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Opinion"Ce sentiment s'appelle l'espoir"

Bennett et Lapid, anciens et nouveaux partenaires, tentent une nouvelle fois de renverser Netanyahu

Naftali Bennett affiche une confiance totale dans une victoire électorale "écrasante" ; Yaïr Lapid se montre à peine plus prudent, alors qu'ils annoncent une alliance qui leur convient à tous les deux et lancent une campagne décisive

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Yaïr Lapid (2ᵉ à gauche) et son épouse Lihi, ainsi que Naftali Bennett et son épouse Gilat, lors d'une conférence de presse annonçant la liste commune « BeYahad » en vue des prochaines élections, à Herzliya, dans le centre d'Israël, le 26 avril 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Yaïr Lapid (2ᵉ à gauche) et son épouse Lihi, ainsi que Naftali Bennett et son épouse Gilat, lors d'une conférence de presse annonçant la liste commune « BeYahad » en vue des prochaines élections, à Herzliya, dans le centre d'Israël, le 26 avril 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Lors du lancement de leur alliance électorale « BeYahad » (« Ensemble » en hébreu), dimanche soir, Naftali Bennett et Yaïr Lapid ont, sans surprise, tous deux mis en avant leurs principales positions communes, qui, selon Bennett, leur garantiront une « victoire écrasante » face au Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des prochaines élections législatives, prévues en octobre.

Dans son discours d’ouverture, Bennett s’est engagé à mettre en place une commission d’enquête nationale sur les défaillances ayant entouré l’invasion et le massacre du 7 octobre 2023 – une enquête indépendante de grande envergure rejetée par Netanyahu, mais soutenue par au moins 60 % de la population israélienne.

Il a également promis de faire adopter une loi rendant le service militaire obligatoire pour tous, afin d’alléger la charge pesant sur les réservistes israéliens épuisés, ce qui contraste fortement avec l’exemption de la conscription accordée par le gouvernement Netanyahu à la plupart des jeunes hommes ultra-orthodoxes, une mesure scandaleuse, antidémocratique et extrêmement impopulaire.

Dans son discours préparé, Lapid s’est également engagé à enrôler les Haredim, à lutter contre la flambée de la criminalité, à faire baisser le coût de la vie et à réformer le système scolaire. Il a notamment déclaré : « Nous sommes ici réunis pour tous ceux qui croient en la démocratie. Qui croient aux fondements juifs profonds de cet État. Qui croient aux valeurs du sionisme et à notre droit sur cette terre. »

Ce qui était toutefois moins prévisible, c’était la facilité et l’assurance avec lesquelles ils ont reconnu leurs divergences politiques.

Ils avaient déjà surmonté ces divergences lorsqu’ils avaient formé une coalition extrêmement hétérogène après les élections de 2021, au sein de laquelle Bennett puis Lapid avaient occupé le poste de Premier ministre.

Il s’agissait toutefois d’un partenariat post-électoral qui constituait le seul moyen pour l’un ou l’autre, voire pour les deux, d’accéder à la tête d’Israël, même si ce fut de courte durée, comme on l’a vu. L’alliance conclue dimanche soir est un choix préélectoral et ces partenaires, anciens et nouveaux, ont fait de leurs différences un atout.

Bennett a volontiers reconnu que Lapid et lui « avaient des points de vue divergents » et s’est présenté comme un homme de droite – un « sioniste libéral de droite », selon ses propres termes.

Lapid, lui, s’est exprimé au nom de son électorat centriste, expliquant que « pour remporter les élections, tout le centre doit s’unir derrière Bennett ».

Tous deux ont également affirmé que la grande majorité des Israéliens attendaient avant tout de leurs dirigeants qu’ils fassent preuve d’unité et qu’ils se fixent un objectif commun, après des années de divisions internes.

