Le parcours semé d’embûches d’un skieur israélien vers les pistes des JO d’hiver
Pour Attila Mihaly Kertesz, originaire de Hongrie, qui a débuté le ski de fond en 2018, représenter Israël aux JO d'hiver est "un cadeau que je peux offrir en retour à mon pays"
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Attila Mihaly Kertesz est un athlète olympique improbable. Et il l’est encore davantage en tant qu’athlète israélien.
En février prochain, Kertesz, vétérinaire de 37 ans né et élevé en Hongrie, qui vit aujourd’hui en Thaïlande, s’élancera, drapeau israélien sur le bras, sur les pistes de ski de fond de Milan-Cortina 2026, lors des Jeux olympiques d’hiver.
Ce n’est pourtant qu’en 2018 qu’il a débuté ce sport.
« Au début, je n’en ai que très peu parlé. Je pensais que les gens seraient sceptiques », a déclaré Kertesz au Times of Israel lors d’une récente interview téléphonique.
Il s’attendait en effet à ce qu’on lui réponde : « Ce n’est pas réaliste. Tu es trop vieux. Essaie autre chose », raconte-t-il. « Et je ne voulais pas entendre ces voix négatives. Je n’ai donc parlé de mon objectif qu’à très peu de personnes. »
Mais le 7 décembre, Kertesz a accompli ce que beaucoup croyaient impossible, en se qualifiant lors de la Coupe du monde de ski de fond FIS organisée à Trondheim, en Norvège, décrochant ainsi une place aux Jeux olympiques.
L’an prochain, il sera donc l’un des rares athlètes à représenter l’État juif à Milan-Cortina. Israël, qui a fait ses débuts aux Jeux olympiques d’hiver en 1994, n’y a encore jamais remporté de médaille. Le pays, plus connu pour son climat méditerranéen ensoleillé que pour sa neige ou sa glace, n’a envoyé que six athlètes aux Jeux de 2022 à Pékin, et n’en a jamais présenté plus de dix.
Entrer dans l’Histoire est l’une des raisons qui ont poussé Kertesz à participer aux Jeux d’hiver, et à devenir le premier skieur de fond olympique de l’histoire d’Israël.
« Être le premier skieur de fond israélien, c’est historique », a-t-il déclaré. « Je me suis dit : ça, c’est un cadeau que je peux offrir à mon pays. »
Le long chemin vers la citoyenneté
Le parcours de Kertesz pour devenir citoyen israélien a été presque aussi tortueux que celui qui l’a conduit aux Jeux olympiques. En 2015, a-t-il indiqué, lui et sa famille ont décidé de quitter la Hongrie pour s’installer en Israël, où les origines juives de sa femme leur permettaient de prétendre à la citoyenneté.
Ils ont déménagé à Tel Aviv en février 2020. « Et nous attendions la dernière étape de l’alyah. C’est alors que la COVID a frappé. La bureaucratie s’est figée. Nous n’avions pas les documents légaux pour rester en Israël, et nous avons donc dû retourner en Hongrie. Ce n’est pas ce que nous voulions, mais nous n’avons pas eu le choix. »
En février 2022, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine, la famille a ressenti le besoin de fuir la Hongrie, s’installant en Thaïlande en attendant la finalisation des documents requis pour Israël. C’est l’année suivante, qu’ils ont relancé le processus d’immigration. Ils ont « rassemblé à nouveau tous les documents, et obtenu tous les feux verts. Nous avions même réservé notre vol », a expliqué Kertesz.
Leur vol était prévu pour le 10 octobre 2023, mais il a été annulé, à la suite du pogrom perpétré par le Hamas trois jours plus tôt.
Ce n’est qu’à l’été 2024, a ajouté Kertesz, que « nous avons pu prendre l’avion pour Israël, obtenir la citoyenneté et régler toutes les formalités administratives ».
Pour l’instant, a-t-il précisé, ils restent en Thaïlande, où les deux enfants de la famille « fréquentent une très bonne école ». Mais « nous voulons absolument déménager [en Israël] dès que nous en aurons la possibilité ».
