Les décisions prises la nuit de dimanche par l’Autorité palestinienne de faire appel au Conseil de sécurité des Nations unies pour obtenir la reconnaissance étatique tout en se maintenant la coopération sécuritaire avec Israël, témoigne – aussi étrange que cela puisse paraître – d’une volonté à vouloir empêcher une rupture des relations israélo-palestiniennes, au moins dans un avenir proche.

Cette même volonté à maintenir le calme a été prouvée la semaine dernière grâce au fait qu’un calme relatif a été préservé en Cisjordanie malgré la mort du responsable palestinien Ziad Abou Ein lors d’un affrontement avec les forces de sécurité israéliennes pendant une manifestation en Cisjordanie.

Il est probable que le décès inopportun d’Abou Ein, à la veille de l’anniversaire de la fondation du Hamas, a également été un facteur qui a contribué dans le processus de décision du Fatah à s’abstenir d’organiser de grandes manifestations dans les lieux de friction avec Israël. Personne à l’AP ou au Fatah ne voulait voir une troisième intifada éclaté pendant un moment festif pour la faction rivale.

Les médias en Israël et dans le monde se sont naturellement concentrés principalement sur la première moitié de la décision prise par la direction palestinienne – le projet de faire appel au Conseil de sécurité mercredi – et beaucoup moins sur l’autre partie de la décision.

Mais la décision de la PA de maintenir la coopération sécuritaire démontre que même si Ramallah est peut-être intéressé par une confrontation diplomatique avec Israël, il ne désire certainement un affrontement violent.

C’est une rengaine constante du président Mahmoud Abbas de l’Autorité palestinienne : oui à une résistance populaire et diplomatique, mais non à la violence.

Préserver la coopération sécuritaire avec Israël permettra probablement à faire respecter le calme relatif en Cisjordanie.

Une partie d’échecs avec Netanyahu

Alors pourquoi avoir pris la décision d’aller de l’avant de faire appel mercredi au Conseil de sécurité et ne pas attendre la fin des élections israéliennes, prévues pour le 17 mars, pour voir si un gouvernement plus favorable à des pourparlers de paix arrivera au pouvoir ?

Premièrement, les dirigeants palestiniens ont conscience qu’ils avaient besoin de prouver à la population qu’ils agissent et qu’ils ne sont pas impuissants à Israël.

En outre, les Palestiniens sont inquiets ces derniers jours. Ils craignent que les gouvernements américain et français présentent conjointement une résolution qui serait plus en faveurs d’Israël, et qui saperait la résolution palestinienne qui comprend un calendrier sur les deux prochaines années pour mettre fin au conflit et arriver au retrait israélien.

D’où l’urgence. Et là encore, il y a une fenêtre de deux jours jusqu’à mercredi qui permettra à l’Autorité palestinienne de s’engager dans des négociations avec la France et les Etats-Unis en vue de formuler une résolution de compromis qui sera plus proche de la position palestinienne.

L’AP tente de jouer aux échecs contre le Premier ministre Netanyahu et le gouvernement américain. Ramallah comprend que son refus de céder sur la question signifie qu’il y a une forte probabilité pour que la Maison Blanche décide de s’opposer à la proposition palestinienne. Et donc, il est déjà en train de formuler ses prochaines manœuvres de son plan stratégique conçu pour au moins ignorer élections israéliennes, mais aussi pour embarrasser Netanyahu.

Le résultat est que dans le cas d’un échec au Conseil de sécurité, l’Autorité palestinienne tentera d’adhérer à la Cour pénale internationale.

Si Israël tente de punir l’Autorité palestinienne, principalement en imposant des mesures économiques comme en retenant les transferts fiscaux, les Palestiniens vont choisir l’option nucléaire de mettre fin à la coopération sécuritaire avec Israël.

Cette étape pourrait considérablement nuire à la capacité de l’AP à exploiter et à maintenir sa position en Cisjordanie, mais cela dit, il est possible que le fait de continuer à coopérer avec Israël pourrait lui nuire tout autant.