En attendant que les habitants de Gaza-City affluent, Israël établit des sites d’aide à Rafah
Tsahal construit 2 nouveaux sites de la GHF dans le sud de Gaza, élargissant ainsi le programme qui a permis de distribuer plus de 150 millions de repas, mais qui a connu des scènes de chaos
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À Rafah, au sud de la bande de Gaza, aucun bruit de guerre ne se fait entendre à plusieurs kilomètres à l’intérieur de Gaza.
Pourtant, l’endroit ressemble bel et bien à une zone de guerre. Il ne reste pratiquement plus aucun bâtiment debout à Rafah et ce qui était, il y a deux ans, une ville de près de 200 000 habitants n’est plus qu’un désert de sable jonché de béton brisé, de métal tordu et de meutes de chiens sauvages reniflant avidement autour des ruines.
Mais ici, les détonations fréquentes et le bourdonnement des drones qui envahissaient l’enclave depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 semblent désormais appartenir au passé.
À en juger par ses opérations, l’armée israélienne semble avoir le contrôle total de la zone. Des berlines et des camionnettes civiles circulent le long du corridor Philadelphi, qui sépare l’Égypte de la bande de Gaza, et s’arrêtent dans des bases militaires situées dans ce qui était autrefois le quartier de Tel Sultan.
Le silence est tel qu’on peut entendre les vagues venir s’échouer sur la côte méditerranéenne à quelques dizaines de mètres de là, au-delà du pipeline noir financé par les Émirats arabes unis qui achemine l’eau dessalée de l’Égypte vers l’enclave.
Le calme n’est plus rompu par des coups de feu, mais par le bruit des engins de chantier. Des compacteurs aplatissent le sable et des camions-benne transportent sans relâche la terre et les roches hors d’une immense enceinte rectangulaire délimitée par des bermes de sable et des postes de surveillance en béton.
Des agents de sécurité américains barbus, à bord de deux véhicules blindés blancs portant les numéros « 4 » et « 5 », quittent le complexe.
Israël est en train de construire deux nouveaux sites de distribution d’aide humanitaire qui, selon Tsahal, seront confiés dans les prochains jours à la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël.
L’armée a invité les journalistes à visiter les sites mercredi, avant qu’ils ne soient opérationnels, « une fois que les conditions de sécurité seront remplies », a déclaré un porte-parole militaire.
Les leçons tirées du chaos
La GHF a commencé à fonctionner en mai afin de distribuer l’aide en déjouant les détournements du Hamas.
Selon Israël, l’aide destinée à Gaza était pillée par le groupe terroriste, qui la revendait au marché noir pour financer ses activités, notamment le recrutement de nouveaux terroristes afin de reconstituer ses effectifs décimés. Pour remédier à ce problème, les États-Unis et Israël ont créé la GHF.
Cependant, l’organisation a été confrontée à une réaction mondiale négative dès sa création, qui s’est aggravée en raison du chaos qui règne dans les points de distribution et des centaines de fusillades mortelles signalées presque quotidiennement sur les routes à proximité des sites d’aide.
Tsahal nie avoir pris pour cible des civils, y compris ceux qui cherchaient à obtenir de l’aide alimentaire. L’armée a toutefois reconnu avoir tiré des coups de semonce en direction des foules qui s’approchaient de manière menaçante des sites de distribution gérés par la GHF.
Selon l’ONU, qui se base sur les chiffres du ministère de la Santé, contrôlé par le Hamas, plus de 1 000 personnes auraient été tuées sur les sites d’aide, principalement par des tirs israéliens. Israël estime que ces chiffres sont exagérés, mais n’a pas fourni d’autres chiffres.
Les organisations humanitaires et une grande partie de la communauté internationale s’opposent au système d’aide mis en place par la GHF, estimant qu’il oblige les Gazaouis à parcourir de longues distances à pied pour aller chercher des cartons de produits alimentaires secs qu’ils doivent ensuite faire cuire, alors que le combustible et le matériel de cuisson sont rares dans la bande de Gaza.
Les sites en cours de construction ont pour objectif de répondre à ces défis.
« Ils sont conçus pour être aussi sûrs et proches que possible pour les camions et les personnes qui entrent », a déclaré au Times of Israel le lieutenant-colonel Nadav Shoshani.
La première rangée de bâtiments de la zone d’al-Mawasi, vers laquelle Israël a ordonné aux civils de Gaza-City de se réfugier, est visible depuis les deux sites. Il faudrait entre 5 et 10 minutes à pied depuis la limite de la zone humanitaire côtière pour atteindre le site situé plus au nord, et pas plus de 20 minutes pour celui qui est plus proche de la frontière égyptienne, a expliqué Shoshani.
Selon Shoshani, Tsahal a tiré « de nombreux enseignements » du déploiement des quatre sites initiaux de la GHF et les met en œuvre afin de rendre le processus plus sûr pour les civils gazaouis et les troupes.
« Nous avons modifié la manière dont nous organisons les sites de distribution et dont nous déployons nos forces autour d’eux », a-t-il ajouté.
Selon Shoshani, le flux de circulation piétonne à travers les sites sera plus clair et plus fluide, et les modifications apportées à l’emplacement et à la hauteur des talus de sable et des murs en béton protégeront les agents de sécurité américains travaillant pour la GHF.
L’armée tente également d’éviter que ne se reproduisent les incidents survenus depuis le mois de mai, au cours desquels des civils affamés ont dévié des itinéraires définis et ont été pris pour cible par les soldats de Tsahal.
