90 % des gens guérissent plus vite en se concentrant sur leur douleur – étude israélienne
Des chercheurs de l'université Bar-Ilan contestent les idées reçues et ouvrent la voie à des exercices d'entraînement de l'attention pour traiter les maladies inflammatoires chroniques et auto-immunes
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Comment soulager au mieux une inflammation : en détournant son attention de la douleur, ou en se concentrant sur elle ?
Selon une nouvelle étude de l’université Bar-Ilan, contrairement aux idées reçues, 90 % de ceux qui ont choisi de concentrer consciemment leur attention sur la zone de leur corps touchée par l’inflammation se sont rétablis plus rapidement que ceux qui ont tenté de l’ignorer.
Cette étude phare, publiée lundi dans Nature Human Behaviour, démontre pour la première fois que se concentrer sur la douleur peut réduire en temps réel une inflammation aiguë.
« J’étudie le comportement humain depuis plus de 20 ans. C’est le résultat le plus saisissant que j’aie jamais observé », a déclaré la Dr. Liron Rozenkrantz, maîtresse de conférences à la Faculté de médecine Azrieli de l’université, qui a supervisé l’étude. C’est la Dr. Nofar Mizrachi qui a dirigé et mené les recherches, en collaboration avec le Pr.Menachem Rottem, chef du service d’allergologie, d’asthmologie et d’immunologie de l’hôpital Emek d’Afula.
Ces conclusions, ont indiqué les chercheurs, pourraient aider les patients concernés en leur enseignant comment associer un entraînement ciblé de l’attention aux traitements médicaux traditionnels pour soulager les affections inflammatoires chroniques et les maladies auto-immunes.
« Nos processus cognitifs peuvent influencer la manière dont le corps se régule », a expliqué Rozenkrantz.
« Le fait de ressentir la douleur contribue effectivement au processus de guérison. »
« Les gens connaissent l’effet placebo : lorsqu’on administre à quelqu’un un faux médicament, cette personne croit qu’il est authentique, et son état s’améliore », a ajouté Rozenkrantz.
Une idée que les chercheurs de son laboratoire ont poussée encore plus loin, afin d’étudier comment les perceptions des individus peuvent modifier l’évolution d’une maladie ou améliorer l’efficacité d’un traitement.
« Nous avons tendance à considérer le système immunitaire, une lésion de type blessure ou la résorption d’une inflammation comme des processus qui se règlent d’eux-mêmes, sans aucune implication des fonctions cognitives supérieures », a précisé Rozenkrantz.
« Mais que se passe-t-il si nous concentrons notre attention sur la douleur ? Le fait d’orienter le cerveau vers la blessure joue-t-il réellement un rôle dans la guérison ? Ce mécanisme n’a encore jamais été étudié chez l’être humain. »
Restez concentré
Pour tester cette hypothèse, le laboratoire a convié 57 personnes âgées de 20 à 45 ans à participer à l’expérience.
« Nous avons suivi un protocole très standardisé visant à provoquer une inflammation aiguë de la peau », a expliqué Rozenkrantz.
« Il s’agit d’un test cutané à l’histamine, qui s’apparente en quelque sorte à un test d’allergie, et qui déclenche une inflammation cutanée aiguë. »
« En moins de 30 secondes, on voit déjà la réaction », a-t-elle ajouté.
« C’est un peu comme si la peau avait été piquée par quelque chose. On voit apparaître une bosse au centre, entourée d’une rougeur. »
L’inflammation dure entre 20 et 30 minutes, puis disparaît rapidement, a précisé Rozenkrantz.
Au cours de l’expérience, Mizrachi a provoqué une inflammation chez les participants. Ceux-ci ont ensuite reçu pour consigne soit de se concentrer sur les sensations ressenties dans le bras douloureux, soit de regarder des vidéos afin de détourner leur attention de l’inflammation.
« Nous leur avons simplement demandé de prêter attention aux sensations provenant de la zone douloureuse », a-t-elle expliqué.
« Si votre attention s’en détourne, recentrez-la. Nous avons procédé de la même manière auprès des participants qui regardaient des vidéos, en leur expliquant que, si leur attention vagabondait, ils devaient revenir à ce qui se passait à l’écran. »
Au cours des expériences, les chercheurs ont mesuré le gonflement et la rougeur à l’aide d’une règle standard, à six intervalles distincts, sur une période de 20 minutes.
Ils ont également enregistré la fréquence cardiaque, la température cutanée, le pouls et la fréquence respiratoire des participants afin de surveiller le système nerveux autonome.
« Les résultats ont montré des différences significatives en l’espace d’une minute », a-t-elle souligné.
« Près de 90 % des participants présentaient une inflammation moindre lorsqu’ils étaient concentrés sur celle-ci, avec un gonflement et une rougeur globaux près de 1,5 fois moins importants que lorsqu’ils n’y prêtaient pas attention », a-t-elle poursuivi.
« Le cerveau peut contribuer à réguler les réponses immunitaires. »
« Pour faire disparaître la douleur, il faut la ressentir »
Cette étude pourrait ouvrir de nouvelles voies pour les recherches futures.
« C’est l’une des études les plus ingénieuses et fascinantes menées chez l’homme. Elle pourrait ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques basées sur l’interaction entre le cerveau et le système immunitaire », a indiqué Asya Rolls, professeure de neurosciences à l’École de neurobiologie, de biochimie et de biophysique de l’université de Tel Aviv, qui n’a pas participé à l’étude, au Times of Israel.
« Nous savons déjà que le cerveau peut influencer l’immunité par le biais du stress, des émotions, du conditionnement et du système nerveux autonome », a déclaré Rolls.
« Mais cette étude va plus loin : elle montre que l’attention, que nous sommes en mesure de contrôler activement, peut modifier une réponse immunitaire en cours. »
L’un des « plus grands défis » des études sur l’être humain consiste à démontrer la causalité, a expliqué Rolls.
« Cette étude y parvient remarquablement bien. Dans leur expérience, les chercheurs ont modifié l’objet sur lequel la personne devait concentrer son attention, tout en conservant le même stimulus inflammatoire. »
Pour Rozenkrantz, cette étude laisse entrevoir de nouvelles perspectives sur la manière dont les patients peuvent guérir après une lésion.
« Si vous avez subi une intervention chirurgicale et que vous avez des cicatrices ou des points de suture, le fait d’accorder un peu plus d’attention à la douleur aiderait-il les cicatrices à se résorber de manière plus efficace ? », a-t-elle demandé.
Si Rozenkrantz s’intéresse principalement à l’aspect physique de la guérison, elle estime toutefois qu’en cas de traumatisme émotionnel ou de trouble de stress post-traumatique (TSPT), certains chercheurs « seraient probablement d’accord pour dire qu’il faut affronter sa douleur pour la surmonter ».
« Nous sommes désormais plus conscients des effets que peuvent avoir les pensées », a-t-elle indiqué.
« Elles ne sont pas seulement passives ; elles sont en réalité actives. Nous ne savons pas tout, mais c’est une question à laquelle nous nous intéressons, et un sujet sur lequel nous serions tous ravis d’en apprendre davantage. »
la Communauté du Times of Israël !







