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Reportage

Épidémie de gale dans les prisons et explosion de la population carcérale

Les rumeurs faisant état d'abus, de surpopulation, de maladies et de malnutrition enflent depuis le 7 octobre ; certains y voient un double manquement, à la loi et à la dignité humaine

Nurit Yohanan

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Des terroristes présumés du Hamas, arrêtés lors de l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et de la guerre qui s'en est suivie à Gaza, accroupis dans la cour d'une prison du sud d'Israël, le 14 février 2024. (Chaim Goldberg/Flash90)
Des terroristes présumés du Hamas, arrêtés lors de l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et de la guerre qui s'en est suivie à Gaza, accroupis dans la cour d'une prison du sud d'Israël, le 14 février 2024. (Chaim Goldberg/Flash90)

Ameenah Qumber se rend régulièrement dans les prisons israéliennes, où elle s’enquiert des détenus purgeant des peines pour terrorisme : il s’agit en grande partie de prisonniers de sécurité palestiniens arrêtés par les forces israéliennes en Cisjordanie ou à Gaza.

Selon Qumber, avocate au service de l’organisation de défense des droits de l’homme Center for the Defense of the Individual, plus connue en hébreu sous le nom HaMoked, les conditions de vie en prison sont « difficiles ».

« Une deuxième vague de gale a frappé en avril », explique Qumber.

La gale est une affection cutanée très contagieuse causée par des acariens microscopiques qui s’enfouissent dans la peau. Elle cause des démangeaisons intenses, surtout la nuit, et s’accompagne souvent d’éruptions cutanées. Pour ainsi dire inexistante en Israël et dans les territoires palestiniens avant la guerre à Gaza, cette pathologie s’est répandue au sein des quartiers de haute sécurité du système pénitentiaire ces deux dernières années.

Les prisonniers de sécurité – incarcérés pour des infractions volontaires à la sécurité nationale – sont isolés des autres criminels et ne peuvent prétendre aux avantages concédés au reste de la population carcérale. Ainsi, ils n’ont droit à aucune permission et, pour la plupart, ils ne peuvent pas faire commuer les peines à perpétuité en peines de 25 années de détention.

« Prisonnier de sécurité » est un terme fourre-tout appliqué aux détenus, prisonniers condamnés et autres détenus administratifs, incarcérés en-dehors de toute inculpation et sur de longues périodes, sans procès. Il s’agit d’une appellation administrative de l’administration pénitentiaire israélienne, sur la base de considérations diverses allant des soupçons d’infractions à l’affiliation idéologique en passant par des renseignements. En général, le terme s’applique à tout prisonnier dont les infractions – ou les infractions présumées – pourraient nuire à la sécurité de l’État.

En juillet, 10 762 prisonniers de sécurité étaient détenus en Israël, selon les chiffres communiqués par le Service pénitentiaire israélien (IPS) à HaMoked. Presque tous sont des Palestiniens originaires de Cisjordanie ou de Gaza. Un très petit nombre – quelques dizaines tout au plus – sont des citoyens arabes d’Israël ou des Israéliens juifs. L’IPS ne publie pas de chiffres détaillés par ethnie ou nationalité.

Jessica Montell, directrice exécutive de HaMoked, explique au Times of Israël que les infractions renvoyant au statut de prisonniers ou de détenus de sécurité sont nombreuses.

« Le droit militaire définit un grand nombre d’actions considérées comme des « infractions à la sécurité », du jet de pierres sur des véhicules israéliens à la planification et la conduite d’attentats terroristes », poursuit Montell.

« Cela contraste avec les infractions qui ne sont pas considérées comme ayant un « motif nationaliste », et qui sont classifiées comme des infractions pénales, et non des infractions liées à la sécurité. »

Elle ajoute que le fait d’être considéré comme un détenu administratif ou un combattant illégal fait des Palestiniens des détenus de sécurité, sans que soient précisées les infractions dont on les soupçonne.

Sur ses 10 762 prisonniers de sécurité incarcérés en Israël, 1 419 d’entre eux purgent des peines édictées par les tribunaux, 3 260 sont en attente de condamnation et 3 629 sont des détenus administratifs. Israël détient par ailleurs 2 454 « combattants illégaux » – pour Israël, tous les Gazaouis arrêtés lors du pogrom du 7 octobre et ensuite, dans la bande de Gaza, au cours de la guerre.

