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La société arabe intensifie ses protestations contre la criminalité dans les rues juives

Après des années de meurtres effrénés, les Arabes israéliens se mobilisent en se joignant aux Juifs qui manifestent contre le gouvernement Netanyahu depuis janvier 2023

Des manifestants protestant contre ce qu'ils considèrent comme la négligence du gouvernement face au crime organisé dans la société arabe, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
Des manifestants protestant contre ce qu'ils considèrent comme la négligence du gouvernement face au crime organisé dans la société arabe, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Samedi soir, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés dans les rues de Tel Aviv pour exprimer leur frustration envers le gouvernement. Ils ont défilé de la Place des Otages jusqu’à Habima, brandissant des drapeaux noirs et accusant l’État d’abandonner ses citoyens à leur sort.

La vaste place Habima a été le théâtre de nombreux rassemblements anti-gouvernement le samedi soir depuis janvier 2023, principalement organisés par la grande communauté juive laïque et libérale de Tel Aviv, désemparée face au virage à droite pris par le pays sous la direction du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Cette fois-ci, les habitués ne représentaient toutefois que la moitié de la foule. L’autre moitié, ainsi que les chefs de file de la manifestation, provenaient de la minorité arabe israélienne. La plupart d’entre eux étaient venus dans la ville côtière à bord d’autobus affrétés pour l’occasion dans tout le pays.

Au cours des deux dernières semaines, des manifestations et des grèves quotidiennes ont secoué la communauté arabe dans le cadre d’une lutte naissante contre la violence des groupes criminels, que les dirigeants arabes imputent à la négligence de l’État.

Cette prise de conscience politique survient après des années de vague de criminalité ayant entraîné un nombre sans précédent de meurtres au sein des communautés arabes, avec 252 personnes tuées l’an dernier, soit une augmentation de près de 300 % par rapport à 2017.

Le mouvement a été déclenché fin janvier, lorsque des commerçants arabes de la ville de Sakhnin, dans le nord du pays, ont fait grève pour protester contre les extorsions de la mafia qui les protégeait. Il s’est ensuite étendu à d’autres villes arabes et, quelques jours plus tard, des dizaines de milliers de manifestants, pour la plupart arabes, ont envahi les rues de Sakhnin pour exiger que des mesures soient prises afin de débarrasser leurs villes du fléau de la criminalité violente.

Des manifestants arabes et juifs protestant contre la criminalité et la négligence du gouvernement, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Le rassemblement de Sakhnin n’était pas le premier organisé par les Arabes israéliens pour protester contre la criminalité, mais il était l’un des plus importants. À la différence de nombreuses manifestations précédentes, il s’inscrivait dans le cadre d’une initiative visiblement bien organisée et soutenue, visant à exercer une pression sur le gouvernement sur cette question. Pourtant, comme les autres, il est passé presque inaperçu auprès de la majorité juive du pays.

La manifestation de samedi soir visait à changer cela en diffusant un message simple à l’attention des Juifs d’Israël, et plus particulièrement de l’opposition politique : vous ne pouvez plus ignorer ce problème, pas plus que vous n’avez pu ignorer la crise des otages, la refonte du système judiciaire, le coût de la vie ou toute autre question qui a poussé les masses à descendre dans les rues de Tel Aviv.

Jamal Zahalka, qui dirige le High Follow-Up Committee for Arab citizens of Israel, l’organe dirigeant des citoyens arabes d’Israël, organisateur de la manifestation, a qualifié la participation des Juifs de « véritable acte de solidarité civique ».

« La guerre n’a pas éteint la solidarité civique [entre Juifs et Arabes] », a déclaré Zahalka, ancien député du parti arabe radical Balad.

Des milliers de personnes participant à une manifestation contre la violence dans la communauté arabe, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« On peut espérer que les Juifs et les Arabes parviennent à travailler ensemble, non seulement contre la criminalité, mais aussi sur d’autres sujets. »

Bien que la manifestation ait commencé comme un mouvement populaire, Zahalka espère qu’en prenant les rênes et en mettant en avant la question la plus pressante de la communauté arabe auprès des Juifs opposés à Netanyahu, il pourra obtenir le consensus nécessaire pour exercer une réelle pression sur le gouvernement.

Le rassemblement de samedi soir était un avant-goût du type de mouvement que Zahalka espère voir se produire pour paralyser le pays lors d’une grève majeure de plusieurs jours, soutenue à la fois par les Arabes et les Juifs.

