La promesse d’une démocrate texane de « castrer » les sionistes souligne les tensions anti-Israël qui agitent la politique américaine
L'appel d'une candidate au Congrès à emprisonner les "sionistes US" indigne d'autres démocrates, à l'heure où les frontières entre droite et gauche, entre critique d'Israël et antisémitisme, ne cessent de s'estomper
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Cette semaine, l’appel lancé par une candidate texane au Congrès à emprisonner et à castrer les « sionistes » a secoué le Parti démocrate auquel elle appartient, tandis que les élus ont exprimé leur inquiétude et dénoncé l’antisémitisme en politique.
Deux démocrates, les représentants américains Josh Gottheimer et Jared Moskowitz, ont déclaré dans un communiqué conjoint que si cette candidate, Maureen Galindo, entrait au Congrès, ils « imposeraient chaque jour un vote visant à la faire exclure ».
Par ailleurs, tous les démocrates du Congrès ont souscrit à une déclaration commune affirmant que ses « opinions abjectes, fanatiques et antisémites » étaient contraires aux valeurs de leur parti.
Le discours antisémite de Galindo ne constitue toutefois pas un cas isolé : il témoigne de la confusion qui règne dans la politique américaine autour des question d’Israël, des Juifs et de l’anti-sionisme.
En mars, Galindo a remporté les primaires dans la 35e circonscription du Texas, à San Antonio, avec 29 % des voix, devant son rival Johnny Garcia, crédité de 27 %. Le candidat du parti sera désigné lors d’un second tour, prévu la semaine prochaine.
Dans un message Instagram publié la semaine dernière et largement relayé mardi, la candidate s’est engagée à emprisonner les sionistes.
« Elle transformera le centre de détention de l’ICE de Karnes en une prison pour les sionistes américains et pour les anciens agents de l’ICE coupables de traite d’êtres humains. (Ce sera également un centre de castration pour les pédophiles, parmi lesquels on trouvera probablement la grande majorité des sionistes) », a annoncé son équipe de campagne.
Dans d’autres déclarations récentes, Galindo s’en est pris aux « juifs sionistes milliardaires », a rejeté sur Israël la responsabilité du contrôle de l’immigration aux États-Unis, a exigé que les politiciens liés à Israël soient poursuivis pour trahison, et a affirmé que les sionistes contrôlaient les médias.
Contrairement à d’autres anti-sionistes de la scène politique américaine, Galindo fait souvent référence aux « Juifs sionistes ». Si elle s’en prend également aux sionistes chrétiens, elle concentre néanmoins l’essentiel de ses attaques sur Israël.
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Une publication partagée par Maureen Galindo for US Congress (@maureenforcongress)
Galindo considère les sionistes comme une puissance malveillante et dominatrice, ainsi que comme une menace – deux traits caractéristiques de l’antisémitisme.
À propos de son adversaire, elle a déclaré : « Il est financé par les sionistes qui contrôlent San Antonio. Je suis consciente que cela ressemble à une théorie du complot, mais nous disposons des dossiers Epstein à présent. »
Même message, nouvel emballage
Les déclarations de Galindo mêlent des opinions antisémites, anti-sionistes et anti-israéliennes, faisant écho à l’extrême gauche, à l’extrême droite et à des sources anti-israéliennes du Moyen-Orient, et combinent même parfois ces différentes influences en une seule déclaration.
« Ils dirigent les réseaux d’Epstein et ils contrôlent le DHS (Département de la Sécurité intérieure), et c’est justement le but du DHS et de l’ICE : permettre aux Israéliens d’occuper l’Amérique », a-t-elle expliqué au début du mois.
Il est courant, à l’extrême gauche, d’établir un lien entre les forces de l’ordre américaines et Israël – un exemple en est Zohran Mamdani, à New York, lorsqu’il dit que « lorsque la botte du NYPD vous appuie sur la nuque, c’est Tsahal qui l’a lacée ». En revanche, l’allégation selon laquelle les sionistes occupent les États-Unis est plus courante à l’extrême droite. Les suprémacistes blancs qualifient notamment Washington de « ZOG », ou « gouvernement occupé par les sionistes ».
