Des Gazaouis libérés par Israël dénoncent abus et mauvais traitements en prison
Des ONG affirment que de nombreux détenus ont été maintenus sans inculpation ni preuves, sans avocat ni contact avec leurs proches, en violation des principes fondamentaux du droit
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu conclu avec le Hamas, Israël a libéré non seulement 250 prisonniers palestiniens condamnés pour de graves infractions sécuritaires, mais aussi environ 1 700 Gazaouis arrêtés par les forces de sécurité israéliennes pendant la guerre et placés en détention.
Contrairement aux prisonniers condamnés, ces détenus n’ont jamais été inculpés ni jugés. La grande majorité d’entre eux ont été détenus pendant de longs mois, sans contact avec le monde extérieur, dans des prisons israéliennes.
Israël affirme que ces détenus étaient directement ou indirectement liés à des organisations terroristes. Mais des organisations de défense des droits humains et plusieurs agences des Nations unies (ONU) accusent les services de sécurité israéliens d’avoir déployé un vaste réseau à l’intérieur de Gaza pour appréhender des personnes à des fins de collecte de renseignements et autres, et ont affirmé qu’elles n’étaient pas liées à des groupes terroristes.
De nombreuses plaintes ont également été rapportées par des détenus libérés, faisant état de mauvais traitements dans les prisons israéliennes, notamment de passages à tabac, de conditions insalubres, d’une alimentation insuffisante et de tortures psychologiques.
Qui sont les détenus ?
Tout au long de la guerre, déclenchée par l’invasion et le pogrom perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, l’armée israélienne a arrêté un grand nombre de Gazaouis soupçonnés d’activités terroristes.
Ces Gazaouis, interpellés par l’armée israélienne et le Shin Bet à Gaza, ont été placés en détention en vertu de la loi israélienne de 2002 sur l’incarcération des combattants illégaux, puis transférés vers des prisons et centres de détention en Israël.
La plupart ont été arrêtés lors d’opérations militaires visant des infrastructures terroristes, notamment lors de raids menés contre des institutions civiles utilisées par le Hamas, telles que des hôpitaux, des écoles ou des refuges pour personnes déplacées.
Un rapport publié en juillet 2024 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) fait état d’arrestations opérées également dans des immeubles résidentiels ou à des points de contrôle, alors que des civils tentaient de se déplacer à l’intérieur de la bande de Gaza.
Dans un cas de détentions massives, l’armée israélienne avait annoncé le 1er avril 2024 avoir appréhendé « 500 suspects affiliés à des organisations terroristes » au cours de deux semaines d’opérations autour de l’hôpital Shifa, avant de les transférer pour « interrogatoire approfondi » auprès du Shin Bet et des services de renseignement militaire.
Yuval Biton, ancien directeur du renseignement au sein du service pénitentiaire israélien (IPS), estime, sur la base de son expérience, que nombre de personnes arrêtées à Gaza en vertu de cette loi « n’étaient pas directement impliquées dans le meurtre de civils ou de soldats israéliens » et n’avaient pas participé à l’attaque du 7-Octobre.
« Il est possible qu’elles aient été soupçonnées d’avoir apporté une aide indirecte, afin de permettre l’obtention d’informations », a-t-il déclaré au Times of Israel.
Conditions de détention
Début octobre 2025, les établissements pénitentiaires relevant de l’IPS comptaient 2 673 détenus de ce type. Selon HaMoked, une organisation israélienne qui fournit une assistance juridique aux détenus palestiniens, plusieurs centaines d’autres seraient encore retenues dans des centres de détention militaires.
Les personnes arrêtées sont placées en détention administrative pour une période de six mois en vertu de la loi sur les combattants illégaux – une durée qui peut être prolongée indéfiniment par décision d’un tribunal de district.
HaMoked rapporte que ces renouvellements sont généralement décidés à l’issue d’audiences expéditives, tenues par visioconférence, durant entre cinq et dix minutes, sans que les détenus aient accès aux éléments de preuve présentés par les services de sécurité pour justifier leur maintien en détention.
La plupart des détenus n’ont jamais pu consulter d’avocat. Et lorsque certains parviennent à être représentés, leurs avocats ne disposent pas non plus d’un accès aux preuves.
Les visites de la Croix-Rouge ont été suspendues presque immédiatement après le pogrom du 7-Octobre, le gouvernement israélien les interdisant pour l’ensemble des détenus palestiniens.
