Imperturbables face à la guerre, les étudiants étrangers découvrent ce que signifie être Israélien
Beaucoup d'étudiants étrangers ont choisi de rester malgré les tirs de missiles incessants : la résilience israélienne est devenue une seconde nature, tout comme la routine des allers-retours entre laboratoire et abri antiaérien
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À la faculté de chimie Shulich du Technion – Institut israélien de technologie de Haïfa, trois doctorants indiens se consacraient récemment à leurs expériences de recherche. Le laboratoire était encombré de béchers, de flacons, d’éprouvettes et de seringues.
Tout à coup, une sirène a retenti, signalant une possible attaque de missiles balistiques iraniens.
Sans s’affoler, les étudiants sont sortis du laboratoire d’Ashraf Brik, comme pour un simple exercice de routine, et ils se sont dirigés vers la pièce sécurisée située au bout du couloir. L’un d’entre eux n’a même pas pris la peine d’enlever sa blouse blanche et ses gants.
Une dizaine de minutes plus tard, les étudiants ont regagné leur laboratoire pour se remettre au travail. Cette fois-ci, le laboratoire n’a subi aucun dommage.
Mais deux jours plus tard, le 26 mars, de nouveaux missiles iraniens ont frappé le campus. Si personne n’a été blessé, le campus a néanmoins été touché : l’une des bibliothèques, plusieurs autres bâtiments, des infrastructures et du matériel ont été endommagés.
« J’ai entendu l’impact, j’ai senti les vibrations ; j’ai eu très peur et je suis resté sous le choc », a raconté Ashok Donthoju, 37 ans, l’un des étudiants indiens, au Times of Israel, après l’attaque. « Mais on nous a appris à nous protéger. »
Cette frappe a été suivie d’une autre attaque de missiles balistiques iraniens sur Haïfa, au cours de laquelle quatre personnes ont trouvé la mort, ensevelies sous les décombres. Une nouvelle salve tirée sur la même zone a légèrement blessé quatre personnes et causé des dégâts supplémentaires.
Dans la foulée, le président américain Donald Trump a annoncé que Washington avait accepté un cessez-le-feu de deux semaines, qui a depuis été prolongé.
La facilité avec laquelle les étudiants font la navette entre leur laboratoire et l’abri le plus proche est typique des nombreux étudiants étrangers du Technion – et d’autres universités israéliennes – qui ont choisi de rester sur place depuis le début de la guerre en cours contre l’Iran et le Hezbollah, qui a éclaté le 28 février. Avant cela, même après le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, de nombreux étudiants étrangers étaient restés dans les universités de tout le pays, malgré les menaces.
Interrogé à ce sujet, un porte-parole de l’université Ben Gurion du Neguev a répondu que près de 530 étudiants étrangers, sur les quelque 20 000 inscrits, poursuivaient leurs études au sein de l’établissement. L’université de Tel Aviv, qui compte environ 30 000 étudiants au total, recense également plus de 250 étudiants étrangers.
À l’université Bar-Ilan de Ramat Gan, ce sont près de 1 000 étudiants sur environ 22 000 qui sont étrangers. Selon un porte-parole du Technion, l’institut compte actuellement quelque 550 étudiants étrangers parmi ses 15 000 étudiants. Certains vivent sur le campus et d’autres, dans des appartements en ville.
Une vie entre deux mondes
« Pour être honnête, ça reste une expérience incroyable », a affirmé Rajesh Pallava, 37 ans, dans une interview accordée au Times of Israel aux côtés de deux autres doctorants indiens. « À part la guerre », a-t-il ajouté après une pause.
« Ma femme reçoit les alertes du Commandement du Front intérieur sur son téléphone en Inde, et elle veut toujours être sûre que je suis en sécurité », a expliqué Donthoju.
Pallab Karjee, 32 ans, a raconté qu’une fois rentré en Inde pour une visite, l’année dernière, il a reçu une alerte du Commandement du Front intérieur sur son téléphone.