Le nombre de prisonniers de sécurité est aujourd’hui plus du double de celui qui prévalait au 1er octobre 2023, quelques jours seulement avant le pogrom mené par les terroristes du Hamas – au cours duquel 1 200 personnes ont été massacrées dans le sud d’Israël et 251 enlevées dans la bande de Gaza, ce qui a déclenché la guerre à Gaza. A l’époque, les services pénitentiaires israéliens faisaient état de 5 192 prisonniers de sécurité dans les prisons du pays.

Qumber révèle ce qu’elle a recueilli de la part des prisonniers.

« Les prisonniers que j’ai rencontrés ces derniers mois m’ont dit qu’ils avaient la gale depuis des mois mais qu’on leur avait longtemps refusé la visite d’un médecin », explique-t-elle au Times of Israel. « On a fini par leur donner un traitement : une pilule d’acétaminophène et une pommade. Une fois seulement, en l’espace de plusieurs mois. »

Des terroristes du Hamas membres de l’unité d’élite Nukhba, arrêtés pour avoir participé au pogrom du 7 octobre 2023, photographiés les mains dans le dos dans une cellule d’une prison du centre d’Israël, le 4 mars 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)

Les organisations de défense des droits de l’homme soulignent que la gale avait pour ainsi dire disparu des prisons israéliennes avant le 7 octobre 2023. Cette épidémie témoigne de la dégradation des conditions de vie carcérales liée à la forte hausse du nombre des arrestations de Palestiniens depuis le début de la guerre, qui a entraîné une augmentation de la surpopulation carcérale.

Administration pénitentiaire : la situation « est sous contrôle »

C’est à la fin de l’année 2024 que Physicians for Human Rights–Israel et HaMoked ont commencé à signaler et documenter les cas de gale, ce qui a donné lieu à des plaintes auprès des services pénitentiaires israéliens et de la Cour Suprême israélienne pour exiger la mise en place de soins d’urgence.

Qumber décrit ce qu’elle a vu dans les cliniques de la prison : « La gale se propage partout sur le corps – les bras, les jambes, le ventre, le dos. Cela laisse des marques partout. Dans les premiers temps,cela provoque des démangeaisons intenses et les prisonniers se grattent jusqu’au sang. Cela les empêche de dormir. Même lorsqu’elles cicatrisent, ces marques laissent comme des traces de brûlure. »

Mohammed Abu Mukh, prisonnier de sécurité incarcéré à la prison de Ketziot, a pu témoigner sous serment, en mai dernier, par l’intermédiaire de Physicians for Human Rights–Israel, parlant de sa gale, de son infection et de ses conditions de détention difficiles.

« Depuis deux mois, je souffre de la gale et j’ai des plaies dans les zones les plus sensibles », confie Abu Mukh. « Lorsque j’en ai parlé, on m’a examiné mais de façon très superficielle, fait par un aide-soignant. Une fois, c’est un dentiste qui est venu, mais il n’y connait rien. »

« Il n’y a ni machine à laver ni sèche-linge dans ce quartier de la prison, et il est impossible de laver les couvertures ou les draps », ajoute-t-il. « On m’a donné des vêtements d’été précédemment portés par des prisonniers qui avaient la gale. »

Rida Ebeid, prisonnier de sécurité de 18 ans récemment libéré, soulève sa chemise pour montrer ses plaies, chez lui, dans le quartier d’Isawiya de Jérusalem-Est, le 31 janvier 2025. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Le Times of Israel a contacté d’autres prisonniers de sécurité infectés lors de leur incarcération et depuis libérés, qui ont refusé de parler, de crainte selon eux d’être à nouveau arrêtés pour ce motif.

Face à l’inquiétude croissante des organisations de défense des droits médicaux, les services pénitentiaires israéliens ont déclaré en réponse à une enquête des médias, en mars dernier, que sur les centaines de prisonniers de Ketziot – l’une des premières prisons de haute sécurité d’Israël – seuls 49 avaient la gale et que la situation était « sous contrôle ».

Toutefois, les chiffres présentés par ces mêmes services en juillet donnent à voir une réalité bien différente. Rien qu’en mai de cette année, Ketziot a enregistré 2 500 cas. Selon un graphique global, les 500 cas de gale enregistrés dans les prisons israéliennes en mars se sont transformés en milliers fin avril. L’épidémie a atteint son apogée en juin, avec près de 3 000 prisonniers diagnostiqués. Le 6 juillet, le chiffre était retombé à 1 400, ce qui est toujours bien supérieur au précédent record de novembre 2024.