En observant la foule rassemblée sur la place Habima, on pouvait voir un mélange hétéroclite de pancartes rédigées en arabe et en hébreu arborant des slogans accusant le gouvernement et les forces de l’ordre d’être impliqués dans la spirale de violence.

Des milliers de personnes participant à une manifestation contre le crime organisé dans la communauté arabe, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Dans une union quelque peu surréaliste, les manifestants arabes portaient des keffiehs – foulard irakien censé protéger du soleil et du sable qui est devenu un symbole du nationalisme palestinien – tandis qu’une poignée de manifestants juifs brandissaient des drapeaux d’Israël. La plupart des drapeaux étaient toutefois peints en noir, en signe de la lutte croissante de la société arabe contre la criminalité.

« Il s’agit de la plus grande manifestation mixte de l’histoire d’Israël ; il n’y a rien eu de tel dans l’histoire récente », a déclaré Thair Abu Ras, analyste politique à l’Institut Van Leer, basé à Jérusalem.

« La stratégie actuelle [des dirigeants arabes] consiste à faire en sorte que la lutte ne s’essouffle pas, afin que cette question reste au premier plan de l’agenda politique israélien. »

L’étincelle de Sakhnin

Ali Zbedat, propriétaire d’une chaîne de supermarchés, qui a contribué à déclencher une grève générale dans la société arabe sur la question des homicides criminels violents, s’adressant à la foule lors d’une manifestation, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

La lutte actuelle contre la criminalité a commencé dans la ville de Sakhnin, dans le nord du pays, lorsque Ali Zbedat, propriétaire d’une chaîne de supermarchés bien connue, a révélé publiquement avoir été la cible de plusieurs fusillades près de l’un de ses magasins, dont la dernière a été filmée par une caméra de sécurité.

L’année 2025 a été la plus meurtrière jamais enregistrée pour cette communauté, avec 252 personnes tuées dans des homicides criminels violents. La tendance s’est encore aggravée en 2026, avec 37 citoyens arabes tués dans des homicides depuis jeudi, dont huit en deux jours.

La plupart des membres de la communauté arabe considèrent le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, comme l’un des principaux responsables de cette situation. Ils affirment que, sous sa supervision, la police se montre de plus en plus négligente envers les villes arabes.

Selon les critiques, sous son autorité, la police n’a pas fait grand-chose pour lutter contre l’emprise du crime organisé sur les villes arabes, préférant se concentrer sur la lutte contre le terrorisme ou l’anarchie qui s’étend aux quartiers juifs.

Des milliers de personnes participant à une manifestation contre la violence dans la communauté arabe, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans de nombreuses villes arabes, les commerçants sont ainsi contraints de fermer boutique à la tombée de la nuit, les parents ont peur de laisser leurs enfants sortir, et des fusillades mortelles ont lieu presque quotidiennement.

Selon les experts, le taux d’homicides était déjà en hausse avant l’entrée de Ben Gvir au gouvernement, sous l’effet des politiques gouvernementales qui ont permis la prolifération du crime organisé dans les villes arabes. Mais depuis son arrivée, le problème est passé de grave à inimaginable affirment ses détracteurs.

En 2023, première année du mandat de Ben Gvir, le taux d’homicides avait plus que doublé, passant de 116 à 245. Il avait légèrement baissé en 2024 avant d’atteindre de nouveaux sommets l’an dernier.

Les forces de l’ordre sont conscientes de ce fléau et mettent souvent en avant leurs efforts pour « retirer les armes à feu de la rue arabe », mais sans grand succès.

Des manifestants avec des panneaux arborant les photos de cinq Arabes israéliens tués la veille de leur rassemblement dans la ville de Yafa, à l’ouest de Nazareth, le 9 juin 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Dans des communiqués officiels, la police a également exprimé sa frustration face à l’intimidation des habitants par les criminels, intimidation qui entrave ses efforts pour lutter contre la violence dans les quartiers arabes.

Les réseaux criminels ont en effet fini par dominer certains quartiers, voire des villes entières, instillant la peur chez les habitants qui craignent de devenir des cibles s’ils se tournent vers la police.

C’est cette intimidation qui a donné tant d’importance à la décision de Zbedat de fermer ses commerces. Après avoir annoncé avec son fils Ibrahim la fermeture de leurs enseignes jusqu’à nouvel ordre, d’autres commerçants ont suivi leur exemple.

