Flambée des meurtres d’Arabes israéliens : Des familles en deuil accusent la police
Le taux d'homicides criminels atteint un triste record tandis que les arrestations de suspects diminuent, alimentant la colère et la méfiance envers les forces de l'ordre
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Alors que le soleil se couchait sur le village de Kafr Yasif, dans le nord du pays, des voisins se sont récemment rassemblés dans la cour arrière du domicile de la famille Masadeh pour pleurer la perte de leur fils, Nidal.
Des proches et des voisins ont pris place sur des chaises en plastique blanc, les hommes à droite, les femmes à gauche. Un adolescent s’est approché discrètement des personnes présentes pour leur offrir des dattes et du café noir dans des gobelets en papier. Les membres de la famille portaient tous une photo de la victime épinglée sur leurs vêtements noirs.
Nidal Masadeh, 35 ans, travaillait comme agent de sécurité au lycée Al-Bustan lorsqu’il a été abattu par des assaillants inconnus le matin du 15 octobre dans l’enceinte de l’établissement.
Ce meurtre a été particulièrement choquant en raison du lieu – un établissement scolaire – où il s’est produit, ainsi que du fait qu’il ait eu lieu en plein jour. Mais ce qui est peut-être tout aussi troublant, c’est le caractère banal de ce carnage, l’un des plus de deux cents homicides qui ont secoué la communauté arabe israélienne depuis le début de l’année.
Bien que ce phénomène soit en grande partie imputable au milieu criminel, le nombre sans précédent d’homicides parmi les Arabes touche désormais toutes les communautés, n’épargnant pratiquement aucune ville ni aucun quartier. Le taux d’homicides a atteint des sommets vertigineux au cours des trois dernières années, et 2025 s’annonce comme l’année la plus meurtrière à ce jour.
Une semaine après que la famille et les voisins de Nidal se sont réunis pour lui rendre hommage, la scène s’est répétée dans la ville voisine de Tamra, où des personnes en deuil se sont rassemblées devant une maison pour réconforter la famille de Muhammad Hejazi, 53 ans. Le 23 octobre, Muhammad a été abattu alors qu’il était assis sur son balcon avec son épouse, qui a également été blessée par les tirs.
Lors de ces deux rassemblements, chaque personne qui s’est levée pour prendre la parole devant la foule et rendre hommage avait une histoire personnelle à raconter au sujet d’un être cher – un cousin, un enfant ou un partenaire – tué de manière violente.
« Qu’avait-il fait ? Il n’avait rien fait », a déclaré Wafiq Hejazi, l’un des trois fils de Muhammad. Ce jeune homme barbu au caractère doux est chauffeur de bus pour Netiv Express, comme l’était son père. Il était en service lorsque son cousin l’a appelé pour lui annoncer que son père avait été tué.
Emad Hejazi, qui travaille comme agriculteur sur des terres situées juste au nord de cette ville arabe tentaculaire, a décrit son jeune frère comme un homme calme qui aimait nourrir les chats qui venaient à sa porte.
« Il avait pris un jour de congé [le jour où il a été tué], car son fils devait se fiancer vendredi [le lendemain du meurtre] », a-t-il expliqué.
« Je dormais. Mon épouse m’a dit : ‘Ils ont tué ton frère.’ Sous le choc, je me suis retourné. »
Les familles de ces deux hommes affirment n’avoir aucune connaissance de leur éventuelle implication dans des affaires criminelles.
Fuad Masadeh a déclaré au Times of Israel que son neveu assassiné « travaillait dur pour aider les autres ».
« Tous les écoliers le connaissaient et lui faisaient confiance. Si une mère oubliait son enfant à l’école, elle l’appelait et, à la fin de la journée, il le ramenait chez lui », a-t-il poursuivi.
« Il était aimé de tout le village. »
« Cet homme cumulait même deux emplois, car il avait beaucoup d’enfants et ses revenus étaient insuffisants », a-t-il ajouté.