L’administration pénitentiaire israélienne a revêtu les prisonniers palestiniens sur le point d’être libérés de t-shirts arborant son logo, une étoile de David et la phrase en arabe : « Ni pardon ni oubli », le 15 février 2025. (Service pénitentiaire d’Israël)

« Ces chiffres montrent bien que ce qu’ils ont dit au tribunal n’était pas conforme à la réalité du terrain. Cela montre de quelle manière l’État gère les choses devant les tribunaux – en ne disant pas la vérité », estime Adi Lustigman, l’avocat chargé des contacts avec les services pénitentiaires israéliens pour Physicians for Human Rights–Israel.

Dans une déclaration adressée au Times of Israel, les services pénitentiaires israéliens ont répondu qu’ils « coopèrent pleinement avec le ministère de la Santé pour lutter contre la propagation de la gale au sein du système pénitentiaire, conformément aux protocoles et directives médicales contraignantes. En cas de suspicion d’infection, des mesures immédiates sont prises, à commencer par la mise à l’isolement, le traitement médical, l’évitement de tout contact avec le reste de la population carcéral ainsi que des mesures l’hygiène personnelle et de propreté. »

Ben Gvir : « Finis les festins »

Avant-même le pogrom du 7 octobre et la guerre à Gaza, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, avait endurci les conditions de détention des prisonniers palestiniens.

Dès février 2023, il avait ainsi ordonné la fermeture des boulangeries gérées par des détenus dans les prisons de Nafha et Ketziot, afin, selon lui de « priver les terroristes de privilèges ». Cette décision a eu pour effet d’augmenter les coûts d’exploitation de la prison, les services pénitentiaires devant acheter du pain auprès de fournisseurs extérieurs.

Suite au déclenchement de la guerre et la forte augmentation du nombre de détenus à la charge des services pénitentiaires, Ben Gvir a déclaré « l’état d’urgence dans les prisons » début octobre 2023, ce qui a eu pour conséquence de limiter encore l’espace de vie des détenus. Par ailleurs, la Knesset a adopté une loi d’urgence permettant aux autorités de durcir les conditions de vie des prisonniers – un recul sur les droits précédemment acquis.

Bien que la loi ne fasse pas le distinguo entre détenus criminels et détenus de sécurité, sa mise en œuvre a surtout nui à ces derniers, notamment en en ce qui concerne la réduction des rations alimentaires, entre autres restrictions.

Avant la guerre, le nombre moyen de prisonniers de sécurité par cellule était de cinq ou six. Aujourd’hui, des témoignages font état de 14 à 16 personnes.

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde à la prison d’Ofer, dans les environs de Jérusalem, le 8 février 2025. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

« La loi d’urgence permet de limiter plusieurs choses – moins de temps de promenade, moins de douches », explique Lustigman, qui suit de près la situation des détenus de sécurité.

« La surpopulation facilite la propagation des maladies. Nous sommes face à une situation qui est bien en-deça des normes précédemment acceptées et bien en-deça de ce que veut la dignité humaine. Avoir besoin d’un médecin et ne pas y avoir accès, ne pas pouvoir sortir de la journée, ce sont des violations des fondements la dignité humaine. »

Depuis le 7 octobre, Ben Gvir a demandé à plusieurs reprises de sévir davantage encore à l’encontre des prisonniers de sécurité.

En décembre 2024, suite à l’ordonnance de la Cour Suprême imposant à l’État de justifier la réduction des rations alimentaires qui a entraîné d’importantes pertes de poids chez les détenus, Ben Gvir a publié une réponse provocante.

« En effet, sous ma direction, c’en est fini des festins, de la confiture et de la viande d’agneau », a-t-il déclaré. « Finies les boulangeries et les cantines financées par l’argent du terrorisme. Les cellules de prison des terroristes ne seront plus des chambres d’hôtel. La Cour Suprême voudrait que l’on revienne à l’époque des camps d’été et des centres de villégiature all inclusive. »

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, aux côtés de hauts responsables de la police lors de l’inauguration d’une unité de police bénévole au Tombeau des Patriarches, à Hébron, le 9 juillet 2025. (Police israélienne)

Installations militaires : davantage de détenus, davantage de rumeurs d’abus

En juillet 2025, pour le deuxième mois consécutif, Israël a battu son record du nombre de prisonniers de sécurité incarcérés, tout du moins depuis 2008, date à laquelle HaMoked a commencé à suivre les chiffres mensuels.

Selon les services pénitentiaires israéliens, la population carcérale d’Israël – détenus criminels et de sécurité confondus – s’élevait à 24 000 en juillet, sans parler des détenus de sécurité incarcérés dans des installations militaires sous le contrôle de Tsahal.

