de la Shoah, notamment Hillel Kook (Peter Bergson), que l'on voit dans la vidéo parler de ses efforts pour influencer les responsables du gouvernement américain afin de sauver les Juifs d'Europe. (Crédit : JTA)

New York Jewish Week — Une nouvelle exposition au New York Historical, intitulée « The Recordings: Voices from the ‘Shoah’ Tapes » (Les enregistrements : les voix des bandes de la Shoah), commence par une déclaration de Louise Mirrer, présidente et directrice générale du musée de Manhattan.

« Il est devenu courant de déplorer la montée de l’antisémitisme aux États-Unis », peut-on lire.

Contrairement à d’autres initiatives visant à lutter contre « les dernières manifestations de ce fléau ancestral », cette exposition « adopte une approche différente, et à bien des égards plus viscérale : elle rend audible l’histoire et les signes de l’antisémitisme au sein des communautés pendant la Shoah ».

Cette exposition présente des enregistrements réalisés par et pour le cinéaste Claude Lanzmann dans les années 1970, alors qu’il préparait ce qui allait devenir son documentaire monumental « Shoah », sorti en 1985.

Les commentaires de Mirrer replacent l’exposition dans le contexte qui a suivi l’invasion sanglante menée par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, soulignant le devoir urgent de préserver la mémoire de la Shoah et d’en tirer les leçons aujourd’hui. La manière dont le public comprend et applique ces leçons est loin d’être définie.

Aucun des 152 enregistrements sur lesquels s’appuie cette exposition (entretiens avec des survivants, des auteurs et des témoins) n’apparaît dans le film final, une épopée de neuf heures et demie que Roger Ebert a décrite comme « 550 minutes de hurlements de douleur et de colère face au génocide ».

Claude Lanzmann (à droite) interviewant Tadeusz Pankiewicz, un pharmacien polonais qui a aidé des Juifs dans le ghetto de Cracovie, pour le film « Shoah », en 1979. (Crédit : US Holocaust Memorial Museum via JTA)

Dépourvu de matériel d’archives, il a été construit à partir d’entretiens avec des témoins souvent méfiants de la Shoah en Pologne, élevant ainsi les témoignages des survivants au rang de sources historiques primaires. Les archives vidéo Fortunoff de l’université Yale et les archives visuelles de la Shoah Foundation de Steven Spielberg (aujourd’hui rattachées à l’USC) ont été façonnées par son éthique.

Après le décès de Lanzmann en 2018, les enregistrements de ces interviews inédites ont été transférés au Musée juif de Berlin et inscrits au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO. Dans le cadre d’une collaboration transatlantique exceptionnelle, ces enregistrements sont rendus publics pour la première fois lors d’expositions organisées simultanément à Berlin et à New York.

« Il s’agit d’une exposition très inhabituelle, presque exclusivement audio », a expliqué Mirrer lors d’une conférence de presse organisée cette semaine, quelques jours après l’ouverture de l’exposition.

« Nous célébrons le 80ᵉ anniversaire de la libération d’Auschwitz, le 40ᵉ anniversaire de ‘Shoah’ et ce qui aurait été le 100ᵉ anniversaire de Claude Lanzmann. Avec la montée de l’antisémitisme dans notre ville, notre nation et notre monde, les circonstances nous obligent à repenser la manière dont nous affrontons la haine aujourd’hui. L’écoute de ces enregistrements montre clairement que l’histoire peut, en réalité, se répéter. »

Keren Ben-Horin, chercheuse en histoire des femmes et codirectrice de l’exposition, a décrit celle-ci comme un « vin nouveau » versé dans le récipient de l’héritage de Lanzmann. Elle a souligné que les bandes capturent un cinéaste qui lutte encore pour trouver comment raconter une histoire qui, pour beaucoup, remonte à seulement trois décennies après le génocide et qui est encore trop douloureuse pour être revisitée.

« Au milieu des années 1970, Lanzmann se posait les mêmes questions que les historiens se posent encore aujourd’hui : où commence cette histoire ? », a-t-elle poursuivi.

« Avec l’arrivée au pouvoir des nazis ? Au XIXᵉ siècle ? À l’époque biblique ? »

Les enregistrements le montrent en train de suivre des pistes dans toutes les directions – le Vatican, des groupes juifs américains, la Lituanie – dont beaucoup ont été abandonnées lorsqu’il a décidé de concentrer son film sur le génocide en Pologne.

À la fin des années 1970, Lanzmann s’est rendu pour la première fois sur les sites d’extermination nazis en Pologne, une expérience qui l’a profondément bouleversé. (Un enregistrement montre les réactions hésitantes et choquées de Lanzmann lors d’une visite dans un camp de concentration). Ben-Horin a décrit comment les lieux et le silence qui y règne ont influencé la perception de Lanzmann des « mécanismes de l’extermination » : les trains, les bureaucrates, les passants.

Il a consacré onze ans à monter 350 heures d’entretiens bruts, perdant ainsi le soutien initial des bailleurs de fonds israéliens de Yad Vashem qui, impatients après deux ans sans film achevé, ont retiré leur soutien.