Sans le vouloir, Zbedat a déclenché une grève générale dans la ville, théâtre d’une série de fusillades quasi quotidiennes perpétrées par des groupes criminels cherchant à extorquer les commerçants en les intimidant pour qu’ils paient des frais de protection.

Un enfant se tenant devant une grande banderole proclamant : « Ensemble, nous vaincrons la violence, la criminalité et l’extorsion. Sakhnin répond à l’appel », lors d’une manifestation contre la vague de criminalité violente qui frappe la société arabe, à Sakhnin, dans le nord d’Israël, le 22 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

« C’est quelque chose qui s’organise depuis la base », a expliqué Abu Ras.

« Les dirigeants arabes ont aidé à l’organisation, mais ils ne sont intervenus qu’après avoir constaté que la base s’organisait, en particulier à Sakhnin. »

Cette initiative est devenue un moteur important de la politique arabe.

À la suite de la mobilisation de Sakhnin, les quatre principaux partis arabes impliqués dans la politique de la Knesset, Balad, le parti islamiste Raam, le parti laïc Taal et le parti communiste Hadash, ont convenu d’étudier la possibilité de se regrouper pour les prochaines élections législatives. Cette initiative pourrait donner aux politiciens arabes une influence significative sur la scène politique.

Yousef Makladeh, sondeur de renom à la tête du cabinet d’études Statnet, a expliqué au Times of Israel que dans le contexte de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, les partis arabes s’étaient moins concentrés sur la criminalité, qu’il a qualifiée de « problème le plus douloureux » pour la minorité.

« Auparavant, ils se concentraient beaucoup plus sur la solution à deux États, sur la paix », a-t-il poursuivi.

Mais cette approche n’était pas en phase avec la plupart des citoyens arabes, dont beaucoup ont le sentiment de risquer leur vie à chaque fois qu’ils quittent leur domicile.

« Bien sûr, cela ne signifie pas que la population arabe n’était pas opposée à la guerre à Gaza », a ajouté Makladeh.

« Mais dès qu’un cessez-le-feu a été conclu, la question de la paix a immédiatement été reléguée au second plan au profit de la lutte contre la criminalité et les réseaux mafieux. »

Selon ce sondeur, ce n’est pas un hasard si l’étincelle initiale est venue de Sakhnin, un bastion politique de la société arabe.

Lors des dernières élections législatives, 68 % des habitants de cette ville se sont rendus aux urnes, un taux nettement supérieur à la moyenne de 53 % enregistrée chez les Arabes israéliens.

D’après Makladeh, cet arrêt soudain de l’activité à Sakhnin a incité les députés de la Knesset et les dirigeants communautaires à agir.

Les magasins fermés pendant une grève nationale organisée par la communauté arabe pour protester contre la gestion des crimes violents par la police, dans la ville de Sakhnin, au nord du pays, le 22 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

C’est alors que le High Follow-Up Committee, principale organisation faîtière de la société arabe, est intervenu en appelant à une grève générale dans tout le pays. Les villes et villages arabes ont baissé le rideau à travers tout le pays et des dizaines de milliers de personnes ont afflué à Sakhnin pour une grande marche contre la criminalité.

Depuis, des manifestations ont lieu quotidiennement dans les localités arabes.

À Tamra, des parents inquiets ont marché jusqu’au poste de police après qu’une fusillade a secoué une école primaire voisine, des étudiants arabes ont organisé des manifestations sur les campus et les villes touchées par des homicides décrètent désormais la grève le lendemain des faits.

Cependant, pour que ces manifestations incitent le gouvernement à agir, Zahalka en est venu à la conclusion qu’il fallait les étendre au-delà de la communauté arabe israélienne.

Contrairement à Mansour Abbas, son ancien collègue politique, qui a cherché à obtenir des avantages pour les Arabes en proposant son parti Raam comme partenaire potentiel du gouvernement, Zahalka emprunte une voie différente. Il cherche à s’associer à ceux qui ont le pouvoir de faire pression sur le gouvernement depuis l’extérieur.

Forcer la main au gouvernement

Le rassemblement de Tel Aviv a été la première tentative de gagner dans le cœur de la société juive par le High Follow-Up Committee, dont le nouveau président s’efforce désormais de le hisser au rang d’acteur politique majeur.

Zahalka a été élu président de l’organisation en novembre. Il est l’ancien chef du parti Balad, dont les membres se sont ouvertement identifiés au nationalisme palestinien, rejetant la gauche israélienne.