L’augmentation du nombre de détenus est le résultat des vastes campagnes d’arrestations menées par l’armée israélienne en Cisjordanie suite au 7 octobre, de crainte de nouvelles attaques surprise du Hamas. En outre, des milliers de Palestiniens ont été arrêtés à Gaza au cours de cette guerre qui se poursuit.

Pour faire face au nombre croissant de détenus de sécurité, Israël a mis à contribution ses centres de détention militaire, lesquels détiennent parfois, non pas des dizaines, mais des centaines et parfois-même des milliers de Palestiniens dans des installations gérées par l’armée israélienne, et non les services pénitentiaires.

En juin dernier, Israël a confirmé que 2 790 Palestiniens originaires de la bande de Gaza étaient détenus dans des prisons et centres de détention israéliens. Parmi eux, 660 sont détenus dans des centres de détention militaires. Depuis décembre, Israël a libéré 1 244 détenus de Gaza – principalement dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu conclu avec le Hamas plus tôt cette année.

Des Palestiniens aux yeux bandés capturés dans la bande de Gaza dans un centre de détention de la base militaire de Sde Teiman, dans le sud d’Israël. (Briser le silence via AP)

La première de ces installations de Tsahal a été la base de Sde Teiman, dans le sud d’Israël : dans les mois qui ont suivi le début de la guerre, l’armée s’est dotée d’autres sites.

Sde Teiman est utilisé par l’armée depuis 2009 pour détenir les Palestiniens originaires de Gaza arrêtés lors d’opérations militaires israéliennes. A la faveur de l’actuelle guerre à Gaza, le nombre de détenus y a considérablement augmenté.

Le 21 juillet dernier, Qumber a rendu visite aux détenus de Sde Teiman, dont certains étaient également infectés par la gale.

« Ils ont dit qu’on ne les laissait prendre que deux douches maximum par semaine, pendant trois minutes tout au plus ; ensuite, on leur coupe l’eau », explique-t-elle.
« Ils ont un morceau de savon pour les 14 ou 16 détenus d’une même cellule. Certains ont la gale, d’autres non, mais ils ne sont pas séparés. Ils ne sont pas isolés jusqu’à ce qu’ils guérissent. Ils utilisent tous le même savon et ils n’ont que deux serviettes pour tout le monde. Ils dorment sur des matelas sales sur de longues périodes. La principale raison de l’infection est le manque d’hygiène. »

Prisonniers de sécurité souffrant de gale, après leur libération de la prison de Ketziot, mars 2025. (Avec l’aimable autorisation de Médecins pour les droits de l’homme – Israël)

Depuis 2024, les médias étrangers font état de témoignages préoccupants concernant Sde Teiman. Lors de la première année du conflit, les détenus se sont plaints d’avoir été enfermés dans des cages et non dans des bâtiments appropriés, parfois enchaînés pendant des heures, voire des jours.

Suite à une plainte déposée auprès de la Cour Suprême d’Israël l’an dernier au sujet des conditions de vie à Sde Teiman, la plupart des détenus incarcérés lors des premiers mois de la guerre ont été transférés vers des installations gérées par les services pénitentiaires israéliens.

Pour autant, encore aujourd’hui, la plupart des Gazaouis qui sont interpelés sont, pendant plusieurs semaines, détenus à Sde Teiman avant d’être transférés dans d’autres installations – soit des prisons des services pénitentiaires, soit de nouveaux sites de détention mis en place par l’armée suite aux réquisitions de la Cour, souvent à proximité de prisons déjà existantes.

Même dans ces établissements alternatifs, les rumeurs de maltraitance persistent. En janvier 2025, la chaîne publique Kan a publié des témoignages faisant état de graves violences physiques commises par des soldats et des officiers à Sde Teiman ou dans d’autres installations gérées par l’armée, notamment un centre de détention militaire établi à la hâte près de la prison d’Ofer pendant la guerre et un site militaire plus petit, à Anata (sur la base d’Anatot), près de Jérusalem. En juin, Israël a confirmé qu’un centre de détention militaire situé sur la base d’Anatot avait été fermé.