« Il n’y a personne comme lui : intelligent, bien élevé, poli, il n’a jamais fait de mal à une mouche. Il allait toujours directement du travail à la maison et de la maison au travail. »
« Quelle police ? »
La hausse des crimes violents a presque exclusivement touché les Arabes israéliens, qui représentent environ un cinquième de la population, mais sont quatorze fois plus susceptibles que les Israéliens juifs d’être victime d’un homicide, selon une récente étude.
Alors que le taux global d’homicides en Israël est d’environ 1,6 pour 100 000 habitants, il est d’environ 12 pour 100 000 chez les Arabes, soit un taux supérieur à celui du Salvador et équivalent à celui du Venezuela.
Les membres de la communauté accusent une multitude de problèmes, allant du manque de maintien de l’ordre aux politiques gouvernementales qui ont permis au crime organisé de se développer et de prospérer.
La profonde frustration des habitants à l’égard des forces de l’ordre, ainsi que la méfiance généralisée envers la police, ont été évoquées à maintes reprises dans les discours et les conversations lors des deux commémorations. Beaucoup ont mentionné le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, un Juif nationaliste qui supervise les forces de l’ordre et qui est devenu en quelque sorte le symbole de l’abandon des villes arabes.
Les proches de Nidal Masadeh et de Muhammad Hejazi ont affirmé qu’aucun suspect n’avait été identifié ni arrêté dans ces deux affaires. La police n’a pas répondu aux demandes d’informations sur l’évolution de ces deux homicides.
« Quelle police ? Que fait la police ? Elle ne fait rien », a répondu Emad Hejazi avec indignation lorsqu’on lui a demandé quelles mesures avaient été prises par les forces de l’ordre dans l’affaire de son frère.
Il affirme avoir été ignoré par les policiers lorsqu’il s’est présenté au domicile de son frère après la fusillade.
« Ils étaient assis et murmuraient entre eux. Ils ne m’ont pas adressé la parole », a-t-il raconté. À ce moment-là, la police n’avait encore contacté aucun membre de la famille, a-t-il souligné.
Beaucoup estiment que les autorités ne sont pas seulement incapables de réprimer la violence criminelle qui sévit dans leurs villes, mais qu’elles mènent également une politique de négligence délibérée. Ce sentiment d’abandon total s’est accentué depuis l’arrivée au pouvoir de Ben Gvir, il y a environ trois ans.
« Le gouvernement veut que nous nous entretuions, afin que nous oublions les questions importantes et majeures », a déclaré Kifaa Masadeh, la sœur de Nidal, dans son éloge funèbre.
« Mais nous ne devons pas accepter cela. Au contraire, nous devons nous soutenir les uns les autres, nous aimer et rester unis. »
Bien qu’il évoque souvent la criminalité au sein de la communauté arabe israélienne, Ben Gvir a clairement indiqué que ses priorités étaient de lutter contre l’incitation à la haine nationaliste contre les Juifs, de limiter l’utilisation des haut-parleurs dans les mosquées, d’empêcher les coups de semonce tirés lors des mariages arabes et d’intensifier les démolitions de maisons arabes construites illégalement. C’est sur ces questions qu’il s’est principalement concentré lors de la présentation du budget de son ministère aux parlementaires, en octobre.
Le nombre de meurtres au sein de la communauté arabe a plus que doublé depuis qu’il a pris la tête de la police, en 2023, même si les taux étaient déjà en hausse depuis plusieurs années auparavant.
En 2022, l’organisation à but non lucratif The Abraham Initiatives, qui recense les victimes d’homicides au sein de la société arabe israélienne, en a enregistré 116, contre 50 en 2014. En 2023, ce chiffre a bondi à 244, puis a légèrement baissé pour atteindre 230 en 2024. Au 25 novembre, 233 homicides avaient été commis, ce qui place la communauté sur la voie d’un nombre de meurtres jusqu’alors inimaginable de 258 pour cette année.
Selon Lama Yassin, chercheuse au sein de l’organisation Abraham Initiatives, la police « ne travaille plus aussi efficacement qu’avant » 2023.
