Israël uni contre la reconnaissance de la Palestine ; Netanyahu pourrait aller trop loin
Le Hamas exulte, l'opposition se joint à la coalition et dénonce la décision du Royaume-Uni, de l'Australie, du Canada et du Portugal ; Netanyahu doit réagir, mais les partenaires arabes feront pression sur Trump pour qu'il s'oppose à l'annexion
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Dimanche, comme prévu, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et le Portugal ont officiellement reconnu un État palestinien.
Confrontés à la colère virulente d’Israël et aux accusations de récompense accordée au terrorisme, les dirigeants de ces pays ont fait valoir que cette reconnaissance affaiblirait en réalité le groupe terroriste palestinien du Hamas, et encouragerait une paix fondée sur une solution à deux États.
« Pour le Portugal, la solution à deux États est la seule voie possible pour une paix juste et durable… l’instauration d’un cessez-le-feu est urgente », a déclaré le ministre portugais des Affaires étrangères, Paulo Rangel, ajoutant que le Hamas « ne peut exercer aucune forme de contrôle à Gaza ni en dehors », et exigeant la libération de tous les otages retenus dans l’enclave côtière.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a pour sa part fait savoir que la reconnaissance effectuée par son pays s’inscrivait dans le cadre « d’un plan concret visant à rassembler les populations autour d’une vision commune et d’une série de mesures, notamment la réforme de l’Autorité palestinienne, qui seront susceptibles de nous mener d’un cessez-le-feu à Gaza à des négociations sur une solution à deux États ».
Il a également précisé que le Royaume-Uni tenait à garder le Hamas à l’écart : « Notre appel en faveur d’une véritable solution à deux États est exactement à l’opposé de leur vision haineuse. »
Mais le Hamas lui-même a semblé en désaccord. Remerciant le Royaume-Uni et le Canada et décrivant leur action comme une « victoire » pour le groupe terroriste, Mahmoud Mardawi, haut responsable du Hamas, a fait le lien entre cette reconnaissance et le 7 octobre, affirmant qu’elle était « le fruit des immenses sacrifices » consentis par les Palestiniens, et en particulier des Gazaouis, depuis le pogrom du 7 octobre 2023.
Les dirigeants occidentaux n’ont en revanche pas donné d’explication sur leur deuxième affirmation, selon laquelle une reconnaissance sans condition d’un État palestinien favorisait la mise en œuvre d’une solution à deux États.
Leur décision pourrait en effet apparaitre comme violant les Accords d’Oslo II de 1995, qui stipulaient clairement que « aucune des deux parties ne prendra de mesures susceptibles de modifier le statut de la Cisjordanie et de la bande de Gaza avant l’issue de négociations portant sur le statut permanent ».
Ils n’ont pas non plus exigé de concessions de la part des Palestiniens, à l’exception d’une lettre d’intention envoyée par le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas au président français Emmanuel Macron.
« Ces prétendus alliés ont reconnu un État palestinien qui, lui, ne nous reconnaît pas », a souligné Michael Oren, ancien député et ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis. « Un état palestinien qui ne reconnaît pas notre légitimité, qui ne reconnaît pas l’existence d’un peuple juif ni l’existence d’un peuple juif ayant un lien avec notre patrie. Ils ont reconnu un État palestinien qui glorifie le terrorisme et qui enseigne à ses enfants à tuer des Juifs. »
On peut également affirmer que cette vague de reconnaissances rendra plus difficile la libération des otages et la fin des souffrances des populations civiles de Gaza. Le Hamas ne va pas relâcher les otages ni accepter de déposer les armes si le fait de ne rien céder signifie l’intensification de la pression exercée par la communauté internationale sur Israël et l’obtention d’avancées pour la cause « palestinienne ».
Sur le terrain, les Palestiniens ne profiteront très probablement que de peu d’améliorations à la suite de cette vague de reconnaissances. La guerre à Gaza n’en sera pas raccourcie, et le Hamas ne sera pas mis sur la touche.
