Bernie Sanders, premier sénateur américain à accuser Israël de « génocide » à Gaza
Après un rapport d'une commission mandatée par l’ONU, le sénateur du Vermont cite morts, destructions et propos de dirigeants israéliens comme preuves, et réclame trêve, aide accrue et État palestinien
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Bernie Sanders a qualifié mercredi la guerre menée par Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza de « génocide » des Palestiniens, devenant ainsi le premier sénateur américain à porter cette accusation contre l’État hébreu.
« L’intention est claire. La conclusion est inéluctable : Israël est en train de commettre un génocide à Gaza », a affirmé Sanders dans un communiqué, après avoir présenté des statistiques sur les victimes de la guerre et cité des propos incendiaires tenus par des ministres israéliens comme preuves d’une intention génocidaire.
« Après avoir qualifié cela de génocide, nous devons utiliser tout notre poids pour exiger un cessez-le-feu immédiat, une aide humanitaire massive facilitée par l’ONU et les premières mesures pour fournir aux Palestiniens leur propre État », a déclaré le sénateur.
La guerre à Gaza a été déclenchée par le pogrom meurtrier perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, au cours duquel des milliers de terroristes ont envahi le sud d’Israël, pour y assassiner plus de 1 200 personnes et en enlever 251 pour les emmener en otages dans la bande de Gaza. Les objectifs déclarés de la guerre, depuis le début des hostilités, sont le retour des otages, la destruction du Hamas en tant que force militaire et gouvernementale, ainsi que la prévention de toute menace future contre la sécurité des citoyens israéliens depuis Gaza.
Israël affirme combattre dans le respect du droit international et rejette les accusations de génocide ou de crimes de guerre dans sa campagne contre le Hamas. L’État hébreu met en avant les avertissements d’évacuation envoyés avant les frappes aériennes, les efforts déployés pour faciliter l’entrée de l’aide humanitaire pendant une grande partie du conflit, ainsi que l’usage systématique de boucliers humains par le Hamas.
La déclaration de Sanders intervient au lendemain d’un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), publié mardi, affirmant qu’Israël a violé la Convention sur le génocide. Comme Sanders, ce rapport recense les victimes civiles et cite les déclarations belliqueuses de dirigeants israéliens dans les premiers jours de la guerre comme preuves d’une intention génocidaire.
À la différence du rapport de l’ONU, la déclaration de Sanders commence par une condamnation explicite de l’assaut meurtrier du Hamas du 7 octobre.
Sanders, socialiste démocrate du Vermont, est juif et a été volontaire dans un kibboutz durant sa jeunesse. Il critique depuis longtemps Israël pour une guerre qu’il juge menée sans discernement et a appelé à un embargo sur la fourniture d’armes offensives. Jusqu’à présent, toutefois, il s’était abstenu d’utiliser le terme de « génocide » pour qualifier la campagne à Gaza.
Cette accusation, rejetée par Israël et l’administration Trump, n’avait encore été formulée par aucun des 100 sénateurs américains. À la Chambre des représentants, une dizaine de démocrates l’ont déjà employée, dont la présidente du parti Katherine Clark. Marjorie Taylor Greene, alliée républicaine du président Donald Trump, a également utilisé ce terme.
Sanders cite le bilan des morts et les propos belliqueux de dirigeants israéliens
Dans sa déclaration, Sanders s’appuie sur le nombre de morts à Gaza en reprenant les chiffres fournis par les autorités de la bande de Gaza contrôlée par le Hamas, qui ne distinguent pas civils et terroristes.
Il mentionne également, comme le rapport de l’ONU, une « fuite d’une base de données militaire israélienne classifiée [indiquant] que 83 % des personnes tuées étaient des civils ». Ce chiffre, rapporté fin août par des organes de presse activistes israéliens et le Guardian britannique, ne prend en compte que les membres des groupes terroristes du Hamas et du Jihad islamique palestinien identifiés par l’armée. Le rapport précise néanmoins que le nombre total (et donc la proportion) de terroristes éliminés par les troupes est plus élevé. Selon Israël, plus de 22 000 terroristes auraient été neutralisés, ce qui représenterait environ un tiers.
Sanders a également accusé « le gouvernement extrémiste de Netanyahu » d’avoir fortement restreint l’entrée de l’aide humanitaire tout au long de la guerre. Il a notamment évoqué le blocus total imposé par Israël à la bande de Gaza pendant 11 semaines après la rupture du cessez-le-feu au mois de mars.
« Plus de 400 personnes, dont 145 enfants, sont déjà mortes de faim. Chaque jour, de nouvelles personnes meurent de faim », a affirmé Sanders, reprenant là encore des chiffres fournis par le Hamas.
Israël rejette les affirmations faisant état d’une famine à Gaza et a souligné ses efforts pour faciliter l’acheminement de l’aide, notamment par des largages aériens, des couloirs spéciaux et des pauses humanitaires quotidiennes de dix heures dans certaines zones. Il cite également la fondation humanitaire de Gaza (GHF), un mécanisme controversé soutenu par les États-Unis et Israël, lancé plus tôt cette année pour fournir de l’aide tout en évitant son détournement par le Hamas. Sanders n’a pas mentionné la GHF.
Le sénateur du Vermont a par ailleurs ajouté qu’Israël « a systématiquement détruit les infrastructures de Gaza » et dénoncé la pression de Jérusalem en faveur d’une « migration volontaire » hors de la bande. Il a par ailleurs mentionné les propos de Trump (depuis retirés) selon lesquels les États-Unis pourraient acquérir Gaza, comme preuve d’une « politique ouverte de nettoyage ethnique ».
Pour démontrer l’intention génocidaire, Sanders a cité des déclarations de dirigeants israéliens, notamment du ministre de la Défense et du président, qui avaient qualifié les terroristes « d’animaux » et affirmé que « toute une nation » était responsable du massacre.
Ces deux responsables avaient toutefois rapidement précisé qu’ils ne visaient pas les civils, le président ayant même rectifié ses propos dans le même discours. Sanders a également évoqué les propos plus incendiaires de ministres d’extrême droite, sur lesquels Netanyahu a insisté qu’ils ne fixaient pas la politique de guerre, même s’ils appartiennent à son gouvernement.
Cette déclaration intervient alors qu’Israël se retrouve de plus en plus isolé sur la scène internationale, dans un contexte de vives critiques contre la guerre.
Outre le rapport du Haut-Commissariat de l’ONU, l’UE et le Royaume-Uni ont condamné mardi la nouvelle offensive israélienne à Gaza-City. Plusieurs pays ont annoncé qu’ils reconnaîtraient l’État palestinien lors du sommet de l’ONU la semaine prochaine. L’Espagne a imposé un embargo sur les armes et l’UE a proposé mercredi de suspendre un accord commercial avec Israël. Enfin, une demi-douzaine d’États ont interdit l’entrée sur leur territoire à plusieurs ministres israéliens d’extrême droite.
la Communauté du Times of Israël !







