Catherine Connolly, qui a qualifié Israël « d’État terroriste », élue présidente de l’Irlande
La candidate d'extrême gauche avait déclaré que le Hamas "fait partie intégrante du peuple palestinien" , avant de "condamner sans réserve" ses actions, et a accusé Israël de "génocide"
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La candidate indépendante d’extrême gauche, Catherine Connolly, a très largement remporté l’élection présidentielle de vendredi en Irlande, tandis que le nombre de bulletins nuls a atteint un niveau inédit, selon les résultats officiels définitifs fournis samedi soir.
Cette ex-avocate de 68 ans, devenue députée en 2016 et qui critique aussi bien l’Union européenne (UE) que les États-Unis. Elle a obtenu plus de 63 % des suffrages, contre 29,5 % pour Heather Humphreys, du parti de centre droit Fine Gael, au pouvoir. Elle était sa seule véritable rivale dans ce scrutin.
Un troisième candidat, Jim Gavin, du Fianna Fáil, la principale formation de centre droit au sein de la coalition au pouvoir, avait annoncé son retrait de la course début octobre, mais a tout de même obtenu 7 % des voix.
« Catherine sera une présidente pour nous tous, et elle sera ma présidente », avait concédé quelques heures plus tôt à la télévision Humphreys.
Connolly succède donc à Michael Higgins, 84 ans, qui a occupé ce poste essentiellement honorifique pendant deux mandats de sept ans depuis 2011.
Elle a été critiquée pour ses opinions sur le groupe terroriste du Hamas, qu’elle a qualifié en septembre de « partie intégrante du tissu social palestinien ».
Le Premier ministre irlandais, Micheál Martin, a critiqué ces propos.
Connolly a ensuite affirmé qu’elle « condamnait fermement » les actions du Hamas et que le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien contre Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre, était « absolument inacceptable ».
Cependant, elle a critiqué Israël pour avoir commis, selon elle, un « génocide » à Gaza, une accusation que l’État hébreu rejette catégoriquement. Elle a également accusé Israël d’être un « État terroriste ».
« Si nous, au sein de ce Dáil [Assemblée d’Irlande], ne pouvons pas reconnaître qu’Israël est un État terroriste, alors nous sommes dans une situation très grave », a-t-elle déclaré dans une vidéo publiée en juin sur la page Facebook de sa campagne, en référence à la chambre basse du Parlement irlandais où elle siégeait. Elle a ensuite critiqué les frappes d’Israël contre le programme nucléaire iranien, la conduite militaire d’Israël à Gaza et d’autres politiques israéliennes.
« Un immense privilège »
Si la participation a été de près de 46 %, soit plus qu’à la précédente présidentielle de 2018, cette élection a été ternie par le nombre record de bulletins de vote annulés, soit environ 13 % du total, dont certains portaient les mots « pas de démocratie » ou des messages anti-immigration.
À l’instar du Royaume-Uni voisin, l’Irlande connaît en effet un débat de plus en plus conflictuel sur l’afflux de demandeurs d’asile, avec des manifestations parfois violentes.
Des personnalités conservatrices avaient appelé à l’abstention, notamment en signe de protestation contre le fait que seuls deux candidats s’affrontaient réellement, une première depuis 1990.
La candidate conservatrice, Maria Steen, n’avait pas obtenu suffisamment de soutiens parmi les parlementaires pour pouvoir se présenter.
« Ce sera un immense privilège de vous servir », a assuré Connolly dans son discours de remerciement, après la publication des résultats.
« À ceux qui n’ont pas voté pour moi et à ceux qui ont rendu leur vote nul, laissez-moi vous dire que je serai une présidente inclusive et à votre écoute », a-t-elle poursuivi.
Connolly s’est par ailleurs engagée à être « une voix pour la paix, une voix qui s’appuie sur notre politique de neutralité » et à insister sur « la menace existentielle que constitue le changement climatique ».
Tensions en perspective
« Je me réjouis de travailler avec la nouvelle présidente […], à un moment où l’Irlande continue de jouer un rôle important sur la scène internationale », a pour sa part affirmé le Premier ministre Martin, à la tête du Fianna Fáil.
« Je lui souhaite tout le succès possible », avait auparavant déclaré Simon Harris [Fine Gael], le vice-Premier ministre.
Connolly « parle au nom des gens ordinaires », estime Una Corcoran, 62 ans, à Galway, sa ville natale, dans l’ouest de l’Irlande.
« Dans l’ensemble, je la trouve très intègre. Elle n’a pas peur de se rendre impopulaire. C’est aussi une oratrice très douée et assurée. Je pense qu’elle réussira », a commenté Oisin Woods, un employé du secteur des technologies âgé de 35 ans, qui a également voté pour elle.
Connolly, connue pour son franc-parler, était soutenue par les principaux partis d’opposition, dont les Verts et le parti nationaliste Sinn Féin, qui fut autrefois la vitrine politique de l’Armée républicaine irlandaise (IRA).
Militante pour la réunification de l’île d’Irlande, elle est opposée à une augmentation des dépenses de défense et favorable au maintien de la tradition de neutralité de l’Irlande, un pays de 5,2 millions d’habitants devenu membre de l’UE en 1973 et qui entretient un programme de partenariat avec l’OTAN, dont il n’est pas membre.
En septembre toutefois, Connolly a réitéré sa condamnation de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
« Je n’ai jamais hésité, jamais. Ce que je dis, c’est qu’un pays neutre comme le nôtre devrait dénoncer tous les abus de pouvoir, qu’ils viennent de la Russie ou de l’Amérique », a-t-elle alors ajouté.
Cette femme charismatique, sportive et bilingue en gaélique, a par ailleurs condamné un « génocide » dans la bande de Gaza.
Des commentateurs prédisent que ses positions tranchées sur la politique étrangère, la défense mais aussi le logement pourraient provoquer des tensions avec le gouvernement.
La manière dont Connolly « gère les relations avec un gouvernement dont elle estime clairement qu’il poursuit de mauvaises politiques crée désormais une nouvelle incertitude – et possiblement un conflit – dans la politique irlandaise », a ainsi écrit l’Irish Times.
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