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Israël rejette les sources d’un article du New York Times faisant état de viols généralisés sur des détenus palestiniens

Le chroniqueur Nicholas Kristof cite un rapport établi par l'ONG Euro-Med Monitor comme preuve de ses affirmations ; l'envoyé israélien aux États-Unis présente, en réponse, des photos montrant ses dirigeants avec des chefs du Hamas

L'administration pénitentiaire israélienne a revêtu les prisonniers palestiniens sur le point d'être libérés de t-shirts arborant son logo, une étoile de David et la phrase en arabe : « Ni pardon ni oubli », le 15 février 2025. (Crédit : Service pénitentiaire d'Israël)
L'administration pénitentiaire israélienne a revêtu les prisonniers palestiniens sur le point d'être libérés de t-shirts arborant son logo, une étoile de David et la phrase en arabe : « Ni pardon ni oubli », le 15 février 2025. (Crédit : Service pénitentiaire d'Israël)

Les autorités israéliennes ont dénoncé, dans la journée de lundi, un article d’opinion qui a été publié par le New York Times et qui affirme que les détenus palestiniens, dans les prisons israéliennes, sont victimes de viols généralisés. Elles ont notamment souligné que le journaliste a fait appel à des sources qui entretiendraient des liens avec le groupe terroriste du Hamas ou qui en auraient fait son éloge. Elles ont affirmé que l’article faisait écho au trope antisémite de meurtre rituel.

« Aujourd’hui, le New York Times a choisi de diffuser l’un des pires tropes de meurtre rituel jamais paru dans la presse moderne », s’est insurgé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, faisant référence à la chronique.

« Dans un renversement incompréhensible de la réalité et à travers un flot incessant de mensonges infondés, le propagandiste Nicholas Kristof a transformé la victime en accusé », a-t-il ajouté, soulignant les crimes sexuels qui avaient été commis par le groupe terroriste du Hamas à l’encontre des citoyens israéliens, le 7 octobre 2023, ainsi que les sévices sexuels perpétrés à l’encontre des otages qui avaient été kidnappés lors de cette journée sanglante tout au long de leur captivité.

Kristof a pris acte de cette réaction en la partageant sur le réseau social X, avec la légende : « La réaction critique du ministère israélien des Affaires étrangères à ma chronique sur les agressions sexuelles commises contre des hommes, des femmes et des enfants palestiniens ». Le post proposait un lien en libre accès vers son article.

La chronique, publiée lundi, parle « d’un schéma de violences sexuelles généralisées qui sont commises par des Israéliens à l’encontre d’hommes, de femmes et même d’enfants — des violences commises par des soldats, par des colons, par les enquêteurs de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet et, surtout, par des gardiens de prison ».

Kristof a cité les témoignages de Palestiniens qui ont confié que pendant qu’ils étaient en détention, ils avaient été régulièrement déshabillés et touchés, voire pénétrés de force avec divers objets, ajoutant qu’ils avaient aussi été violés par des chiens qui avaient été spécialement dressés… Cette dernière allégation, qui circule depuis un certain temps dans les médias anti-israéliens, a récemment été relayée par l’Euro-Mediterranean Human Rights Monitor, qui a également été une source importante pour Kristof.

En réponse à une demande de commentaires sur cet article, le service israélien des prisons a fait savoir que « les accusations lancées sont mensongères et totalement infondées ».

« Le service israélien des prisons est une instance sécuritaire qui mène ses activités conformément à la loi et sous la supervision stricte de nombreux inspecteurs officiels », a expliqué l’IPS au Times of Israel.

« Tous les prisonniers sont incarcérés conformément à la loi, dans le respect de leurs droits fondamentaux et sous la supervision d’un personnel professionnel et qualifié », a-t-il ajouté.

Israël présente une photo de responsables d’ONG aux côtés de chefs du Hamas

L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, a également réagi à l’article en diffusant une brève vidéo sur X où, dans une déclaration faite devant la caméra, il a accusé Kristof et le New York Times de « compter sur le fait que personne ne tentera de révéler la vérité face à leurs mensonges ».

« Soyons clairs : toute plainte pour comportement illégal de la part des autorités israéliennes doit être soumise aux instances chargées de mener à bien les enquêtes nécessaires et, comme il est d’usage dans une société démocratique, ces plaintes feront l’objet d’un examen approfondi », a continué Leiter.

Mais l’ambassadeur a poursuivi : « Sur la base de quelles preuves Kristof s’appuie-t-il pour lancer ses accusations ? L’une des principales ONG citées dans l’article de Kristof est Euro-Med Monitor. Ce qui semble impartial, n’est-ce pas ? Ce qui semble équilibré, solennel ».

« Mais ô surprise, il s’avère qu’il a été reconnu à plusieurs reprises que Ramy Abdu et Mazen Kahel, ses dirigeants, entretiennent des liens avec le Hamas », a-t-il dit.

Dans la séquence, Leiter a ensuite présenté une photo datant de 2011 – Abdu et Kahel y prennent la pose juste derrière Ismail Haniyeh, un haut responsable politique du Hamas qui a été tué depuis par Israël.

La photo avait initialement été publiée sur Facebook en 2012 – et Leiter, dans sa déclaration, a noté que l’existence du cliché avait été révélée par NGO Monitor, un groupe de veille pro-israélien.

Sur le site internet d’ONG Monitor figure également une photo qui montre Abdu aux côtés d’Osama Hamdan, un autre responsable du Hamas, en 2013.

