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À Tel Aviv, des manifestants, dont la famille Bibas, réclament une enquête sur le 7-Octobre

"Ma famille a vécu une seconde Shoah", déclare Ofri Bibas, affirmant que Benjamin Netanyahu ne "se soustraira pas à ses responsabilités" ; le gouvernement accusé de vouloir que les familles "tournent la page"

Des familles endeuillées déposant des fleurs en mémoire de leurs proches lors d'une manifestation et d'une cérémonie commémorative, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 18 avril 2026. (Crédit : Naama Zeevi Rivlin/Mouvement de protestation pour la démocratie)
Des familles endeuillées déposant des fleurs en mémoire de leurs proches lors d'une manifestation et d'une cérémonie commémorative, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 18 avril 2026. (Crédit : Naama Zeevi Rivlin/Mouvement de protestation pour la démocratie)

Samedi soir, des milliers de personnes se sont rassemblées sur la Place Habima, à Tel Aviv, pour une manifestation anti-gouvernement et une cérémonie commémorative organisées par les familles des victimes du pogrom. Ces dernières réclament la mise en place d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances ayant conduit au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.

Cette manifestation, qui a été accompagnée de plusieurs autres rassemblements dans des villes à travers Israël, a été organisée par le Conseil d’octobre, un groupe de proches des victimes du 7-Octobre. Elle a eu lieu avant Yom HaZikaron, la Journée officielle du Souvenir en Israël pour les soldats tombés au combat et les victimes du terrorisme, qui débutera lundi soir.

La cérémonie s’est déroulée sous le titre « Yishkach » (« oublier »), un jeu de mots sur l’exhortation et la prière « Yizkor » (« se souvenir ») qui sont généralement lues lors des cérémonies de Yom HaZikaron.

Les orateurs ont fustigé le gouvernement pour son incapacité à assumer ses responsabilités concernant le 7-Octobre, accusant le Premier ministre Benjamin Netanyahu de mener une guerre sans fin et sans direction au détriment de leurs proches assassinés afin de rester au pouvoir.

Tous ont conclu leurs discours par les mots « nous ne vous laisserons pas oublier ».

Ils représentaient six groupes :

Des manifestants et des familles endeuillées brandissant des pancartes lors d’une manifestation et d’une cérémonie commémorative, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 18 avril 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
  • Les membres des forces armées tués en défendant le sud d’Israël lors de l’assaut barbare et sanglant du 7-Octobre
  • Les civils tués par les roquettes du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah dans le nord d’Israël
  • Les otages tués en captivité à Gaza
  • Les civils tués dans les communautés frontalières de Gaza lors du 7-Octobre
  • Les civils tués le 7-Octobre sur le site du festival Nova, non loin de Reïm
  • Les réservistes tués au combat

Chaque groupe de représentants a déposé une couronne de laurier sur la scène, une septième couronne ayant été déposée en hommage à toutes les personnes tuées au cours des près de mille jours de conflit qui ont suivi les attaques du Hamas, y compris les réservistes qui se sont suicidés.

En déposant une couronne en mémoire des otages tués, Ofri Bibas, dont la belle-sœur Shiri et ses jeunes neveux Ariel et Kfir ont été assassinés en captivité, s’est adressé à Netanyahu en ces termes : « Monsieur le Premier ministre, une seconde Shoah s’est abattue sur ma famille. Cela nous est arrivé. »

Netanyahu, dans son discours du Yom HaShoah – Jour de commémoration de la Shoah – la semaine dernière, s’est attribué le mérite d’avoir empêché « une seconde Shoah » aux mains de l’Iran.

Des familles endeuillées et d’autres Israéliens assistant à une cérémonie commémorative en hommage aux victimes du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, sur la Place Habima, à Tel Aviv, quelques jours avant Yom HaZikaron, le 18 avril 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90

« Après deux ans et demi de guerre, le pays n’est pas en bon état », a déclaré Bibas.

« Il s’effondre, et c’est de votre faute. »

« Vous n’échapperez pas à vos responsabilités. Je n’oublierai pas tous ceux qui sont responsables du massacre et des innombrables défaillances – ils devront rendre des comptes », a-t-elle promis.

