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Israël n’est pas le seul État juif au monde : ces micronations qui ont fait du judaïsme leur religion officielle

Des États auto-proclamés et non-reconnus, ils en existent des centaines dans le monde. Chacun d'entre eux est sorti tout droit de l'imagination d'individus qui forment une communauté de « chefs d'État » que la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza n'a pas laissé indifférents.

Entrée d'Akhzivland, la micronation fondée en 1971 par Eli Avivi au nord de Nahariya, le 14 avril 2018. Le panneau en hébreu indique : « Bienvenue à Akhzivland. La visite du site est payante. Pour entrer, veuillez téléphoner » (Crédit : David Shay / CC BY-SA 4.0)
Entrée d'Akhzivland, la micronation fondée en 1971 par Eli Avivi au nord de Nahariya, le 14 avril 2018. Le panneau en hébreu indique : « Bienvenue à Akhzivland. La visite du site est payante. Pour entrer, veuillez téléphoner » (Crédit : David Shay / CC BY-SA 4.0)

Avez-vous déjà rêvé de créer votre propre pays, de définir vous-mêmes les règles qui régissent votre société et de rassembler autour de vous une communauté de gens qui vous reconnaissent comme leur souverain ? Un kibboutz grandeur nature ! C’est en tout cas l’idéal qu’ont choisi de poursuivre les fondateurs de ce que l’on appelle les « micronations ».

Une micronation est un « État » auto-proclamé qui affirme son indépendance mais qui n’est reconnu par aucun des États-membres des Nations unies. Il peut s’appuyer sur des revendications territoriales ou n’avoir d’existence que dans le monde virtuel, il peut édicter ses propres lois, frapper sa propre monnaie, adopter un drapeau et un système politique directement sorti de l’imagination d’un anonyme derrière son écran.

Le but de ces micronations varie aussi considérablement : certaines sont des expériences sociales ou des laboratoires politiques quand d’autres ont été créées pour le loisir ou pour défendre une idéologie.

Si leur nombre exact reste inconnu, les estimations oscillent entre 100 et 400 micronations plus ou moins actives à l’heure actuelle dans le monde. Parmi elles, un petit nombre a choisi le judaïsme comme religion nationale.

« Nous sommes juifs et nous n’avons pas honte »

C’est le cas de l’Empire de Levinia, qui tire à la fois son nom de la tribu de Lévi dans la Torah et de son fondateur, Benjamin Levinson, aussi connu sous son nom de règne, Benjamin Ier. Présenté comme une monarchie quasi absolue, Levinia observe les fêtes juives et sa devise officielle, « Toujours en avant, jamais en arrière » est également écrite en hébreu et en yiddish.

Drapeau de l’Empire de Levinia (micronation), publié le 9 janvier 2024. (Crédit : Mats/CC BY-SA 4.0)

Comme la plupart des micronations récemment fondées, l’Empire de Levinia existe surtout sur les forums de discussion en ligne, notamment sur Discord, un réseau principalement utilisé par les joueurs de jeux vidéo.

C’est sur Discord que nous avons pu rencontrer « Sa Majestée » Benjamin Ier, fondateur et dirigeant de Levinia à seulement 16 ans. Il nous explique avoir créé sa micronation pour le loisir et pour développer une communauté qu’il n’a « jamais voulu totalement libre ». Ses quelque soixante citoyens se rassemblent aussi bien dans le monde virtuel que dans la réalité, à l’instar de ses « forces armées », convoquées pour un entraînement d’airsoft. En atteste une photo d’adolescents avec des armes en plastique, publiée sur les réseaux sociaux du « gouvernement de Levinia ».

Quant au judaïsme, bien loin d’inspirer les « lois » du « pays », il joue davantage un rôle symbolique dans la vie de la micronation. Différents symboles du judaïsme se retrouvent dans les emblèmes de Levinia : une étoile de David au centre du drapeau, une menorah sur les armoiries et les tables de la Loi sur la couronne. « Il est clair que nous sommes juifs et que nous n’avons pas honte », déclare Benjamin Levinson avant d’ajouter : « Nous sommes l’une des micronations les plus à la pointe dans la lutte contre l’antisémitisme et le Hamas de toute la communauté ».

Car justement, les micronations comme le reste du monde ont été bouleversées par la guerre en cours entre Israël et le Hamas à Gaza.

