Katz s’oppose au chef de Tsahal, tente de remodeler la haute hiérarchie militaire
Le ministre de la Défense accusé de "politiser" l’armée ; Zamir concède certaines désignations, attend l’aval pour les chefs de la marine et de l’armée de l’air
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Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Défense Israel Katz mène, depuis quelques mois, une campagne de plus en plus intense contre le chef de l’armée israélienne, en soutenant certains officiers et en bloquant la promotion d’autres avec lesquels il semble en désaccord.
Des responsables militaires ont mis en garde contre une tentative de Katz de « politiser l’armée » en cherchant à prendre la main sur les nominations aux postes supérieurs.
Depuis son entrée en fonctions à la fin de l’année 2024, Katz a annulé plusieurs nominations d’officiers supérieurs choisies par Zamir et par son prédécesseur, Herzi Halevi.
Si certaines de ces suspensions de promotion semblent reposer sur des motifs rationnels, d’autres sont plus difficiles à expliquer.
Katz a également retardé de plusieurs semaines la promotion de dizaines de colonels et de généraux de brigade, sous prétexte que Zamir les avait nommés sans concertation. Il n’a pas encore tranché sur la désignation de trois généraux de division, alors que les officiers actuellement en poste approchent de la fin de leur mandat.
Les nominations aux postes supérieurs, à l’exception de celles des généraux de haut rang, doivent habituellement être approuvées par le ministre de la Défense après un examen interne au sein de Tsahal. Katz a toutefois affirmé, à tort, qu’en vertu de la loi, il était responsable des promotions des hauts gradés de l’armée.
Aucune loi ne prévoit un tel pouvoir. En revanche, un « ordre de l’état-major général », protocole militaire de haut niveau datant de 1992 et mis à jour en 2020, précise que pour les promotions à partir du grade de colonel, le chef d’état-major de Tsahal constitue « l’autorité de nomination », tandis que le ministre de la Défense agit en tant « qu’autorité d’approbation ».
Selon ce texte, l’autorité d’approbation est la personne habilitée à valider la promotion d’un officier après qu’elle a été décidée lors d’une réunion consacrée à la composition du personnel.
L’ordre stipule également que « la nomination des officiers au sein de Tsahal se fait à l’issue d’une discussion sur les nominations. La décision prise au terme de cette réunion est arrêtée par le président de la séance, puis transmise pour validation à l’autorité d’approbation ».
En août, Katz avait publiquement critiqué le chef de l’armée après l’annonce d’une série de nominations à des postes de haut rang, estimant que Zamir avait agi sans le consulter.
À la fin du mois, les deux hommes avaient toutefois annoncé être parvenus à un accord sur le processus de nomination au sein de l’armée.
Le ministre de la Défense a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’approuverait pas les nominations d’officiers susceptibles d’être impliqués dans les échecs entourant le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, tant que Tsahal n’aura pas achevé ses enquêtes internes.
Si cette règle a été appliquée à certains officiers dont les liens avec les échecs du 7 octobre paraissent évidents, Katz n’a, en revanche, éprouvé aucune difficulté à promouvoir d’autres officiers tout aussi, voire plus, responsables de ces défaillances.
Ainsi, en septembre, Katz a approuvé une liste de nominations à des postes de haut rang proposée par Zamir, après un délai de quatre semaines, à l’exception de deux noms : le général de brigade Eliad Moati, pressenti pour diriger la 210e division, et le général de brigade Manor Yanai, désigné comme futur chef d’état-major des forces terrestres.
Moati est un ancien commandant du Corps de défense des frontières, une unité chargée des observatrices de Tsahal, dont un grand nombre ont été tuées ou enlevées lors de l’assaut meurtrier du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Le lien avec les échecs du 7 octobre semble donc évident.
Pourtant, Moati n’avait pris ses fonctions de chef du Corps de défense des frontières qu’une semaine avant le massacre. Depuis, en pleine guerre, il a été nommé à la tête de la base d’entraînement de Tzeelim, une décision approuvée par Katz.
De même, Yanai occupe le poste de chef d’état-major du commandement du Sud depuis avant l’attaque du 7 octobre 2023, mais ses fonctions sont essentiellement administratives, centrées sur le renforcement des forces plutôt que sur leur déploiement.
Katz a, par ailleurs, a approuvé la promotion d’autres officiers dont les postes pouvaient être considérés comme plus directement liés aux échecs du 7 octobre. Par exemple, l’ancien chef des opérations de l’armée de l’air, le général de brigade Gilad Keinan, a été nommé prochain chef d’état-major de l’armée de l’air israélienne, une décision entérinée par Katz.
Katz serait également intervenu en faveur du colonel Haïm Cohen, ancien commandant de la brigade nord de la division de Gaza, qui devait être relevé de ses fonctions pour ses manquements lors de l’offensive du Hamas. Selon les médias israéliens, l’officier aurait sollicité l’appui d’une famille du crime affiliée au Likud pour éviter sa destitution.