Les détenus ne sont pas autorisés à recevoir de visites familiales, ne peuvent pas passer d’appels téléphoniques ni échanger de correspondance, et restent ainsi totalement coupés du monde extérieur.
En mai 2024, sous la pression d’organisations de défense des droits civiques, l’armée israélienne a instauré un dispositif permettant aux avocats de rendre visite aux détenus. Cette mesure a permis à certaines familles de contacter des organisations comme HaMoked et d’organiser la visite d’un avocat en prison.
Mais seuls les Gazaouis ayant connaissance de l’existence de HaMoked ou de quelques autres associations offrant une aide similaire ont pu bénéficier de ces visites et obtenir des informations sur le lieu de détention de leurs proches.
Jessica Montell, directrice exécutive de Hamoked, a déclaré que la grande majorité des familles ignoraient l’existence de ces organisations. Elle a précisé que HaMoked n’avait pu organiser que 50 visites d’avocats, tandis que d’autres groupes n’avaient pu en coordonner qu’une douzaine.
Traitement pendant la détention
Les détenus libérés pendant la guerre ont régulièrement rapporté avoir été victimes d’abus et de mauvais traitements graves pendant leur détention.
Les déclarations sous serment recueillies par les avocats de HaMoked auprès de certains des détenus qu’ils ont pu visiter pendant leur incarcération et consultées par le Times of Israël corroborent ces témoignages.
Un homme de 23 ans, chauffeur de camion humanitaire, a affirmé à un avocat de HaMoked en septembre 2024 qu’il avait été arrêté à un poste de contrôle à Gaza en avril, battu, contraint d’avouer son appartenance au Hamas, puis transféré au centre de détention militaire de Sde Teiman, où il est resté 45 jours avant d’être envoyé à la prison d’Ofer.
Il a indiqué avoir été emmené dans la salle surnommée « Disco », où il a été exposé à de la musique à très fort volume pendant près d’une heure, avant d’être interrogé. Lors d’autres interrogatoires, les enquêteurs lui auraient demandé de fournir des détails sur les tunnels du Hamas. Il a reconnu connaître l’existence d’un tunnel près de son domicile, tout en niant toute affiliation avec le groupe terroriste.
L’homme a également déclaré avoir contracté la gale en raison des conditions insalubres – une plainte courante parmi les détenus de Gaza – et a expliqué qu’il n’avait pas pu dormir correctement pendant 20 jours.
Un autre détenu, dont l’âge n’a pas été précisé, a raconté avoir été arrêté à son domicile à Khan Younès, frappé à la tête, puis menotté, les yeux bandés, avant d’être embarqué dans un bus et à nouveau battu.
Il a été transféré à Sde Teiman, où il est resté menotté et les yeux bandés pendant 96 jours, y compris la nuit et lors de ses passages aux toilettes.
Après plus de trois mois à Sde Teiman, il a été déplacé vers la prison d’Ofer, où il a décrit des conditions légèrement meilleures : les détenus n’étaient menottés que dans la journée, n’avaient plus les yeux bandés et pouvaient parler entre eux, alors qu’à Sde Teiman, ils étaient contraints de rester silencieux.
Le détenu a indiqué qu’il était difficile de se laver correctement en raison des menottes et qu’à la douche, les prisonniers recevaient du produit nettoyant pour sols à la place du savon. Il a ajouté qu’il n’avait découvert l’endroit où il se trouvait qu’au moment de la visite de son avocat, qui le lui avait appris.
Le Times of Israel a consulté les déclarations sous serment de 11 autres détenus gazaouis arrêtés en vertu de la loi sur l’incarcération des combattants illégaux, qui font état d’abus et de mauvais traitements similaires.
L’IPS et l’armée israélienne ont nié à plusieurs reprises toute forme de mauvais traitement envers des détenus palestiniens.
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui supervise l’IPS et définit sa politique, s’est à plusieurs reprises félicité des conditions strictes qu’il a imposées aux prisonniers palestiniens.
En février 2025, un réserviste de l’armée israélienne a été condamné pour avoir frappé des détenus à coups de poing et avec son arme alors qu’ils étaient menottés et les yeux bandés à Sde Teiman.
Le même mois, cinq autres réservistes ont été inculpés pour avoir sévèrement maltraité un détenu palestinien dans ce même centre.
la Communauté du Times of Israël !