La guerre Israël-Hamas : sujet de discorde parmi les micronations

En avril 2024, Levinia s’est retiré de l’Assemblée des micronations, l’équivalent de l’ONU pour la communauté des États non-reconnus qui prend essentiellement la forme d’un forum de discussion sur Discord, à cause de déclarations antisémites, anti-Israël, et même pro-Hamas de la part d’autres membres.

Benjamin raconte qu’un jour « ils ont décidé de publier un sondage pour condamner Israël […] alors j’ai publié un sondage pour condamner le Hamas. Après cela, j’ai été attaqué par des commentaires antisémites et des déclarations disant que le Hamas n’avait rien fait de mal, niant même le 7 octobre. C’est là que j’ai décidé de partir ».

« La position officielle de Levinia est en faveur d’une solution de paix à deux États, avec le retour de tous les otages. Nous avons condamné le Hamas à de nombreuses reprises et nous continuerons à le faire. […] Nous disons généralement que nous sommes pro-israéliens », conclut-il.

L’Assemblée des micronations aurait d’ailleurs condamné « le génocide inhumain et illégal d’Israël contre le peuple de Palestine ». Certains de ses membres soutiennent même le Hamas, à l’instar de la République de l’Île de Rino, une micronation qui revendique sa souveraineté sur des îles fantômes du Pacifique, qui « reconnaît le droit à la légitime défense de la nation palestinienne et condamne toute ingérence extérieure en faveur du régime d’occupation raciste et génocidaire ».

D’autres micronations aux positions anti-Israël ont mis un terme à leurs relations bilatérales avec des « États » juifs. C’est le cas de l’État d’Hokoria, dont le « ministère des Affaires étrangères » a annoncé qu’il cessait de reconnaître le Royaume de Salanda, une micronation fondée au Royaume-Uni et qui a fait du judaïsme sa religion d’État.

Le « roi » Aaron Ier d’Hokoria a d’ailleurs déclaré que la hausse de l’antisémitisme dans le monde est attribuée « en partie, à la politisation de l’antisémitisme et à son utilisation comme « bouclier social » pour contrer les critiques à l’encontre de l’État d’Israël non reconnu ».

Salanda, qui revendique sa souveraineté sur une partie du désert du Néguev, n’a pour sa part pas réagi à la guerre entre Israël et le Hamas, et semble aujourd’hui être une micronation inactive, ou qui n’a en tout cas pas porté son aspiration nationale à son terme.

Une utopie nationale en Israël : l’histoire d’Eli Avivi

L’une des « success stories » les plus connues dans le monde des micronations est celle d’Eli Avivi, l’homme qui a fondé seul un pseudo-État… en Israël. Situé entre Nahariya et la frontière libanaise, voici Akhzivland, une micronation d’un hectare et demi, qui a son drapeau, son hymne et qui n’a jamais eu plus de deux citoyens : Eli Avivi, son président, et sa femme Rina.

Né en Iran en 1930, Eli s’installe avec ses parents en Palestine mandataire et rejoint à l’âge de 15 ans le Palyam, la branche maritime du Palmach. Il combat d’abord les Britanniques, puis les troupes arabes durant la guerre de 1948. Après l’indépendance d’Israël, il s’installe dans un ancien village de pêcheur et construit sa maison, avant de se marier avec Rina.

Fin des années 1960, les autorités israéliennes cherchent à détruire sa maison pour établir un parc national dans cette zone côtière à la nature préservée. Eli Avivi proteste en déchirant son passeport israélien et décide de créer son propre pays. Il est arrêté et détenu, mais finalement relâché après qu’un juge a statué que le chef d’accusation de « création d’un pays sans autorisation » n’existait pas.
Avivi a alors attaqué le gouvernement israélien en justice et a gagné le procès : la cour a décidé qu’Akhziv était sa propriété pour 99 ans.

Le musée d’Akhzivland, installé dans l’ancienne maison d’Eli Avivi, près de Nahariya, le 15 juillet 2015. (Crédit : Raphael Guri/CC BY-SA 3.0)

Depuis, Akhzivland a gagné la réputation « d’État hippie » et a reçu la visite de nombreux voyageurs curieux de découvrir son musée et son histoire atypique. Ils avaient même la possibilité de faire tamponner leur passeport à leur arrivée en territoire akhziv.

L’utopie prend fin en 2018, lorsque Eli Avivi décède à l’âge de 88 ans. Il devient l’un des « chefs d’État » du Moyen-Orient au « règne » le plus long.

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