Des manifestants palestiniens tiennent des photos de prisonniers palestiniens incarcérés en Israël lors d’un rassemblement dans le centre de Naplouse, en Cisjordanie, pour la Journée des prisonniers palestiniens, le 16 avril 2025. (Nasser Ishtayeh/Flash90)

Le porte-parole de Tsahal a déclaré en réponse à une question du Times of Israel : « L’incarcération des détenus de sécurité incombe au Service pénitentiaire israélien. C’est en raison du manque de place au sein des services pénitentiaires qu’une nouvelle organisation et de nouvelles structures ont été mis en place pour répondre aux besoins opérationnels de Tsahal en matière de gestion des arrestations liées à la sécurité. »

« À leur arrivée dans l’établissement, les détenus sont examinés par un médecin et des inspections médicales régulières ont lieu. Les détenus reçoivent des soins médicaux appropriés, conformément au droit international, et, si nécessaire, ils sont transférés ailleurs pour être soignés par le ministère de la Santé. »

« Des produits d’hygiène sont fournis aux détenus en focntion de leurs besoins et comme l’exige la loi. Ils ont régulièrement accès à des douches et à des installations sanitaires, conformément à ce qu’exige la loi. »

Pénuries d’aliments au sein des prisons israéliennes

Le règlement d’urgence adopté en octobre 2023 ne traitait pas spécifiquement de l’approvisionnement en nourriture des prisonniers de sécurité, mais depuis le pogrom du 7 octobre, les preuves s’accumulent d’une réduction significative des quantités et de la qualité de la nourriture données aux détenus.

Dans sa plainte déposée devant la Cour Suprême en avril 2024, l’Association pour les droits civils en Israël a présenté des témoignages de prisonniers de sécurité faisant état d’une faim extrême et prolongée et de la détérioration des conditions alimentaires en prison. Parmi les récits, figure celui d’un détenu diabétique qui aurait consommé du dentifrice pour contrôler sa glycémie, et d’autres, faisant état d’un amaigrissement de l’ordre de dizaines de kilos dans les derniers mois.

Un prisonnier resté anonyme a témoigné : « Depuis le 7 octobre 2023, je ne me suis jamais senti rassasié… Pendant quatre mois, j’ai constamment eu faim. J’ai perdu près de 22 kilos. »

Des terroristes du Hamas menottés sont assis à côté d’une photo de Palestiniens passant devant des bâtiments détruits dans la bande de Gaza et un drapeau israélien, dans une prison du centre d’Israël, le 6 mai 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)

Un autre détenu – anonyme – de la prison d’Ofer a déclaré : « Pour le petit-déjeuner, [les 11 détenus de notre cellule] recevaient un pot de yaourt ou de fromage blanc pour toute la cellule, ce qui faisait une cuillère à café par personne. Pour le déjeuner, on nous donnait un bol de pois chiches, de haricots, de pois ou de lentilles et un bol de riz pour toute la cellule – ce qui faisait à peine quatre portions, soit trois ou quatre cuillères à café de riz par personne en définitive. »

Mohammed Abu Mokh, prisonnier de sécurité de Ketziot, a témoigné sous serment au tribunal, en mai dernier, pour dire : « J’ai perdu du poids à cause de la famine qui règne au sein de la prison. J’ai parfois des vertiges. Je pesais 70 kilogrammes avant mon arrestation ; aujourd’hui, j’en pèse 57. »

La plainte est toujours sur le bureau de la Cour Suprême et les deux parties attendent sa décision.

En juillet, le média israélien Haaretz a publié le récit d’un détenu palestinien âgé de 16 ans – qui a requis l’anonymat – estimant devoir sa libération à une commission de libération conditionnelle ayant conclu qu’il était devenu si maigre que sa vie était en danger. Selon l’enquête, ce serait la conséquence de restrictions alimentaires imposées à la prison de Megiddo, où il était détenu.

Les services pénitentiaires israéliens n’ont pas donné suite à la demande de commentaire sur cette affaire.

Des Palestiniens aux yeux bandés capturés dans la bande de Gaza dans un centre de détention de la base militaire de Sde Teiman, dans le sud d’Israël, à l’hiver 2023. (Briser le silence via AP)

Qumber, qui suit de près l’état de santé des prisonniers de sécurité depuis plusieurs mois, est on ne peut plus claire sur les décisions à prendre.

« Pourquoi ces détenus ont-ils contracté la gale ? A cause de violations de leurs conditions de vie les plus élémentaires, à savoir un accès régulier aux douches, au savon et au shampoing. »

« Pour régler ce problème, il faut que les prisonniers aient accès à des soins médicaux appropriés – un accès régulier aux cliniques de la prison et un véritable suivi médical », poursuit-elle. « Et, tout aussi important, l’hygiène de base : des vêtements propres, des douches, de l’air frais et de la nourriture. On ne leur donne pas assez à manger. »

« Le gouvernement a l’obligation légale de garantir des conditions de vie minimales », ajoute Me Lustigman. « Rien dans la loi ne justifie que l’on laisse se propager des maladies. C’est une violation de la loi et de la dignité humaine. »

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