Chaos à l’audience de Sde Teiman ; un ex-geôlier traite le président de la Haute Cour de « kapo »
Les juges ont expulsé des manifestants de la salle et repris la séance sans public après des perturbations répétées, notamment de la part d'un député du Likud
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La Haute Cour de justice a tenu jeudi matin une audience explosive consacrée à la nomination du juge à la retraite Yosef Ben-Hamo pour superviser l’enquête sur la fuite d’images montrant des abus présumés commis sur un détenu gazaoui à Sde Teiman.
La séance, retransmise en direct, a été marquée par des cris contre les juges et l’Association du barreau israélien, des interruptions répétées et l’expulsion de plusieurs personnes. Elle a ravivé les tensions entre le ministre de la Justice Yariv Levin, la procureure générale Gali Baharav-Miara et la Cour, tout en déclenchant une vague de réactions politiques accusant la coalition d’intimidation et d’atteinte à l’État de droit.
L’audience a été interrompue une première fois lorsqu’un homme dans le public s’est levé et a lancé au président de la Haute Cour, Yitzhak (Isaac) Amit : « Vous êtes un criminel », avant d’être expulsé par les agents de sécurité.
La députée radicale du Likud, Tally Gotliv, faisait partie de ceux qui ont perturbé et retardé les débats, criant qu’il fallait « enquêter sur la procureure générale » dans cette affaire.
Alors que le débat se poursuivait, un soldat réserviste accusé d’avoir gravement maltraité un détenu gazaoui à Sde Teiman a crié en direction des juges : « Bande d’ordures, bande de kapos ».
Assis aux côtés d’un second réserviste accusé et de leur avocat, il a accusé la Cour de partialité en faveur de l’ancienne avocate générale militaire Yifat Tomer-Yerushalmi, qui avait transmis les images de l’agression présumée.
Les kapos étaient des prisonniers des camps nazis qui, volontairement ou sous la contrainte, étaient chargés de surveiller leurs codétenus et d’accomplir des tâches pour le compte des nazis. Cette épithète visait apparemment à suggérer que les juges travaillaient pour les ennemis d’Israël.
L’audience a repris après que les membres du public aient été expulsés.
Le chaos s’est alors installé dans le hall, certaines personnes criant « violeurs » aux soldats de l’unité dans laquelle servaient les auteurs présumés des abus, a rapporté la chaîne N12. Les gardes ont alors dû intervenir pour mettre fin à une bagarre.
À la reprise de l’audience, Amit a déclaré que « Ces incidents se produisent sans cesse, et leur gravité ne peut être sous-estimée », ajoutant : « Je ne connais aucun autre pays démocratique au monde où les gens se révoltent ainsi devant la Cour suprême. »
Il a également qualifié ce chaos d’« atteinte à la séparation des pouvoirs ainsi qu’à la démocratie israélienne ».
Amit a réagi en déclarant qu’il était « heureux que le public et les caméras puissent voir comment ils tentent d’intimider la cour ».
Peu après l’éclatement du scandale de Sde Teiman, Levin avait affirmé que Baharav-Miara pouvait se trouver en situation de conflit d’intérêts et avait tenté de la remplacer par un enquêteur de son choix, alors qu’elle aurait normalement dû diriger l’enquête. La Cour lui avait accordé la possibilité de nommer un « haut fonctionnaire public », à condition que ce dernier remplisse des critères d’ancienneté et d’expérience liés aux enquêtes ou aux poursuites pénales.
Levin avait d’abord proposé le médiateur national pour les juges, Asher Kula, mais la Cour avait rejeté sa candidature. Son second choix, Yosef Ben-Hamo, fait désormais l’objet d’un examen serré. La Cour a émis une ordonnance provisoire suspendant sa nomination, estimant qu’il ne répondait pas au critère de « haut fonctionnaire ».
« Dans la décision, nous avons écrit ‘haut fonctionnaire’, et ce mot n’a pas été écrit pour rien », a rappelé la juge Yael Willner, citée par Ynet.