De nouvelles clôtures et des murs en béton « indiquent clairement où se trouvent les itinéraires, où il est sûr de se rendre, où il faut aller, et empêchent les gens de s’approcher des troupes », a déclaré Shoshani au Times of Israel.
« L’armée n’est pas présente sur les sites », a-t-il souligné.
« Personne n’a été abattu par Tsahal sur ces sites. L’armée combat les terroristes qui se trouvent aux abords de ces sites. »
Shoshani a toutefois concédé que « dans certains cas, des personnes non identifiées s’étaient approchées des soldats de Tsahal, les obligeant à intervenir ».
« Tsahal ne vise personne qui récupère de la nourriture », a-t-il affirmé.
Un changement radical de politique
La construction de ces nouveaux sites et la volonté de Tsahal de mettre en avant ses efforts humanitaires dans la presse israélienne et internationale sont la conséquence d’une décision stratégique désastreuse prise par Israël en mars : la suspension de toute entrée d’aide humanitaire dans la bande de Gaza.
« Israël a décidé de cesser de laisser entrer des marchandises et des fournitures à Gaza, ce que nous faisions depuis 42 jours », avait déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu le 2 mars.
« Nous avons pris cette décision parce que le Hamas vole l’aide humanitaire et empêche les habitants de Gaza d’y accéder. »
Au cours des deux mois suivants, la crise humanitaire à Gaza n’a cessé de s’aggraver, suscitant des critiques internationales de plus en plus vives. La situation a atteint son paroxysme en juillet, lorsque 28 pays occidentaux, dont le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la France et l’Italie, ont déclaré dans un communiqué conjoint que la guerre à Gaza « devait cesser immédiatement », estimant que les souffrances des civils avaient « atteint un seuil inédit ».
Un récit faisant état d’une famine sévère s’est également répandu. Plus d’une centaine d’organisations humanitaires et de groupes de défense des droits de l’Homme ont averti qu’une famine massive se propageait à Gaza. Des centaines de rabbins du monde entier ont signé une lettre appelant Israël à cesser d’utiliser la famine comme « arme de guerre ». Même l’Association médicale israélienne (IMA) a envoyé des lettres aux hauts responsables de la défense pour demander que les Gazaouis bénéficient d’équipements médicaux et de conditions humanitaires élémentaires.
Netanyahu et son gouvernement ont été contraints de changer radicalement de cap. Israël se félicite désormais des nouvelles mesures qu’il a prises pour permettre l’acheminement de l’aide : pauses humanitaires quotidiennes, couloirs humanitaires, largages aériens et levée des restrictions sur l’aide entrant dans la bande de Gaza.
L’administration Trump souhaitait également voir la GHF se développer. Dans une interview accordée le 6 août, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, avait déclaré que les sites de la GHF passeraient de trois à seize et qu’ils fonctionneraient 24 heures sur 24.
L’extension des activités de la GHF au-delà de cinq sites dépendra toutefois des décisions prises par « la communauté internationale et les instances politiques », a expliqué Shoshani.
Les deux sites en construction sont conçus pour fonctionner 24 heures sur 24, a-t-il ajouté.
Ils seront divisés en zones de distribution et de déchargement, a-t-il précisé. Lorsque le stock de nourriture est épuisé dans une zone, les civils peuvent être redirigés vers une autre zone où les camions déchargent d’autres lots et récupéreront de l’aide depuis cet endroit. Parallèlement, d’autres camions commenceront à réapprovisionner les zones où les stocks sont épuisés.
La GHF affirme avoir distribué plus de 161 millions de repas depuis le début de ses activités en mai, et près de 1,2 million de repas rien que mercredi.
« Depuis plus de 100 jours maintenant, notre équipe apporte de l’aide aux Palestiniens dans le besoin », a déclaré John Acree, directeur exécutif de la GHF.
« Pendant tout ce temps, notre équipe est restée engagée envers les personnes que nous aidons et concentrée sur notre mission : garantir l’accès à l’aide humanitaire vitale à Gaza. La régularité de nos distributions ne serait pas possible sans les humanitaires qui se consacrent corps et âme à cette tâche jour après jour. »
« Malgré la complexité persistante de la distribution de l’aide à Gaza, notre équipe a démontré sa capacité à surmonter ces difficultés de manière constante », a-t-il poursuivi.
« Je continue d’inviter toutes les organisations humanitaires à travailler avec nous pour nourrir les Palestiniens dans le besoin de manière efficace. »
Pour l’instant, les principales organisations humanitaires se tiennent à l’écart de la GHF, affirmant qu’elle viole les principes humanitaires.
« C’est pour l’instant une opération très réussie », a déclaré Shoshani.
« Beaucoup de bonnes choses se passent, un grand nombre de denrées alimentaires sont distribuées dans cette région. »
Il a précisé qu’Israël n’imposait aucune restriction sur la quantité de nourriture entrant à Gaza, « mais [veille simplement] à ce qu’elle soit sûre et ne contienne pas d’armes ».
Après ces bonnes paroles, l’armée a fait remonter les journalistes dans ses véhicules du Commandement du Front intérieur et a pris la route pour un trajet de dix minutes en direction d’Israël, en passant devant le poste-frontière détruit de Rafah. Les ruines de Rafah ont laissé place à deux rangées de murs frontaliers reconstruits pour remplacer la barrière de sécurité que le Hamas avait détruite le 7 octobre 2023.
De retour en Israël, les réservistes se préparaient à retourner à Gaza et s’affairaient autour de leurs voitures, tandis que les tracteurs soulevaient la poussière dans les champs du kibboutz piétinés par les terroristes envahisseurs il y a deux ans.
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