L’organisation Euro-Med avait elle-même relayé des théories du complot concernant le pogrom du 7-Octobre. Elle avait notamment affirmé que les lieux où avaient été commis les crimes avaient été « trafiqués » et que certains des Palestiniens armés qui avaient été retrouvés morts sur le territoire israélien après le massacre étaient en réalité des civils dont le meurtre constituait un crime de guerre…

L’ONG avait également évoqué les otages du Hamas, disant qu’ils avaient simplement été « arrêtés et transférés vers la bande de Gaza ».

Mazen Kahel et Ramy Abdu, membres de la direction de l’ONG Euro-Mediterranean Human Rights Monitor, sont photographiés en compagnie de responsables du Hamas, dont Ismail Haniyeh, à Gaza, en 2011. (Crédit : NGO Monitor)

Dans sa chronique, Kristof a également cité les témoignages apportés par Sami al-Sai, un journaliste palestinien, et par Issa Amro, un activiste controversé qui vit à Hébron, ainsi que ceux de 12 autres hommes et femmes qui ont affirmé, sous couvert d’anonymat, qu’ils avaient subi des agressions sexuelles aux mains des partisans du mouvement pro-implantations israélien ou des forces de sécurité.

Le journaliste a assuré avoir « trouvé ces victimes en se renseignant auprès d’avocats, d’organisations de défense des droits de l’Homme, de travailleurs humanitaires et de Palestiniens ordinaires ».

« Dans de nombreux cas, il a été possible de corroborer partiellement les récits des victimes en s’entretenant avec des témoins ou, plus souvent, avec des personnes à qui les victimes s’étaient confiées – membres de leur famille, avocats et travailleurs sociaux ; dans d’autres cas, cela n’a pas été possible, peut-être parce que la honte a empêché ces gens de reconnaître les abus dont ils ont été victimes, même auprès de leurs proches », a-t-il écrit.

Sur cette photo d’archives du 10 septembre 2017, le militant palestinien connu, Issa Amro s’exprime après sa libération de la détention de l’Autorité palestinienne, dans la ville d’Hébron en Cisjordanie. (Crédit : Nasser Shiyoukhi/AP)

Kristof a reconnu : « Certains pourront se demander si les Palestiniens n’ont pas inventé ces accusations d’agressions sexuelles pour calomnier Israël », ajoutant toutefois que « cela me semble peu probable dans la mesure où aucune des personnes que j’ai interviewées ne m’a pas contacté de son propre chef ; elles ignoraient également à qui d’autre j’allais m’adresser et elles étaient initialement réticentes à l’idée de parler ».

Des récits devenus de plus en plus sordides au fil du temps

Dans une série de posts qui sont parus sur X, le groupe de veille pro-israélien des médias, HonestReporting, a remis en cause l’article de Kristof, soulignant que les récits les plus explosifs provenaient de sources qui s’exprimaient sous couvert d’anonymat, tandis que les récits des personnes dont l’identité était révélée dans l’article étaient devenus « de plus en plus sordides au fil du temps, avec de nouveaux détails dramatiques qui ont fait leur apparition des années plus tard ».

Le groupe de veille a noté que Sami al-Sai s’était exprimé sur les réseaux sociaux, le 8 octobre 2023, pour faire l’éloge de la prise d’assaut du Hamas – le massacre avait eu lieu vingt-quatre heures auparavant seulement – et qu’il avait rendu hommage au chef d’une cellule terroriste de Cisjordanie en le qualifiant de « notre prince martyr ».

Il a également fait remarquer qu’il y a environ un an, Sai s’était entretenu avec l’organisation israélienne de défense des droits de l’Homme BTselem au sujet de son agression présumée – mais qu’il n’avait pas, à cette occasion, mentionné plusieurs détails spécifiques et explicites dont il a ultérieurement fait part à Kristof, à qui il a raconté qu’il avait été sodomisé à l’aide d’une carotte, ajoutant qu’une gardienne avait saisi ses parties génitales et que sa peau avait été recouverte « du vomi, du sang et des dents cassées d’autres personnes ».

Il a également souligné qu’Issa Amro, qui avait déclaré à Kristof, en 2024, qu’il avait été agressé sexuellement le jour du pogrom perpétré par le Hamas, avait auparavant confié au Washington Post qu’il avait été « menacé » de violences sexuelles ce jour-là, sans aucun passage à l’acte.

La chronique de Kristof a été publiée le même jour qu’une étude de 300 pages qui a été réalisée par la Commission civile sur les crimes commis par le Hamas contre les femmes et les enfants le 7 octobre – une ONG israélienne qui a été créée pour documenter les atrocités du 7-Octobre.

À LIRE – 7-Octobre : des violences sexuelles systématiques et coordonnées – enquête

Ce rapport, qui s’est appuyé sur 430 entretiens formels et informels ainsi que sur plus de 10 000 photographies et autres séquences vidéo, détaille en profondeur les 13 types de violences sexuelles dont les hommes armés du Hamas s’étaient rendus coupables pendant le massacre et à l’encontre des otages : viols, viols collectifs, actes de torture, mutilations sexuelles, exécutions liées à des violences sexuelles, abus sexuels post mortem et agressions sexuelles perpétrées en présence de membres de la famille, entre autres.

« L’ampleur, la coordination et la répétition de ces actes démontrent des attaques généralisées et systématiques à l’encontre des civils, des attaques où les violences sexuelles ont été délibérément utilisées comme méthode de terreur », a indiqué le rapport.

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