La fusion du parti « Bennett 2026 », tout juste constitué, avec le parti Yesh Atid, bien implanté et dirigé par Lapid, est tout à fait logique pour Bennett. Ce dernier sera à la tête de « BeYahad » et deviendra ainsi probablement le chef incontesté du bloc anti-Netanyahu à l’approche des élections.

Cette décision est davantage une concession de la part de Lapid, car il n’y aura pas de rotation au poste de Premier ministre en cas de victoire. Lapid a laissé entendre qu’il ne serait peut-être même pas numéro deux sur leur liste commune si Gadi Eisenkot, le chef d’un autre parti d’opposition, venait à se joindre à eux.

« Tout ce qu’il faudra », a déclaré Lapid.

Bennett, qui est absolument convaincu de la victoire imminente, a répondu aux questions sur la manière dont il comptait attirer des électeurs du camp de Netanyahu et former une majorité sioniste sans s’appuyer sur les partis arabes, en demandant à un journaliste comment Netanyahu pourrait réussir ce dernier exploit. Le dirigeant sortant est à la tête d’un bloc qui ne dispose que d’un soutien suffisant pour obtenir « 35 sièges sionistes » à la Knesset, qui compte 120 membres, a-t-il déclaré.

Bennett a également promis des « surprises à venir » – sans doute sous la forme de nouvelles alliances et de nouveaux candidats prometteurs.

Mais Netanyahu, le plus grand stratège politique israélien de sa génération, savait sans doute que cette fusion était dans l’air et prépare sans doute ses propres surprises. Bennett et Lapid l’ont peut-être évincé à l’été 2021, mais en l’espace de dix-huit mois, Netanyahu a progressivement convaincu la plupart des députés du parti de Bennett de tourner le dos à leur chef. Et c’est Netanyahu qui a remporté les élections de novembre 2022, et qui est actuellement en passe de maintenir sa coalition (droite, religieux et extrême-droite) unie pendant un mandat complet de quatre ans.

Interrogé sur le risque que Netanyahu parvienne à débaucher des députés parmi la prochaine équipe de Bennett, Lapid a répondu avec désinvolture que Bennett, en homme avisé, en avait sans doute tiré les leçons. Il a également balayé d’un revers de la main les craintes selon lesquelles Bennett pourrait le trahir et s’allier à Netanyahu.

Bennett a qualifié cette fusion de « décision audacieuse » et a affirmé : « Qui ne tente rien n’a rien. »

« Les Israéliens voient grand », a-t-il déclaré, balayant d’un revers de main les questions des journalistes sur l’importance potentielle d’un siège ici ou là le jour du scrutin.

« Ils veulent un changement radical. »

Lapid, se montrant à peine plus prudent, a déclaré à une nation en émoi – une grande partie de leur conférence de presse ayant été retransmise à la télévision – que cette alliance garantissait « un gouvernement sans Netanyahu », dans le cadre d’une élection qu’il a qualifiée non pas tant de « décisive » pour Israël que « d’existentielle ».

La Quatorzième chaîne, largement favorable à Netanyahu, avait déjà interrompu la diffusion à ce moment-là et vantait les résultats de son dernier sondage qui montraient que le bloc de Netanyahu se dirigeait vers une nouvelle majorité à la Knesset avec 64 sièges, soit 13 à 14 de plus que ce que les autres sondages indiquaient ces dernières semaines, et que le Likud de Netanyahu obtiendrait 34 sièges contre un maigre total de 20 pour la nouvelle alliance « BeYahad » de Bennett et Lapid.

Cependant, même la Quatorzième chaîne avait diffusé les dix premières minutes de la conférence de presse, jusqu’à la dernière phrase du discours préparé par Lapid à l’intention des Israéliens.

« Vous allez maintenant entendre mille commentaires [sur cette alliance] », a déclaré celui qui a désormais écarté toute perspective réaliste de redevenir lui-même Premier ministre.

« Mais retenez une chose : ce que vous ressentez en ce moment, ce que vous n’aviez pas ressenti depuis longtemps, ça s’appelle l’espoir. »

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