« La reconnaissance d’un prétendu État palestinien met à nu le véritable problème posé par la question de la ‘Palestine' », a fait valoir Danielle Pletka, chercheuse senior à l’American Enterprise Institute. « Personne ne se soucie réellement des vrais Arabes palestiniens, ceux qui sont vivants, de leurs droits, de leur prospérité, de la viabilité de leur présumé État. »
Et même, au contraire, Starmer et ses acolytes renforcent probablement la position des partisans de la ligne dure en Israël, qui souhaitent l’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie.
Il est rare, dans le climat politique qui règne actuellement en Israël, de voir des personnalités de l’ensemble du spectre politique sioniste s’accorder sur quoi que ce soit. La caractéristique la plus impressionnante des annonces de dimanche est peut-être leur capacité à réunir contre elles des Israéliens de tous bords politiques.
Pour le chef de l’opposition Yaïr Lapid, cette reconnaissance est une « mesure néfaste, une récompense accordée au terrorisme ».
Yaïr Golan, chef du parti de gauche Les Démocrates, a pour sa part estimé que cette reconnaissance était « destructrice » et « extrêmement préjudiciable » pour Israël.
« Cette initiative n’aidera pas un seul Palestinien », a déclaré le président Isaac Herzog, qui reste habituellement courtois et discret.
« Elle ne permettra pas de libérer un seul otage, et elle ne nous aidera pas à parvenir à un accord entre Israéliens et Palestiniens. Son unique effet sera d’encourager les forces des ténèbres. C’est un jour triste pour ceux qui recherchent une véritable paix. »
Pour le ministre d’extrême droite de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, cette décision est « une récompense accordée aux terroristes meurtriers ».
Le Forum des familles des otages et disparus a quant à lui accusé les pays ayant reconnu un État palestinien de « fermer les yeux sur le fait que 48 otages sont toujours retenus par le Hamas ».
Si le Premier ministre Benjamin Netanyahu bénéficie d’un large soutien politique pour répondre à cette reconnaissance, il devra toutefois faire preuve de prudence. Le mot d’ordre, au sein de sa coalition, est l’annexion. S’il n’y parvient pas, il risque de décevoir encore davantage son aile droite, qui a jusqu’à présent échoué à concrétiser son rêve de se réimplanter dans la bande de Gaza ou de faciliter l’émigration massive des Gazaouis.
L’annexion comporte par ailleurs des risques importants. Les partenaires arabes d’Israël, ainsi que ceux qu’il espère rallier à sa cause, seront contraints de réagir. Ils sont déjà dans un état de tension croissante suite à l’attaque qui a visé les dirigeants du Hamas à Doha, rendant une telle mesure encore plus difficile à accepter. Les dirigeants seront traités de collaborateurs par l’opinion publique arabe, qui est farouchement opposée à Israël, considéré comme une menace permanente de révolution violente.
Les dirigeants arabes pro-américains ainsi que la Turquie, qui entretiennent des relations personnelles étroites avec Donald Trump, tenteront cette semaine à l’ONU de convaincre le président américain d’ordonner à Netanyahu de ne pas procéder à l’annexion.
Pour de nombreux responsables politiques proches de Trump, l’annexion est une mesure gratuite décidée par un gouvernement israélien qui attend de Washington qu’il vienne à son secours après avoir à plusieurs reprises, par une série de politiques agressives, provoqué la colère des alliés naturels de Washington dans la région.
Netanyahu semble conscient de cette réalité précaire et instable. S’il a promis une réponse, il a toutefois fait savoir qu’elle n’interviendrait qu’après sa rencontre avec Trump la semaine prochaine à Washington.
Il devra alors mettre en place un plan d’action en mesure de répondre à des impératifs apparemment contradictoires, à savoir dissuader davantage de pays de reconnaître un État palestinien, éviter de pousser les États arabes à sanctionner Israël, et empêcher ses partenaires déçus de la coalition d’abandonner le navire.
Et, naturellement, il doit maintenir une coordination totale avec Trump. Si le président est exaspéré par Netanyahu, il risque de retirer son soutien inconditionnel à la campagne actuellement menée par Israël à Gaza. Or, sans le soutien de Trump, Israël perdrait son principal moyen de pression sur le Hamas, le seul capable de faire accepter sa défaite au groupe et, avec lui, tout espoir de mettre fin au règne de l’organisation terroriste à Gaza et de libérer tous les otages.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







