Après un an d’arrêt, la Knesset reprend les débats sur la conscription des haredim
"Il est regrettable de devoir recommencer tout le processus pour arriver au même résultat", dit Edelstein à la commission des Affaires étrangères et de la Défense
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Après plus d’un an de discussions et d’audiences, la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset a repris mercredi à zéro l’examen sur le projet de loi controversé du gouvernement sur la conscription des ultra-orthodoxes, suscitant de vives critiques de la part des députés de l’opposition ainsi que de l’ancien président de la commission, Yuli Edelstein.
Il s’agissait de la deuxième réunion consacrée à la conscription et aux exemptions des haredim depuis que Boaz Bismuth a pris la tête de la commission fin juillet. Les débats de mercredi étaient centrés sur le texte original de la loi présenté l’été dernier plutôt que sur la version révisée et beaucoup plus stricte soumise par Edelstein le mois dernier.
Bismuth a précisé que l’audience porterait uniquement sur les clauses de la législation « non contestées ». La conseillère juridique de la commission, Miri Frenkel Shor, a rappelé que le texte examiné était bien celui proposé initialement par le président du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, en 2022, puis relancé par la Knesset en 2024.
En réaction, Gantz, a souligné que s’il avait appuyé ce projet à l’époque comme une « loi transitoire, en attendant de mettre en place un véritable cadre de service », il n’était « plus pertinent aujourd’hui » au regard des menaces sécuritaires auxquelles Israël est confronté.
La décision de repartir de zéro a également suscité une vive réaction d’Edelstein, qui a rappelé à la commission qu’après des dizaines de réunions, les députés étaient déjà parvenus à un projet de loi.
« Je n’ai aucun attachement particulier à ce projet, qui était un compromis. Mais si ces débats visent à en réduire encore la portée, alors même une nouvelle série de discussions n’aboutira pas à la conscription des ultra-orthodoxes. Recommencer tout le processus pour en arriver au même point est une perte de temps, c’est comme appuyer sur l’accélérateur alors que la voiture est au point mort », a-t-il lancé.
Près de 80 000 jeunes haredim de 18 à 24 ans seraient aujourd’hui aptes au service, mais refusent de s’enrôler. Tsahal affirme avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, en raison de la pression exercée sur les forces régulières et les réservistes par la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et d’autres menaces.
Les deux partis haredi de la Knesset, Shas et Yahadout HaTorah, font pression pour que soit adopté un projet de loi qui permettrait à la majorité des leurs d’échapper au service militaire ou national, malgré l’arrêt de la Cour suprême déclarant illégales les exemptions générales en vigueur depuis des décennies.
Ironiquement, dans l’ancienne version du projet de loi examinée par la commission, le ministre de la Défense « ne peut accorder d’exemption à personne », a rappelé Edelstein. Selon ce texte, les exemptions ne pouvaient être accordées « qu’après examen des besoins sécuritaires et de la taille des forces régulières ».
« Nous avons tenu une réunion à huis clos ici [et Tsahal] nous a informés de l’état des forces régulières. Par conséquent, selon le projet actuel, un ministre de la Défense raisonnable ne peut accorder d’exemption à qui que ce soit. »
Bismuth, en désaccord avec Edelstein, a rétorqué que l’approche actuelle était « préférable à rouler à 120 kilomètres à l’heure sans jamais arriver nulle part ». De son côté, le député Yinon Azoulay (Shas) a affirmé qu’aucun accord n’avait été trouvé autour du projet porté par Edelstein.
Elazar Stern (Yesh Atid) a sèchement intimé à Azoulay de se taire. Alors que les tensions montaient, il a été expulsé de la salle.
Yesh Atid MK Elazar Stern is removed from a meeting of the Knesset Foreign Affairs and Defense Committee pic.twitter.com/h744g6wpsD
— Sam Sokol (@SamuelSokol) September 3, 2025
Sur X, Stern, ancien chef de la Direction du personnel de Tsahal, a accusé Bismuth de chercher à « violer » la commission, affirmant qu’il avait été expulsé parce qu’il avait « demandé des données et des chiffres aux responsables militaires ».
« Les seuls députés satisfaits et qui l’ont soutenu étaient [les ultra-orthodoxes] Yaakov Asher et Yinon Azoulay, des réfractaires au service militaire. Voilà donc ses amis qui se ‘soucient de la sécurité’ », a écrit Stern.