C’est dans ce cadre que les juges ont commencé à examiner plusieurs requêtes contre la nomination de Ben-Hamo. L’une d’elles, déposée par le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël, soutient que l’ancien magistrat « n’a pas traité d’enquêtes criminelles ces dernières années ». Le mouvement dénonce « une tentative supplémentaire de Levin pour trouver quelqu’un qui servira ses intérêts » et s’engage à utiliser « tous les outils juridiques disponibles » pour bloquer sa nomination.
Abordant la question de son expérience en droit pénal, le juge Khaled Kabub a déclaré que « la majeure partie de la carrière du juge Ben-Hamo s’est déroulée dans les domaines civil, de l’insolvabilité et des affaires fa
miliales », jetant ainsi le doute sur sa capacité à superviser une affaire pénale. « Tout au long de son mandat au tribunal de district, il n’a rendu qu’une seule décision [pénale] », a-t-il déclaré.
L’avocat David Peter, qui représente Levin, a déclaré que le ministre de la Justice avait précédemment proposé ce poste à quatre juges, mais que tous l’avaient refusé.
« Le ministre tente également de trouver des hauts fonctionnaires ayant une expérience en droit pénal, mais la procureure générale doit donner son avis — on ne peut pas nommer n’importe qui », a-t-il déclaré.
L’opposition demande à la coalition de respecter l’Etat de droit
Plusieurs responsables de l’opposition ont accusé la coalition d’avoir orchestré une tentative d’intimidation de la Haute Cour.
« L’éclat de la députée Gotliv et d’autres est intolérable et impardonnable », a déclaré Yaïr Lapid (Yesh Atid), affirmant qu’un tel comportement ne se produirait « dans aucun pays démocratique qui se respecte ». Selon lui, « dans des circonstances normales, le ministre de la Justice et le président de la Knesset auraient été les premiers à défendre la dignité de la cour. Or tous deux mènent une campagne d’incitation toxique contre elle, qui nous a conduits à cette situation déplorable ».
Le député Gilad Kariv (Avoda) a dénoncé une « manœuvre délibérée et planifiée » visant à intimider les juges et à éroder la confiance du public dans le système judiciaire. Selon lui, « la dernière chose qui les intéresse, c’est de découvrir la vérité. La seule chose qui compte pour eux, c’est de destituer le procureur général et de détruire l’indépendance du système judiciaire ». Il a appelé les juges à fermer la salle au public pour les prochaines audiences et à n’en diffuser que la retransmission vidéo.
Il a appelé la cour à fermer l’accès au public pour les prochaines audiences et à ne maintenir que la retransmission vidéo.
L’ancien ministre Benny Gantz, président de Kakhol Lavan, a lui aussi dénoncé des comportements visant non pas « à exprimer une protestation », mais à « intimider l’État de droit ». Il estime que les perturbateurs doivent « être arrêtés et mis derrière les barreaux », ajoutant que « transformer le tribunal en une scène de débat politique est extrêmement dangereux pour la démocratie israélienne ».
En réponse, le député Osher Shekalim (Likud) a accusé Gantz d’hypocrisie, affirmant qu’il n’avait pas demandé l’arrestation d’un manifestant, lors d’une mobilisation antigouvernementale plus tôt cette année, qui l’avait traité de traître.
« Il est facile pour vous de vous opposer aux ‘gens ordinaires’, mais vous avez peur de ceux qui ont manifesté contre vous », écrit Shekalim.
D’autres membres de la coalition ont pris la défense de la cour contre l’opposition. Galit Distel Atbaryan (Likud) a publié sur X que les critiques à l’encontre de la Haute Cour ne sont pas le résultat « de l’incitation à la haine des partisans de Bibi », mais émanent plutôt « de millions de citoyens israéliens » indignés « par la corruption ignoble dissimulée sous le masque de la justice ».
Simcha Rothman (HaTzionout HaDatit), président de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, a partagé sur X une vidéo montrant le président de la Cour, Isaac Amit, réprimandant les personnes présentes pour avoir applaudi un représentant du gouvernement.
« Le public a applaudi le représentant du ministre de la Justice. En réponse, quelques minutes plus tard, Yitzhak Amit a fait sortir le public de la salle. Il n’y a rien de plus symbolique que cela. La Cour, isolée dans sa tour d’ivoire, est incapable de traiter avec la population, mais exige une autorité illimitée pour statuer sur toutes les questions le concernant », a-t-il écrit en commentaire de la vidéo.
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