Les ex-otages Gali et Ziv Berman veulent désormais passer à autre chose
Dans leur première grande interview, les jumeaux décrivent l'étrange repas organisé sur la plage par le chef du Hamas à Gaza ; ils refusent toujours de rentrer à Kfar Aza
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Gali et Ziv Berman, les jumeaux de 28 ans qui ont été retenus séparément pendant deux ans dans les geôles du groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, se sont confiés sur leur enlèvement, leur captivité, leur libération et leur rétablissement dans une longue interview sur leur calvaire diffusée samedi soir.
Les deux frères ont été enlevés par des terroristes dans le kibboutz de Kfar Aza lors de l’assaut barbare et sanglant mené par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023. Ils ont été pris en otage en même temps que dix-sept autres habitants de Kfar Aza.
Gali et Ziv ont été relâchés lors de la trêve qui a débuté en octobre et cherchent désormais à aller de l’avant.
« Nous ne voulons plus avoir à supporter cette souffrance », a déclaré Gali lors de l’interview accordée à la chaîne N12 et filmée sous le porche de leur maison et dans les environs de Kfar Aza.
Ziv a acquiescé : « Nous avons souffert pendant deux ans. Ça suffit, c’est tout. »
Après quelques rires, les jumeaux ont décrit leur calvaire de deux ans, en commençant par leur enlèvement.
Gali s’est réveillé au son des sirènes annonçant les tirs de roquettes lorsque la première salve a commencé vers 6 h 30 le 7-Octobre. Il a ensuite reçu un appel vidéo d’Emily Damari, une amie proche du kibboutz.
« J’ai peur. Tu peux venir, s’il te plaît ? », lui a-t-elle dit, raconte Gali. Il s’est alors précipité chez elle, sans savoir que les terroristes du Hamas étaient déjà en train de saccager le kibboutz.
Une fois arrivé chez Damari, ils ont attendu tous les deux dans son mamad – abri antiatomique – avec son petit chien, Chucha. La maison a rapidement été encerclée par des terroristes armés.
« Ils ont tiré sur le chien, tiré sur Emily et nous ont dit : ‘Allez, levez-vous !’ », se souvient Gali. Ils ont ensuite été emmenés de force à Gaza, Damari souffrant d’une blessure par balle à la main qui lui coûtera finalement deux doigts.
Pendant ce temps, à leur domicile, le frère de Gali, Ziv, a également été pris en otage.
Les jumeaux ont été détenus dans des tunnels différents, dans des conditions difficiles, pendant les premiers mois de la guerre. Aucun d’eux ne savait que l’autre avait été pris en otage, ni même qu’il avait survécu à l’attaque initiale.
Malgré ces conditions difficiles, Gali n’a jamais perdu espoir de revoir son frère jumeau : « Chaque jour, je leur disais : ‘Je veux voir mon frère’ », a-t-il raconté après avoir appris que son frère était également otage.
Après 183 jours, Gali a été transféré dans un autre tunnel, équipé d’un microphone et placé devant une caméra vidéo. Quelques instants plus tard, Ziv est arrivé.
« J’ai vu Gali, j’ai couru vers lui et j’ai fondu en larmes », se souvient Ziv, ajoutant qu’ils se sont enlacés pendant près de dix minutes, sous l’œil des geôliers qui filmaient la scène.
Ils n’ont pu rester ensemble que pendant deux jours, ont-ils dit.
Selon Ziv, les terroristes du Hamas leur ont dit qu’ils « ne pouvaient pas rester ensemble », car si quelque chose leur arrivait à tous les deux, « votre mère n’aurait pas à pleurer deux fois ».
Gali a ajouté avec sarcasme : « Vous voyez comme ils sont attentionnés ? »
« C’est comme s’ils vous arrachaient une partie de votre corps », a-t-il expliqué à propos de leur séparation.
« Je ne voulais pas être perçue comme faible »
La mère des jumeaux, Talia, a déclaré avoir attendu onze jours avant d’obtenir des informations sur le sort de ses fils après le 7-Octobre.
Lorsqu’elle a reçu des informations suggérant qu’ils étaient en vie, elle a eu du mal à y croire : « J’avais l’impression qu’on me mentait », a-t-elle déclaré.
« J’étais complètement effondrée. J’avais fait mon deuil de mes deux fils. »
Ce n’est qu’au bout de cinquante jours, a-t-elle raconté, après que des otages relâchés lors du cessez-le-feu de novembre 2023 lui ont dit avoir vu les jumeaux en vie, qu’elle s’est autorisée à espérer.