En finir avec l’obstruction
Bismuth a accusé l’opposition d’obstruction et a assuré qu’il ne la laisserait plus faire traîner les débats, promettant de faire avancer la législation sur la conscription
« Je veux que la conscription des Haredim se fasse conformément aux besoins de Tsahal », a déclaré Bismuth aux législateurs. Il a reconnu avoir reçu de questions après la publication, cette semaine, d’un article du site Walla selon lequel il soutenait l’adoption d’un « règlement d’urgence » en temps de guerre. Une telle mesure permettrait de recruter immédiatement des soldats pour combler le manque d’effectifs de l’armée, tout en levant les sanctions contre les réfractaires ultra-orthodoxes.
Répondant aux demandes de clarification des élus, Bismuth a précisé avoir rencontré de nombreux acteurs impliqués dans le dossier depuis sa prise de fonction fin juillet. Selon lui, si l’opposition souhaite réellement l’enrôlement des haredim, elle doit abandonner le débat autour de l’article de Walla et revenir à la discussion parlementaire sur le projet de loi.
Exiger des exemptions
Yahadout HaTorah a quitté la coalition en juillet après avoir reçu une copie du projet de loi sur la conscription préparé par Edelstein, qu’elle a estimé contraire à un compromis censé avoir été conclu en juin. Shas l’a rapidement suivi, en quittant le gouvernement, mais restant néanmoins membre de la coalition.
Selon la presse, ce compromis de juin avait repoussé l’application de certaines sanctions et prévu que le statut de tous les étudiants des yeshivot soit réinitialisé et réexaminé à partir de zéro. Concrètement, cela signifiait que nombre d’entre eux, bien qu’ayant reçu plusieurs ordres de conscription et déclarés réfractaires, n’étaient plus passibles d’arrestation.
Or, le texte finalement présenté par Edelstein s’est avéré bien plus strict, réclamant l’application immédiate de sanctions contre les réfractaires, telles que la révocation du permis de conduire et l’interdiction de voyager à l’étranger.
À la suite du retrait de Shas et de Yahadout HaTorah, le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu a désigné Bismuth pour succéder à Edelstein à la présidence de la commission, espérant qu’il parviendrait à faire avancer un projet de loi et à ramener les haredim dans la coalition.
« Le gouvernement cherche une loi qui serve ses intérêts politiques, plutôt qu’un texte capable de répondre aux besoins des soldats et des réservistes, qui s’effondrent sous le poids de centaines de jours de service actif et de réserve », a dénoncé la députée Pnina Tamano-Shata, du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti, interrogée par le Times of Israel à l’issue de la réunion de mercredi.
« Remplacer [la proposition d’Edelstein] et relancer les débats deux ans après le début de la guerre est un manque de respect envers les soldats, les blessés et la société israélienne dans son ensemble. Tout le monde doit servir, sans exception, avec toutes les conséquences personnelles qu’implique le refus de le faire », a-t-elle ajouté.
Colère et désespoir
Avant même l’examen du projet de loi sur la conscription des haredim, des soldats et des proches d’otages ont interpellé les députés avec colère, décrivant l’ampleur des souffrances causées par la guerre.
Un vétéran de 21 ans, engagé au combat, a raconté qu’il se considérait comme « un cadavre ambulant » après avoir vu ses camarades mourir devant lui et qu’il avait tenté de mettre fin à ses jours.
« Je vois des cadavres en permanence. Je ne veux pas vivre, je ne peux pas vivre. On ne peut pas continuer ainsi. Si nous sommes censés sauver des vies, mais que nous ne tirons aucune leçon de cette maudite guerre, il y aura une vague de suicides. Il y aura des cadavres dans les rues », a déclaré le soldat avant de quitter précipitamment la salle.
Le père de l’otage Rom Braslavski a lui aussi explosé de colère face aux élus : « Au lieu de porter un toast à Rosh HaShana, c’est le sang des otages que vous buvez. »
« Vous boirez leur sang parce qu’ils sont morts », a hurlé Ofir Braslavski, demandant si l’un des députés se souciait du fait que son fils était « en train de mourir ».
« Vous n’avez rien à faire ici,… Mon fils est en train de mourir, et tout le monde s’en fiche ici ? C’est pourtant sous votre mandat que c’est en train de se passer », a-t-il conclu.
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