Des membres du mouvement « Standing Together » manifestant contre la montée de la violence dans les communautés arabes en Israël, devant le siège de la police nationale israélienne, à Jérusalem, le 23 novembre 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Lors des dernières élections législatives, Balad n’a pas réussi à franchir le seuil de la Knesset, faisant perdre à la communauté environ quatre sièges au Parlement.

Si la Liste arabe unie se reforme, l’alliance des partis arabes fera probablement partie d’une force politique qui pourrait jouer un rôle déterminant dans les négociations de coalition, ce qui lui donnerait un levier important.

Alors que la manifestation de samedi était axée sur la criminalité, Zahalka y a vu un moyen de relancer la participation politique arabe après deux ans de silence relatif durant la guerre.

Selon lui, la « solidarité civique » peut s’étendre à d’autres questions qui, selon les critiques, ont été négligées par le gouvernement, comme l’éducation, les affaires sociales et l’urbanisme.

Jamal Zahalka, leader de la communauté arabo-israélienne, s’exprimant lors d’une manifestation contre la violence dans la communauté arabe, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous voulons mobiliser l’opinion publique arabe contre la criminalité. Cela fonctionne dans les deux sens : d’une part, pour exercer une pression sur les organisations criminelles, et d’autre part, pour faire comprendre au gouvernement que toute la population crie au scandale. Ensuite, pour envoyer un message au gouvernement et lui faire comprendre que toute la population crie au scandale », a-t-il expliqué cette semaine au Times of Israel.

« Mais nous ne nous faisons pas d’illusions. Essayer de dialoguer avec ce gouvernement, c’est comme parler à un mur », a-t-il ajouté.

Au lieu d’essayer d’utiliser les leviers politiques, Zahalka espère « exercer une pression et forcer le gouvernement à changer sa politique ».

L’un des moyens d’y parvenir « est de solliciter l’aide de la société juive en Israël », a-t-il déclaré.

Ainsi, l’ancien chef du parti Balad, qui n’avait pas hésité à haranguer l’opposition libérale israélienne pendant ses années en politique partisane, s’est retrouvé sur scène à mener cette même foule dans un chant en hébreu : « Assez de violence ! »

Mais Zahalka a souligné qu’il n’avait pas caché ses opinions politiques à la foule.

« Pendant la manifestation, j’ai également parlé de Gaza, d’un État palestinien et de la fin de l’occupation [la présence israélienne], et j’ai été applaudi », a-t-il déclaré.

« C’est une manifestation sur laquelle nous pouvons nous appuyer. »

Depuis qu’il a pris la présidence, Zahalka tente d’accroître l’importance du High Follow-Up Committee au sein de la société juive.

Sous sa direction, l’organisation a notamment réussi à convaincre plusieurs universités israéliennes de publier des communiqués de soutien à la manifestation de Tel Aviv, et envisage désormais de communiquer en hébreu sur les réseaux sociaux.

Son objectif à long-terme est de mener une grève générale de trois jours contre la criminalité, qui inclurait non seulement la société arabe, mais aussi les organisations juives. Il espère même obtenir la participation de la Histadrout, la plus grande organisation syndicale d’Israël, mais il n’est pas certain que cela soit réalisable.

« Le fait que des Juifs soient venus manifester sous la bannière du High Follow-Up Committee revêt une importance majeure », a souligné Zahalka.

Une femme tenant une pancarte sur laquelle est écrit « êtres humains » en hébreu et en arabe, lors d’une manifestation appelant à agir pour mettre fin au crime organisé dans la communauté arabe, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Pourquoi sont-ils venus ? Par sens des responsabilités. »

Elad, un manifestant juif originaire de Rehovot, semblait partager cet avis. Il a expliqué que ses liens avec la minorité arabe d’Israël n’étaient pas très étroits, mais a souligné que « nous avons besoin d’égalité et de droits pour tous les citoyens ».

« Ce sont des citoyens comme les autres. »

Dans une interview accordée au Times of Israel à Tel Aviv, il a établi un parallèle entre l’incapacité des forces de l’ordre à endiguer la criminalité et celle de l’armée à repousser le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.

« Nous avons un gouvernement qui abandonne tous ses citoyens, qui a permis le meurtre de plus de 1 000 d’entre eux le 7-Octobre et qui a permis le meurtre de plus de 700 citoyens arabes dans le cadre d’actes criminels », a-t-il déclaré, faisant référence au nombre de victimes arabes d’homicides au cours des trois dernières années.

