Conscription des haredim: une conseillère juridique de la Knesset prône l’adoption d’une loi provisoire
Boaz Bismuth accepte de maintenir les exemptions pour les étudiants en yeshiva ; une étude indique que les restrictions de déplacement "pourraient avoir un impact significatif"
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Sur fond de profondes divisions concernant la conscription des ultra-orthodoxes – ou haredim -, la conseillère juridique de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset a exhorté, dimanche, le panel à adopter une loi provisoire pour régir cette question.
Selon Miri Frenkel Shor, si le nombre de recrues haredim n’atteint pas les objectifs fixés par l’armée israélienne, la loi temporaire devrait être abrogée.
« Je recommande que la commission adopte la loi sur la conscription à titre temporaire et non permanent. Si les objectifs ne sont pas atteints, la loi expirera », a-t-elle déclaré alors que la commission entamait trois jours de débats consécutifs sur ce sujet.
Témoignant devant la commission dimanche, le brigadier général Shay Tayeb, chef de la division de la planification et de la gestion du personnel du Directorat des Ressources humaines de Tsahal, a fait remarquer que, bien que le nombre de recrues ultra-orthodoxes ait récemment augmenté, seules 2 940 personnes se sont enrôlées au cours de l’année écoulée, ce qui est loin de répondre aux besoins de l’armée.
En moyenne, environ 1 800 haredim s’engagent dans l’armée chaque année.
On estime actuellement à environ 80 000 le nombre d’ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans et aptes au service militaire, mais qui n’ont pas été enrôlés. L’armée a déclaré avoir un besoin urgent de 12 000 recrues en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve dans le contexte de la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et d’autres défis militaires.
L’été dernier, la Haute Cour a statué que les exemptions générales de longue date accordées aux étudiants en yeshiva n’avaient aucun fondement juridique. Depuis, Tsahal a envoyé des dizaines de milliers d’ordres de conscription, sans pour autant voir les enrôlements augmenter.
« Le taux de conscription par rapport [au nombre d’ordres envoyés] est plus faible qu’auparavant », a déclaré Tayeb.
Avant le débat de dimanche, i24 News a diffusé un extrait vidéo dans lequel le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, le député Boaz Bismuth (Likud), déclare à un rabbin de haut rang que les membres de la communauté ultra-orthodoxe qui étudient à plein temps en yeshiva devraient être autorisés à poursuivre leurs études, tandis que ceux qui ne le font pas devraient être enrôlés.
Après avoir déclaré qu’il ne devait pas y avoir « de guerre de religion », Bismuth a insisté, lors de la réunion de jeudi, sur le fait que c’était un honneur de servir dans Tsahal, mais a ajouté que « ceux qui étudient continueront à étudier » et ne seront pas appelés sous les drapeaux. Selon lui, cette politique offre une sorte « d’assurance » pour l’avenir du judaïsme.
On ignore dans quelle mesure une telle approche modifierait les taux d’enrôlement. Si un nombre important de haredim ne sont pas des étudiants à temps plein, beaucoup sont inscrits comme tels dans une yeshiva afin d’échapper à la conscription.
« La pratique consistant à inscrire les personnes comme étudiants à temps plein signifie que les objectifs d’enrôlement ne seront pas atteints », a déclaré le député Chili Tropper (Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti).
Le secrétaire du cabinet, Yossi Fuchs, a répondu que des sanctions immédiates seraient contre-productives. Selon lui, les sanctions auraient davantage d’impact si elles entraient en vigueur après un an.
Le débat de dimanche était le deuxième organisé par la commission sur cette question, depuis que Walla a rapporté, la semaine dernière, que Bismuth soutenait l’adoption d’un « règlement d’urgence » en temps de guerre, qui permettrait de recruter immédiatement suffisamment de soldats pour pallier le manque d’effectifs de l’armée, tout en levant les sanctions à l’encontre des ultra-orthodoxes qui se soustraient à la conscription.
Depuis qu’il a pris la tête de la commission en juillet, Bismuth est reparti de zéro pour faire avancer le projet de loi sur la conscription des ultra-orthodoxes, suscitant les critiques acerbes des députés de l’opposition ainsi que de l’ancien président de la commission, Yuli Edelstein, dont les efforts sur cette question ont été réduits à néant.
Selon les médias israéliens, Bismuth a rencontré Frenkel Shor et les députés du parti Shas avant la réunion de la commission dimanche, et devrait rencontrer mercredi le chef du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, afin de parvenir à un consensus sur le texte du projet de loi.
L’impact des sanctions
Bismuth a été nommé à la tête de la commission à la suite du départ de Yahadout HaTorah de la coalition, après que ce parti a reçu une copie du projet de loi sur l’enrôlement préparé par Edelstein en juillet. Yahadout HaTorah a fait valoir que le projet de loi violait les termes d’un compromis conclu le mois précédent. Shas a rapidement suivi Yahadout HaTorah, quittant le gouvernement tout en restant membre de la coalition.
Selon certaines informations, le compromis conclu en juin aurait reporté l’application de certaines sanctions et stipulé que le statut de tous les étudiants de yeshiva serait réinitialisé et devrait être réglementé à partir de zéro. Cela signifierait que bon nombre de ceux qui ont reçu plusieurs ordres de conscription et ont été déclarés déserteurs ne seraient plus passibles d’arrestation.
Cependant, le projet de loi finalement présenté par Edelstein était nettement plus sévère, prévoyant l’application immédiate de sanctions à l’encontre des déserteurs, notamment le retrait du permis de conduire et l’interdiction de voyager à l’étranger.
Selon une étude publiée ce week-end par l’Institut israélien de la démocratie (IDI), 48 % des haredim en âge d’être mobilisés ont voyagé à l’étranger, ce chiffre atteignant 71 % parmi ceux qui n’étudient pas dans une yeshiva. Les personnes qui voyagent à l’étranger sont plus susceptibles de travailler, d’appartenir à des communautés ultra-orthodoxes « modernes » ou d’être issues de l’immigration, autant de groupes plus enclins à s’enrôler.
« Au sein de la communauté haredi, les raisons de quitter le pays peuvent être propres à leur communauté et à leur mode de vie, comme les pèlerinages sur les tombes des tsadikim [les sages], les visites aux rabbins hassidiques, [et] la participation à des marchés de l’emploi saisonniers, comme les services de chant liturgique, l’abattage casher et d’autres professions requérant des compétences religieuses », a noté l’IDI, ajoutant que les restrictions de voyage pourraient également avoir un impact sur les mariages arrangés entre membres des mouvements hassidiques multinationaux.
Dans l’ensemble, restreindre les déplacements des haredim « pourrait avoir [un] impact significatif » sur la communauté, conclut l’étude du groupe de réflexion.
la Communauté du Times of Israël !