« Il s’agit d’une occupation de l’Amérique par Israël », a déclaré Galindo lors d’une interview à la radio.
Galindo s’est également dite « inquiète, cependant, du génocide perpétré par Israël, et de la possibilité qu’ils tentent de l’importer ici aussi », associant ainsi les accusations de génocide de la gauche concernant Gaza à la représentation par l’extrême droite des Juifs comme une menace existentielle pour les États-Unis.
Galindo puise également ses informations dans des sources anti-israéliennes du Moyen-Orient. Suite aux critiques dont elle a fait l’objet cette semaine, elle a publié, pour se défendre, une vidéo de l’ancien porte-parole du groupe terroriste Front populaire de libération de la Palestine, Ghassan Kanafani. Elle a mentionné les documentaires d’Al Jazeera comme sources d’information, et a célébré la Journée de la Nakba palestinienne.
Une grande partie de son discours s’inscrit dans une perspective de gauche, notamment lorsqu’elle accuse les sionistes d’être des « colonisateurs génocidaires » coupables de « crimes contre l’humanité », lorsqu’elle présente le conflit comme une lutte pour les droits des peuples autochtones, lorsqu’elle impute à Israël la responsabilité des problèmes de santé publique aux États-Unis, et lorsqu’elle s’en prend à des entreprises liées à Israël, comme Caterpillar.
Ses références à une cabale de « juifs sionistes milliardaires », à « la synagogue de Satan » et à « tous les Juifs qui possèdent Hollywood » relèvent quant à elles d’un antisémitisme plus traditionnel et banal.
Son discours hétéroclite témoigne de la porosité croissante entre la gauche et la droite sur les thèmes anti-sionistes, marquant un rare point de convergence. Ainsi, lorsqu’il accuse Israël de génocide et d’assassinat de journalistes, Tucker Carlson tient parfois des propos dignes d’un universitaire progressiste. Et dans une vidéo récente de Canary Mission, on voit Ana Kasparian, de l’extrême gauche, et Nick Fuentes, de l’extrême droite, faire des déclarations quasi identiques sur Israël. Les opinions antisionistes ont d’ailleurs toujours eu tendance à circuler entre les différents camps.
Galindo a durci son discours anti-sioniste ces dernières semaines. Au début de sa campagne, elle a bien mentionné Israël, mais elle se concentrait principalement sur des questions intérieures telles que le logement, l’opposition à l’administration Trump et l’immigration. L’annonce de sa campagne, en février, ne faisait aucune mention d’Israël ou du sionisme. Mais dans ses récentes interventions, qu’il s’agisse de publications sur les réseaux sociaux, d’interviews ou de meetings de campagne, presque toutes ses interventions concernent Israël.
Galindo insiste sur le fait qu’elle n’est pas antisémite, mais simplement anti-sioniste. À ses yeux, les Juifs anti-sionistes sont les « vrais Juifs », et les Juifs sionistes sont coupables d’antisémitisme.
« Les Sémites sont les peuples autochtones de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Quant aux sionistes, ce sont des colonisateurs européens en Israël. Ce sont eux les antisémites », a-t-elle affirmé.
Malgré les dénégations de Galindo concernant son antisémitisme, son engagement à jeter les sionistes en prison et à les castrer est allée trop loin pour les démocrates – qui sont pourtant habituellement à l’aise avec l’anti-sionisme.
« Ces propos fanatiques et antisémites n’ont pas leur place dans notre vie politique », a réagi la représentante de New York, Alexandria Ocasio-Cortez.
Les démocrates juifs du Congrès ont également rejeté la distinction faite par Galindo.
« Ses discours haineux, de plus en plus virulents, et sa récente menace d’envoyer les Juifs dans des camps de concentration, sont inacceptables dans la politique américaine », a souligné un communiqué conjoint de tous les membres juifs démocrates du Congrès.