« Shiri, Ariel et Kfir – Nous ne pardonnerons pas et nous n’oublierons pas. »

Eyal Eshel, dont la fille, la sergente Roni Eshel, a été tuée sur la base de Nahal Oz où elle servait en tant que soldate de surveillance, a également pris la parole : « Pourquoi aucun d’entre vous ne s’est-il levé pour démissionner le matin du 8 octobre ? », a-t-il demandé à l’adresse des dirigeants israéliens.

« Pourquoi ma Roni, ‘les yeux de l’État’, a-t-elle tout vu et personne ne l’a écoutée ? Pourquoi êtes-vous toujours là, alors qu’elle n’est plus là ? », a-t-il poursuivi.

« Roni n’est pas morte parce qu’ils ne savaient pas, Roni est morte parce qu’ils n’ont pas écouté », a déclaré Eshel.

« Si vous n’assumez pas vos responsabilités, vous n’êtes pas seulement responsables de ce qui s’est passé, mais également de ce qui se passera demain. »

Eyal Eshel (à gauche), père endeuillé, déposant une couronne de laurier sur la scène lors d’une manifestation et d’une cérémonie commémorative, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 18 avril 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Ma famille, cinq personnes, deux générations, a été assassinée alors qu’elle s’étreignait », a déclaré Benjamin Kutz, un habitant de Kfar Aza dont la famille a été tuée le 7-Octobre.

« Le gouvernement veut que nous tournions la page et que nous oublions l’ampleur de sa négligence, et qu’il traite l’anéantissement de ma famille comme un simple incident », a-t-il ajouté, selon des propos retranscrits par la chaîne N12.

Il a appelé à la création d’une commission d’enquête nationale chargée d’enquêter sur le massacre perpétré par le Hamas contre son kibboutz et des dizaines d’autres communautés situées à la frontière avec Gaza.

Netanyahu a rejeté la création d’une commission d’État – la plus haute autorité d’enquête d’Israël – car celle-ci est dirigée par le pouvoir judiciaire, qui, selon lui, serait partial à son égard en raison de la tentative controversée de son gouvernement d’affaiblir les tribunaux.

Eyal Eshel, père endeuillé, s’exprimant lors d’une manifestation et d’une cérémonie commémorative, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 18 avril 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Shaï Fisher, dont la grand-mère et l’oncle, Mira et Barak Ayalon, ont été tués lors d’une frappe de roquette du Hezbollah sur leur maison, dans le nord d’Israël, en 2024, a souligné qu’elle s’exprimait « au nom de toute une région » en critiquant le cessez-le-feu annoncé cette semaine au Liban par le président américain Donald Trump.

« Nous, les habitants du nord, sommes forts, fidèles et prêts au sacrifice, mais nous sommes aussi trop souvent abandonnés », a-t-elle déclaré.

« Le pays qui nous a promis souveraineté et sécurité ne peut pas laisser ses citoyens se soumettre aux caprices d’autrui et des gouvernements de l’autre côté de la frontière. »

La cérémonie s’est terminée par l’Hatikva, l’hymne national israélien.

Des manifestants et des familles endeuillées brandissant des pancartes lors d’une manifestation et d’une cérémonie commémorative, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 18 avril 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Quelques dizaines de membres de la foule se sont ensuite rassemblés à l’extrémité sud de la place pour exiger des autorités qu’elles redoublent d’efforts afin de retrouver Haymanut Kasau, une fillette juive éthiopienne issue d’une famille immigrée, disparue il y a deux ans d’un centre d’intégration à Safed.

Le rassemblement a été organisé pour marquer son onzième anniversaire. Les participants ont brandi sa photo ainsi que des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Où est Haymanut ? », accompagnées de ballons jaunes ornés de sourires.

Kasau avait 9 ans lorsqu’elle a disparu dans cette ville du nord du pays. Depuis lors, l’enquête piétine.

Sa famille, qui a immigré en Israël depuis l’Éthiopie trois ans avant sa disparition, accuse le gouvernement de ne pas en faire assez pour la retrouver.

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