« Moins de crimes ont été résolus pendant le mandat de Ben Gvir », a-t-elle indiqué, soulignant que, si en 2022, la police avait résolu 15 % des homicides dans la société arabe, les données les plus récentes, qui s’étendent jusqu’au mois de juin, indiquent que le pourcentage d’affaires résolues n’est que de 10 %.
Parallèlement, le nombre de citoyens arabes tués par balle par la police est passé d’un l’an dernier à onze cette année, creusant encore davantage le fossé entre les forces de l’ordre et la minorité arabe israélienne.
La recrudescence des crimes violents a attiré l’attention des députés, y compris ceux du parti de Ben Gvir, Otzma Yehudit. Cependant, les élus nationalistes ont traité cette question comme une menace pour la sécurité nationale plutôt que comme une menace pour les citoyens vivant dans un contexte de violence. Ils ont appelé à un renforcement de l’application de la loi afin d’affirmer la « souveraineté » dans les villes arabes.
En octobre, la commission des Lois a voté en faveur d’un projet de loi proposé par le député Zvika Fogel (Otzma Yehudit) qui autoriserait le ministre de la Sécurité nationale à designer certaines organisations criminelles comme des groupes terroristes. La police pourrait alors élargir ses méthodes répressives à l’encontre des criminels présumés.
Les opposants à ce projet de loi l’ont qualifié de purement symbolique, insistant sur le fait qu’avant d’accorder davantage de pouvoirs à la police, il fallait lui fournir les moyens financiers nécessaires pour recruter du personnel dans les localités arabes. Certains craignent que les forces de l’ordre n’abusent de leurs pouvoirs, et que les tactiques de lutte contre le terrorisme utilisées pour combattre la criminalité ne rappellent la loi martiale imposée aux Arabes israéliens au cours des premières années de l’État.
La police a pour sa part largement rejeté les critiques concernant sa gestion de la criminalité dans les localités arabes, reconnaissant le fléau mais insistant sur le fait que les agents font tout leur possible pour lutter contre la violence. En réponse à une manifestation organisée devant la Knesset pour protester contre la gestion de la criminalité arabe par le gouvernement, la police a publié un communiqué dans lequel elle soulignait que les forces de l’ordre avaient saisi des centaines d’armes illégales.
Elle a ajouté que l’intimidation des habitants par les criminels avait entravé ses efforts pour lutter contre la violence dans les communautés arabes. Les mafias sont en effet devenues si insidieuses que beaucoup craignent que le fait de porter plainte à la police ne les expose à la vengeance des organisations criminelles qui ont pris le contrôle de leurs quartiers.
La police a néanmoins insisté sur le fait que la coopération des habitants était nécessaire pour que les forces de l’ordre puissent mener à bien leur mission.
« Les crimes violents ne peuvent être combattus uniquement par les forces de police », indique le communiqué, qui invite la population à « signaler les auteurs d’actes violents, à fournir des informations et à s’opposer fermement à ceux qui terrorisent leur quartier ».
Dans son éloge funèbre, Kifaa Masadeh a également souligné que la lutte contre la criminalité ne se limite pas à l’application de la loi.
« La trahison nous touche tous », a-t-elle déclaré, appelant les parents à élever leurs enfants « dans le respect des bonnes mœurs et des valeurs nobles ».
« Nous devons agir pour le bien de nos enfants, les élever et les éduquer », a-t-elle ajouté.
« Oui, le gouvernement commet des erreurs, mais la famille et le foyer ont également un rôle à jouer. Nous devons intensifier les activités de sensibilisation. »
Yassin a souligné qu’il appartenait à la police d’instaurer la confiance avec les communautés en arrêtant les suspects de meurtre, ce qui inciterait davantage de témoins à se manifester.
« Dès que la police commencera à résoudre davantage de meurtres, les citoyens arabes commenceront à coopérer davantage avec elle », a affirmé la chercheuse d’Abraham Initiatives.
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