« Bien sûr, ce sont deux choses différentes, mais elles sont liées par un même fil conducteur : le gouvernement s’en moque. »

Se rassembler

La question de la criminalité au sein de la société arabe n’est pas passée inaperçue auprès des Israéliens juifs.

Le président Isaac Herzog (3ᵉ à partir de la gauche) en visite dans l’épicerie d’Ali Zbedat, qui a contribué à déclencher une grève générale dans la société arabe contre la criminalité violente, lors d’un déplacement à Sakhnin en compagnie du maire de cette ville du nord, Mazen Ghnaïm (à sa gauche), le 29 janvier 2026. (Crédit : Autorisation)

Plusieurs organisations mixtes, dont Standing Together et Abraham Initiatives, ont tenté de sensibiliser l’opinion publique et de dénoncer ce problème, notamment en organisant des rassemblements à Tel Aviv avec des funérailles simulées et des militants couverts de « sang » manifestant devant le bureau de Netanyahu.

Le président Isaac Herzog a également fait de cette question une priorité de son agenda, la qualifiant d’urgence nationale.

Le mois dernier, il s’est rendu à Sakhnin, dans le nord du pays, pour rencontrer Zbedat, l’initiateur de la grève, puis Qasem Awad, un père endeuillé qui s’est particulièrement exprimé sur la criminalité après la mort violente de son fils Abdallah, abattu début février 2025.

Awad fait partie des nombreux proches de victimes d’homicides que Standing Together tente de rassembler au sein d’un mouvement politique unifié.

Cette association, que certains considèrent comme une menace politique pour les dirigeants arabes en place sous l’égide du High Follow-Up Committee, a participé au rassemblement de samedi soir, mais a également organisé ses propres manifestations, notamment en bloquant la circulation sur l’autoroute Ayalon à Tel Aviv le mois dernier.

« J’ai essayé de rester silencieux pendant une année entière, je n’ai pas bougé, mais je ne peux plus me retenir », a déclaré Awad lors d’une conférence organisée par Standing Together dans un hôtel de Nazareth la semaine dernière, s’engageant à poursuivre les manifestations.

La semaine prochaine, les deux groupes organiseront des manifestations distinctes, soulignant les tensions qui les opposent.

Dimanche, l’organisation de Zahalka prévoit de se rassembler à Jérusalem en faisant venir des militants de tout le pays en bus.

Qasem Awad, le père d’Abdallah Awad, un pédiatre assassiné à Kafr Yasif, s’exprimant au sujet du meurtre de son fils, à Nazareth, le 29 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Mardi, Standing Together organisera une « journée de perturbation » appelant les manifestants à s’habiller en noir et à descendre dans les rues pour des manifestations nationales en soirée.

Abu Ras a toutefois exprimé son scepticisme quant à la possibilité de voir se reproduire prochainement une manifestation mixte, un événement rare.

« La société israélienne est tellement divisée, le manque de confiance entre les deux communautés est tellement profond », a-t-il déploré.

Il a toutefois ajouté que la vue de dizaines de milliers de citoyens arabes et juifs manifestant pacifiquement à Tel Aviv pourrait « légitimer la coopération entre Arabes et Juifs au niveau politique » au sein de l’opposition, brisant ainsi la longue hésitation de la plupart des partis à majorité juive à s’associer aux factions arabes.

À l’approche des élections législatives, seul le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, a exprimé son soutien à une telle coopération.

S’exprimant après la manifestation de samedi, le chef du parti Hadash-Taal, le député Ayman Odeh, a déclaré au Times of Israel que ce rassemblement constituait « un tournant dans la lutte commune des sociétés juive et arabe ».

Odeh, qui défend depuis des années l’idée d’une coopération politique entre les citoyens arabes et les libéraux juifs, a estimé que cette manifestation pourrait marquer le début d’une participation réciproque des Arabes aux manifestations contre l’actuel gouvernement de droite israélien, ce qui constituerait un changement par rapport au statu quo.

« C’est également l’occasion d’appeler les citoyens arabes à participer aux manifestations contre le coup d’État », a-t-il ajouté, en référence à la refonte du système judiciaire largement controversée et, plus généralement, aux politiques de la coalition Netanyahu.

« C’est une lutte commune pour nous tous. »

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