Ce qui était inhabituel à l’époque, et qui reste surprenant aujourd’hui, c’est l’insistance de Lanzmann à vouloir parler non seulement aux survivants, mais aussi aux bourreaux et aux collaborateurs. Certains enregistrements capturent le moment où d’anciens gardiens et infirmiers du camp ont claqué la porte au nez de ses chercheurs. D’autres ont répondu de manière évasive. Certains n’ont parlé qu’après que Lanzmann, bafouant l’éthique journalistique, mais déterminé à mener à bien son projet de mémoire, les a enregistrés en secret.

À LIRE : Guillaume Ribot dans les yeux de Claude Lanzmann

« Il estimait devoir mettre certaines règles éthiques de côté pour que l’histoire soit racontée », a expliqué Ben-Horin.

Si « Shoah » était connu pour son refus d’utiliser des images d’archives, l’exposition du New York Historical prolonge cette discipline.

« C’est une expérience auditive », a déclaré Valerie Paley, vice-présidente principale et directrice de la bibliothèque Patricia D. Klingenstein du musée.

« Nous voulions créer un espace où chacun doit faire taire son propre bruit intérieur et se pencher pour écouter. »

L’écrivain, journaliste et producteur de cinéma français Claude Lanzmann, dans son bureau à Paris, le 11 mai 1985. (Crédit : Derrick Ceyrac/AFP)

La galerie annexe, conçue par le directeur des expositions Gerhard Schlansky, comprend des postes d’écoute équipés de casques et d’écrans vidéo. Les visiteurs s’assoient devant les écrans et écoutent des voix dans leur langue originale, accompagnées de traductions en anglais. À l’une des stations, le célèbre poète yiddish Avrom Sutskever tente de décrire les horreurs dont il a été témoin dans le ghetto de Vilna ; à une autre, Hillel Kook, le militant sioniste qui a pris le nom de résistance Peter Bergson, parle de ses efforts vains pour alerter le Département d’État américain sur l’extermination.

Les entretiens ont été enregistrés en Pologne, en Lituanie, en Israël et aux États-Unis, là où les survivants se sont réinstallés et où leurs souvenirs les ont suivis.

« On se rend vraiment compte de l’ampleur de la tâche : les distances parcourues [par Lanzmann], les efforts déployés pour raconter cette histoire », a souligné Ben-Horin.

La question du lieu plane également sur l’exposition : qu’est-ce qui la rend pertinente pour le New York Historical, jusqu’à récemment connu sous le nom de New-York Historical Society ?

Mirrer a déclaré que la mission du musée était de raconter « l’histoire américaine à travers le prisme de New York ».

« Notre institution raconte l’histoire d’une nation construite par des immigrants, dont beaucoup sont venus parce qu’ils ne pouvaient plus vivre dans leur pays d’origine », a-t-elle expliqué.

« Cette ville a accueilli des personnes fuyant l’oppression religieuse, la persécution et d’autres formes de haine. »

Ce lien est clairement mis en évidence dans une autre exposition qui a également ouvert ses portes le 28 novembre : « Stirring the Melting Pot » (Remuer le melting-pot), qui présente des photographies illustrant l’expérience des immigrants dans la ville. L’exposition « Shoah » se prolonge en réalité dans l’exposition consacrée à l’immigration.

« À elles deux, ces expositions reflètent les horreurs d’une patrie et le refuge d’une autre », a déclaré Mirrer.

Cependant, les expositions sur la Shoah traitent rarement uniquement d’histoire. La manière dont la Shoah est enseignée et apprise a récemment fait l’objet d’une polémique, à la suite des remarques de l’auteure Sarah Hurwitz. Cette polémique s’inscrit dans un débat plus large sur la question de savoir si l’enseignement de la Shoah doit aborder la guerre contre le Hamas à Gaza, les génocides perpétrés dans le monde, les débats sur l’immigration et d’autres sujets.

L’exposition « Shoah » ne cherche pas à répondre à ces questions. Le musée présente plutôt ces deux expositions dans le cadre de la commémoration, l’année prochaine, du 250ᵉ anniversaire des États-Unis, et de la question brûlante de la signification de la démocratie et de ce qui la menace.

« La démocratie est l’antithèse de ce que vous entendez dans ces stations d’écoute », a souligné Mirrer.

Les cassettes audio de la collection Lanzmann du Musée juif de Berlin constituent la base d’une nouvelle exposition au New York Historical. (Crédit : Roman März, Musée juif de Berlin via JTA)

« Et c’est la raison pour laquelle tant de personnes, y compris celles qui ont été interviewées ici, finissent par s’installer en Floride, en Californie et à New York. »

« Mais vous savez, il existe actuellement un défi clair et présent pour le peuple juif et beaucoup d’autres peuples, pour les mêmes raisons qui ont poussé ces personnes à fuir leur pays d’origine. Nous voyons ces défis ici, dans notre ville et dans notre pays. Notre rôle n’est pas de dire aux gens ce qu’ils doivent penser, mais de les aider à comprendre et, par conséquent, de leur donner des conseils sur la manière d’agir dans une démocratie. »

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de la JTA ou celles de sa société mère, 70 Faces Media.

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