Le rêve chimérique des Jeux olympiques
Kertesz, parallèlement à ce parcours semé d’embûches pour obtenir la citoyenneté israélienne, poursuivait également le rêve chimérique de participer aux Jeux olympiques dans un sport qu’il n’avait commencé qu’en 2018. Adolescent, il avait pratiqué le kayak à haut niveau, mais avait arrêté lorsqu’il avait intégré l’école vétérinaire.
« En 2018, c’était peut-être la deuxième fois que je pratiquais le ski de fond, et j’ai tout de suite adoré », raconte Kertesz. « C’est un sport qui engage tout le corps… Il faut pousser avec les bras, avec les épaules, et il faut aussi avoir un tronc fort, gainé. »
Israël n’a pas de fédération nationale de ski. Le Comité olympique israélien, pour sa part, se montrait sceptique quant aux chances de Kertesz, s’est-il souvenu.
« Je suis convaincu qu’au début, ma participation aux Jeux olympiques leur apparaissait comme peu réaliste », a-t-il déclaré. Mais « à présent, ils me soutiennent énormément ».
Kertesz espère que ses débuts olympiques inciteront les Israéliens, jeunes et moins jeunes, à s’intéresser aux sports d’hiver en général et au ski de fond en particulier.
« J’avais 30 ans lorsque j’ai décidé de me lancer dans la compétition », a-t-il souligné. « Il n’est jamais trop tard quand on est motivé. »
Kertesz a entièrement autofinancé tout son parcours. « Si j’avais su dès le début combien cela allait me coûter, je ne me serais peut-être même pas lancé », avoue-t-il, précisant avoir jusqu’à présent dépensé quelque 140 000 dollars pour ses projets. Les skieurs de fond professionnels, dit-il, « finissent par avoir 40, 50, voire 60 paires de skis » afin de pouvoir s’adapter aux différentes conditions d’enneigement.
« Je ne possède qu’une seule paire de skis de fond de niveau professionnel ou de compétition », explique Kertesz qui, à chaque compétition, espère que « le jour de la course, la neige correspondra à mes skis ».
Après les qualifications, il ne reste que du bonus
Dès qu’il a obtenu sa citoyenneté israélienne, Kertesz raconte s’être lancé à corps perdu, ou plutôt sur les pistes de ski, en participant à toutes les courses requises pour se qualifier pour les Championnats du monde de ski nordique FIS, qui ont eu lieu en février 2025.
Une fois sur place, « j’ai raté le quota olympique de seulement trois secondes sur un parcours de 30 minutes », se souvient-il. « J’étais totalement dévasté, triste et déprimé. Mais je me suis dit qu’à ce stade, je ne pouvais tout simplement pas abandonner. »
Plusieurs autres occasions se sont présentées permettant d’atteindre le quota olympique, notamment une course organisée en novembre en Finlande, où Kertesz explique avoir « encore raté le quota de 16 secondes ».
À l’approche de l’occasion suivante, prévue en Norvège début décembre, Kertesz reconnait avoir pensé qu’il n’avait « aucune chance ici », notamment parce que la course se déroulait en style libre – et non en style classique, celui dans lequel il s’était principalement entraîné.
« Je me suis dit : OK, je n’ai aucune chance réaliste ici. Reste calme, ne gâche pas tout, garde ton rythme très calmement – et cela a suffi. J’ai été surpris », poursuit-t-il.
« Je n’arrivais pas à croire que j’étais qualifié, je pleurais », se rappelle Kertesz du moment où il a appris qu’il avait enfin atteint les quotas nécessaires.
Aujourd’hui, à seulement deux mois de ses débuts olympiques, Kertesz se fixe des objectifs réalistes pour ses performances sur les pistes.
« Tout le monde se prépare très sérieusement. Même si personne ne veut finir dernier aux Jeux olympiques, quelqu’un le sera », a-t-il déclaré. Il pense pouvoir rivaliser avec les autres pays qui ne comptent pas d’athlètes performants dans les sports d’hiver, notamment l’Afrique du Sud, la Macédoine, le Maroc et le Venezuela.
Pour Kertesz, quel que soit le résultat final, « nous avons déjà réalisé notre rêve de participer aux Jeux olympiques »
Le parcours passé à poursuivre ses rêves, tout au long des nombreuses années qu’il a duré, « a été très, très difficile », indique Kertesz. « Mon message serait donc le suivant : si vous pouvez le rêver, alors vous pouvez le réaliser ».
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