Des Iraniens expatriés en Israël se réjouissent de la chute de Khamenei
Malgré leur crainte d'un vide de pouvoir et de violences contre les Juifs d'Iran suite à la frappe israélo-américaine, ils assurent que la mort du guide suprême est un rêve éveillé
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Les Iraniens expatriés en Israël ont laissé exploser leur joie à l’annonce de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, lors des frappes israélo-américaines de samedi matin.
Selon Yasmin Shalom Mottahedeh, militante qui a quitté l’Iran en 1990, son pays se réjouit à l’idée d’un avenir plus radieux.
« J’ai été en contact avec mes amis en Iran : ils sont tous très heureux », dit-elle. « Personne ne semble craindre pour l’avenir, car les choses ne peuvent pas être pires qu’avant. »
Selon elle, le régime de la République islamique a sapé les bases culturelles et économiques du pays, dont il n’est absolument pas représentatif. « C’est un pays avec une civilisation et une culture anciennes : le peuple n’a jamais accepté ce régime », ajoute-t-elle.
Mottahedeh affirme que tous ses proches en Iran sont sortis célébrer la bonne nouvelle, samedi soir. « Les seuls à être malheureux sont ceux qui étaient soutenus par le régime : il est clair que leurs moyens de subsistance sont désormais compromis. »
Toutefois, certains se disent inquiets à l’idée qu’Israël et les États-Unis ne livrent le pays à l’anarchie s’ils n’assurent pas la transition entre un régime théocratique en place depuis 47 ans et un gouvernement démocratique aux bases stables.
« Les nouvelles venues d’Iran, on en rêvait depuis longtemps ! », s’exclame Dana Sameah, chercheuse indépendante sur la société iranienne et fondatrice du Festival du film iranien tenu l’an dernier dans le sud d’Israël. « Ce régime était un boulet pour l’ensemble du Moyen-Orient : c’est un énorme soulagement pour tous, et pas seulement pour l’Iran ou Israël. »
Née à Beer Sheva dans une famille iranienne arrivée en 1978, et dont les parents se sont rencontrés dans le centre d’intégration de la ville, Sameah dit avoir pour l’Iran un amour profond et complexe, nourri par ses études universitaires.
Le festival du film qu’elle a organisé en novembre dernier à Sderot a plu à un grand nombre d’Israéliens ravis de découvrir des pans entiers de la culture iranienne.
« Nos cultures ont beaucoup en commun », affirme-t-elle.
Sameah se dit soulagée par la mort de Khamenei, mais pas exempte de certaines appréhensions.
« Les choses pourraient empirer », estime-t-elle. « C’est un pays vaste et complexe, avec beaucoup de minorités aux priorités divergentes. Il ne sera pas aisé d’y faire advenir une démocratie. »
Elle redoute en outre que la communauté juive iranienne, forte de près de 10 000 personnes, ne soit prise pour cible par les loyalistes de Khamenei.
« Les Juifs ont toujours été sous étroite surveillance : il est possible que les 15 % de la société iranienne qui le soutenaient s’en prennent spontanément aux Juifs », explique Sameah.
« Il est très facile de blâmer les Juifs d’Iran », ajoute-t-elle en soulignant que les Juifs se sont, dans l’ensemble, abstenus de prendre part aux manifestations contre le régime de janvier 2026, de crainte de représailles. « Il leur faut constamment faire très attention. »
Mottahedeh n’est pas d’accord avec ce que Sameah dit des Juifs iraniens : elle estime qu’il y a peu de risques qu’on s’en prenne à eux à cause des frappes.
Dans la mesure où les contacts entre la communauté juive iranienne et le reste du monde ont été rares et souvent sujets à la désinformation, il est difficile de se faire une idée claire de la sécurité et de l’acceptation de la communauté juive par le reste de la société, estiment les spécialistes.
Avant la Révolution islamique de 1979, la population juive d’Iran comptait près de 100 000 personnes contre 10 000 aujourd’hui, ce qui reste malgré tout la deuxième plus importante population juive au Moyen-Orient après Israël.
D’après la communauté juive iranienne, les héros de l’histoire de la fête de Pourim, à savoir Mordechai et Esther, seraient inhumés à Hamadan, l’ancienne cité de Chouchan. Cette version est loin de faire consensus ailleurs.
Rendre sa grandeur au Moyen-Orient
Pour Saba Khoi, journaliste et chercheuse irano-britannique, la mort de Khamenei est une nouvelle très heureuse.
« Je suis très, très heureuse », s’exclame-t-elle. « Le mérite en revient au gouvernement israélien, à Tsahal, aux États-Unis, à Donald Trump — tous ceux qui l’ont rendu possible. »
Installée entre Londres et Israël, où elle vit depuis plusieurs mois, elle est la créatrice de la Fondation des Accords de Cyrus, qui travaille à rapprocher musulmans et Juifs.
Elle se dit optimiste à l’idée d’une révolution nationale « Lion et Soleil », menée par le prince héritier en exil Reza Pahlavi et un gouvernement laïc, capable de restaurer la souveraineté nationale de l’Iran et ses relations avec le monde libre.
« Désormais, nous devons tout faire pour qu’Israéliens et Iraniens travaillent main dans la main », conclut-elle. « Nous avons tellement de choses en commun. Ensemble, nous pouvons rendre sa grandeur au Moyen-Orient. »
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