Katz n’a en revanche pas approuvé les promotions d’autres officiers liés, selon toute apparence, aux défaillances du 7 octobre : le colonel Ephraïm Avni, chef des opérations du commandement du Sud de Tsahal, nommé par l’ancien chef d’état-major Herzi Halevi à la tête de la brigade des parachutistes ; et le colonel Almog Dadon, responsable du génie de combat du commandement du Sud, désigné pour prendre la direction de l’unité d’élite du génie de combat Yahalom.
Ces dernières semaines, le différend entre Katz et Zamir s’est concentré sur la volonté du ministre de la Défense de promouvoir son propre secrétaire militaire, une décision à laquelle s’oppose fermement le chef d’état-major de Tsahal.
Selon des sources militaires, Zamir aurait déjà choisi, il y a plusieurs semaines de cela, les prochains chefs de la marine et de l’armée de l’air israéliennes.
Le vice-amiral Eyal Harel, actuel chef de la Direction de la planification, doit succéder au vice-amiral David Saar Salama, à la tête de la marine depuis plus de quatre ans ; et le général de brigade Omer Tischler, chef d’état-major de l’armée de l’air, doit remplacer le général de division Tomer Bar, qui occupe ce poste depuis près de quatre ans.
Mais Katz a refusé d’approuver ces nominations tant que son propre secrétaire militaire, le général de brigade Guy Markizeno, n’aurait pas été promu au grade de général de division.
Katz avait d’abord cherché à nommer Markizeno à la tête du Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), un organisme du ministère de la Défense dirigé par un général et membre du Forum de l’état-major de Tsahal.
Zamir, en revanche, souhaitait que le général de brigade Hisham Ibrahim, actuel chef de l’unité d’administration civile du COGAT, soit promu au grade de général de division et prenne la direction du COGAT.
Finalement, dans une décision inhabituelle et sans précédent, Israel Katz a annoncé que Yoram Halevi, un haut responsable de police à la retraite, dirigerait le COGAT.
Zamir a fini par céder, Katz ayant conditionné son approbation de la liste de nominations retardée à la désignation de Halevi.
Katz cherche à présent, à nommer Markizeno au poste d’attaché de défense aux États-Unis – un poste de général de division, mais ne relevant pas du Forum de l’état-major de Tsahal. (L’actuel attaché de défense à Washington, le général de division Hidai Zilberman, en poste depuis 2021, a été nommé prochain chef de la Direction de la planification, en remplacement de Harel.)
Zamir, toutefois, ne considère pas Markizeno comme le candidat idéal pour cette fonction et envisage de nommer d’autres officiers. Mais le chef d’état-major pourrait à nouveau céder à Katz afin d’obtenir l’approbation de ses nominations à la tête de la marine et de l’armée de l’air.
Les efforts de Katz pour promouvoir des officiers considérés comme proches de lui, ainsi que sa décision sans précédent de nommer un officier de police à la retraite au grade de général de division, malgré les objections du chef de Tsahal, rappellent à certains responsables militaires la politisation de la police par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui promeut de manière sélective des officiers favorables à son programme d’extrême droite.
En août, la radio de l’armée rapportait que certains officiers s’interrogeaient sur la nature des nouvelles nominations. « Si un commandant sait qu’il a été nommé par le ministre de la Défense ou par la Quatorzième chaîne [proche de la droite], que doit-il penser ? »
« La nomination directe d’officiers par le ministre pourrait transformer Tsahal en une force de police », ont averti ces responsables, faisant référence à l’ingérence présumée de Ben Gvir dans les forces de sécurité.
Mais Katz ne se contente pas de promouvoir certains officiers de manière sélective. Selon plusieurs responsables militaires, il chercherait délibérément l’affrontement avec le chef d’état-major de Tsahal. Au cours de la série de nominations d’août, Katz a publié plusieurs déclarations dans les médias critiquant Zamir.
Ce n’était pas la première fois que Katz s’opposait publiquement au chef de Tsahal. Le ministre de la Défense s’était déjà heurté à plusieurs reprises au prédécesseur de Zamir, Herzi Halevi, ainsi qu’à d’autres officiers supérieurs, dont l’ancien porte-parole de Tsahal, le contre-amiral Daniel Hagari, et l’actuel chef du Directorat du renseignement, le général de division Shlomi Binder.
En fin de compte, ceux qui pâtissent du dernier bras de fer entre Katz et Zamir sur les nominations sont les officiers supérieurs de Tsahal dont l’avenir dans l’armée est désormais incertain, comme Eliad Moati et Manor Yanai. « Le ministre a décidé de punir des officiers qui n’ont rien à se reprocher, sans justification ni critères cohérents », a déclaré ce mois-ci un responsable militaire cité par le site d’information Ynet.
« Au lieu de stabiliser le système, le ministre sème le chaos et tente de donner des leçons au chef d’état-major », a confié un autre officier supérieur au même média.
Il reste à savoir si Zamir parviendra à résister aux pressions et à nommer les officiers qu’il juge les plus qualifiés pour ces postes, ou s’il continuera à céder aux exigences de Katz.
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