« Personne autour de moi ne bougeait, et je me suis dit : ‘Mais pourquoi les gens ne se mettent-ils pas à l’abri ?’ Puis je me suis souvenu que j’étais en Inde, pas en Israël », a-t-il ajouté.
Les trois étudiants travailleront pendant environ 18 mois dans le laboratoire de Brik, dont les travaux portent sur la création de molécules spécifiques conçues pour contrôler le fonctionnement de certaines enzymes dans l’organisme. Ces recherches contribuent à la mise au point de traitements pour différentes maladies.
« Israël est connu pour sa capacité d’innovation ; c’est l’un des experts les plus renommés au monde dans ce domaine », a souligné Pallab Karjee, 32 ans.
Tous trois prévoient de retourner en Inde pour travailler dans l’industrie pharmaceutique, rejoignant ainsi leurs épouses et leurs familles.
Les trois hommes ont affirmé n’avoir « jamais ressenti » la moindre haine envers Israël en Inde. Évoquant la récente visite du Premier ministre Narendra Modi en Israël au mois de février, ils ont ajouté qu’ils espéraient que le Technion inviterait ce dernier lorsqu’il reviendrait.
Pallova et Donthoju sont tous deux originaires du sud de l’Inde ; leurs parents cultivent du riz et des mangues.
S’ils communiquent entre eux en badaga, c’est en anglais qu’ils s’adressent à Karjee, originaire de la région indienne du Bengale oriental, car ils ne comprennent pas le telugu.
Karjee a dit que lorsqu’il se promène, les gens en Israël lui disent souvent : « Namaste, Inde ! »
Selon Guy Kamnesky, le directeur du laboratoire, outre les trois étudiants indiens, six doctorants travaillent également au laboratoire. Ils parlent l’hébreu, l’arabe, l’anglais, le russe et les deux langues indiennes, a-t-il précisé.
« Nous avons des étudiants de tous genres, origines ethniques et nationalités », a souligné Kamnesky.
« L’alchimie entre nous est bonne », a lancé Karjee sur le ton de la plaisanterie.
Israël est « mon deuxième foyer »
Le Dr Mulate Zerihun Workeneh, doctorant à la faculté de médecine Azrieli de l’université Bar-Ilan et originaire d’Addis-Abeba, a confié au Times of Israel qu’après quatre ans passés à l’université, Israël est « comme mon deuxième pays, mon deuxième foyer ».
Si Workeneh a l’habitude des conflits – il a de la famille dans le nord de l’Éthiopie, où la guerre civile fait rage -, il n’en avait toutefois jamais vécu directement avant d’arriver en Israël.
Neuf autres étudiants éthiopiens fréquentent la faculté, a précisé Workeneh. Tous apprécient de rencontrer des Juifs éthiopiens en Israël, « parce qu’ils parlent notre langue ».
Workeneh vient juste d’obtenir son doctorat en sciences médicales au sein du laboratoire du professeur Nir Qvit, qui conçoit des molécules à base de peptides pour le développement de nouveaux traitements contre les maladies cardiovasculaires.
Il se consacre à la recherche de traitements et à l’étude des interactions entre les maladies cardiovasculaires et le sepsis, une forme extrême d’infection.
« Même pendant la guerre, nous n’avons jamais manqué un seul jour au laboratoire », a affirmé Workeneh. « Pour être honnête, je vis actuellement ma troisième vague de guerre. Je suis arrivé ici avant octobre 2023. »
« Je suis très admiratif de la façon dont les Israéliens gèrent cette situation difficile », a-t-il ajouté.
La femme de Workeneh vit quant à elle en Éthiopie avec leurs enfants, âgés de six et quatre ans.
« Elle exige que je l’appelle le matin, l’après-midi et le soir juste pour s’assurer que je vais bien », a-t-il expliqué.
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