Galindo n’est pas la seule fanatique en politique
Mardi, outre les discours de Galindo, une autre controverse liée à Israël a agité la scène politique américaine. Chris Rabb, un progressiste anti-Israël qui a relayé un message affirmant que la tuerie de Bondi Beach avait été orchestrée par des « sionistes », a remporté la primaire en Pennsylvanie. (Rabb s’est par la suite désolidarisé de ce message, assurant qu’il avait été posté par un ancien membre de son équipe.)
À l’autre bout du spectre, le représentant américain anti-israélien Thomas Massie, battu lors d’une primaire, a indiqué être dans l’impossibilité de féliciter immédiatement son adversaire, au motif que ce dernier se trouvait « à Tel Aviv ».
Comble de la confusion, Galindo bénéficierait par ailleurs du soutien financier d’un super PAC lié aux républicains, dont l’objectif serait apparemment de favoriser le candidat démocrate le moins bien placé dans la course.
Les démocrates juifs et les dirigeants du parti ont vivement reproché aux républicains leur soutien présumé à Galindo.
« Ils mettent délibérément en avant l’une des figures antisémites les plus grotesques de la politique américaine actuelle, dans l’espoir que cela les aide à remporter la victoire », a déploré la Democratic Majority for Israel.
En réponse à la controverse, Galindo a répondu mercredi : « Quand je dis que je veux envoyer les sionistes milliardaires en prison, cela ne signifie pas que je veux envoyer les Juifs dans des camps d’internement, alors pourquoi est-ce que je reçois autant de menaces de mort et d’insultes de la part des MAGA ? »
« Je me rends compte que les MAGA et les Juifs sionistes sont en fait les mêmes personnes, ils parlent exactement de la même manière », a-t-elle ajouté. « Ils veulent créer un État religieux aux États-Unis… L’objectif du sionisme, c’est de créer des États religieux suprémacistes blancs. »
« Vous êtes un danger pour l’humanité. Votre place est en prison », a-t-elle lancé.
Toutes les idées de Galindo sont déjà bien connues. Les nazis ont envoyé les Juifs dans des camps, dans lesquels certains ont été castrés ou stérilisés ; ils considéraient les Juifs comme une menace génocidaire pour leur société, et ils leur attribuaient des tendances pédophiles. De nombreuses idées anti-sionistes de gauche, notamment la distinction entre anti-sionisme et antisémitisme, ont été popularisées par une campagne de propagande soviétique au milieu du XXe siècle. L’affirmation de Galindo selon laquelle les Juifs sont des Européens fait pour sa part écho à l’hypothèse khazare, aujourd’hui réfutée. Les manifestants anti-sionistes scandent fréquemment des slogans appelant à l’élimination des sionistes, et traitent les passants juifs de « pédophiles ».
Galindo fait converger tous ces courants, issus d’époques passées et d’idéologies diverses, en une seule et même personne.
Anomalie ou signe avant-coureur ?
Reste à déterminer si Galindo est une simple anomalie ou un signe avant-coureur dans la politique américaine, dans un contexte où les frontières continuent de s’estomper entre anti-sionisme, antisémitisme et théories du complot liées à Israël, d’une part, et entre l’hostilité envers Israël à droite et à gauche, d’autre part. La fenêtre de tolérance dans le discours politique américain sur Israël s’est déjà considérablement réduite depuis le début de la guerre à Gaza.
De plus, la raison pour laquelle l’appel de Galindo à emprisonner les sionistes a provoqué une telle réaction chez les démocrates, et non ses déclarations antérieures ou d’autres controverses antisémites au sein du parti, comme le tatouage nazi de Graham Platner ou les déclarations ambiguës d’Abdul El-Sayed concernant l’Iran, le Hamas et une attaque contre une synagogue du Michigan, demeure obscure.
Même Hasan Piker, partisan de la gauche radicale et fervent défenseur des candidats anti-sionistes, a fait part de sa perplexité face à Galindo en découvrant ses propos pour la première fois lors d’un livestream.
« Je n’ai simplement jamais rien vu de tel. Certaines de ses déclarations me font dire ‘Oh mon Dieu, c’est génial’, et d’autres, ‘Oh mon Dieu, c’est insensé' », a expliqué Piker. « Je ne sais pas quoi en penser. »
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