Pendant les deux années où ses fils ont été retenus en otage, Talia a évité toute apparition publique. « Je ne voulais pas être perçue comme faible », a-t-elle expliqué.
La campagne publique pour le retour des jumeaux a été menée en grande partie par sa sœur, la tante des garçons, Maccabit Meyer. Cependant, l’absence de Talia lors des rassemblements en faveur des otages et à la télévision a fait craindre aux jumeaux Berman qu’elle ne soit décédée.
« Je savais que ma mère remuerait ciel et terre pour moi, qu’elle ferait tout ce qui était en son pouvoir », a déclaré Ziv.
« Mais quand je ne l’ai vue nulle part, je me suis dit : bon, le pire est peut-être arrivé. »
Le père de Gali et Ziv, Doron, est atteint de la maladie de Parkinson, une affection qui s’est considérablement aggravée pendant la captivité de ses fils. Lorsque Talia lui a annoncé pour la première fois que les jumeaux avaient été capturés, « ce fut le jour le plus difficile de sa vie », a-t-elle expliqué.
Conscient de l’ampleur de la catastrophe qui s’était abattue sur sa famille, il a cessé de manger, de boire et de prendre ses médicaments. Il a été hospitalisé et y est toujours.
Peur d’une mort imminente
Ziv a décrit en détail l’un des moments les plus terrifiants qu’il ait vécus à Gaza, qu’il a enduré avec son compagnon d’infortune, Omri Miran, alors que les opérations militaires israéliennes s’intensifiaient au-dessus du tunnel où ils étaient retenus.
« Un D9 [bulldozer blindé] au-dessus de nous, des chars au-dessus de nous, vous entendez les maisons s’effondrer sur vous, le sable vous tomber dessus, tout le tunnel bouge », a-t-il raconté.
Leurs geôliers ont crié : « L’armée est là, l’armée descend, l’armée est dans le tunnel », se souvient Ziv.
« Je commence à ressentir quelque chose – je ne sais pas si c’est de l’hyperventilation ou de l’adrénaline – mais mes jambes tremblent. »
Pensant que la mort était imminente, « Omri et moi avons commencé à nous dire au revoir », raconte-t-il.
Gali, qui était détenu dans un autre tunnel, a expliqué qu’il avait supporté sa captivité grâce à un cahier caché, dans lequel il consignait ses rêves et ses peurs.
Barbecue sur la plage avec le chef du Hamas
La première fois que les jumeaux se sont retrouvés n’était pas la seule fois où ils allaient se revoir à Gaza, car une autre rencontre a eu lieu lors d’un événement étrange survenu au début de l’année 2025, après la signature d’un cessez-le-feu en janvier.
Pour célébrer la trêve, se souvient Ziv, le chef du Hamas à Gaza, Izz al-Din al-Haddad, a emmené plusieurs otages, dont les jumeaux Berman, sur une plage pour un barbecue, où ils ont fait griller de la viande aux côtés de terroristes armés.
« Ils ont tourné une belle vidéo, avec une longue table dressée et garnie de toutes sortes de fruits et de légumes », raconte-t-il, décrivant le décor élaboré d’une vidéo de propagande que le Hamas n’a jamais diffusée.
« [Haddad] a mangé avec nous », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il ne s’était adressé aux otages qu’en hébreu.
« Tout cela n’est qu’une comédie pour lui », a déclaré Gali à propos de Haddad, qui a pris la tête du groupe terroriste à Gaza après l’élimination par Israël de Yahya Sinwar, instigateur du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien, en octobre 2024.
Les jumeaux Berman ont ensuite été séparés à nouveau et ne se sont pas revus avant d’être libérés, plus de neuf mois plus tard.
« Ma famille est à nouveau réunie »
Un peu plus de deux ans après leur capture, le 9 octobre 2025, un accord de cessez-le-feu et de libération des otages, négocié par les États-Unis, a été conclu entre Israël et le Hamas, et les frères ont pu rentrer chez eux.
Ils ont été réunis pour la troisième et dernière fois lorsqu’ils ont été transférés de la Croix-Rouge, qui avait reçu les otages libérés par le Hamas, à la garde de l’armée israélienne pour être escortés jusqu’en Israël. Ils ont ensuite été emmenés à la base de Reïm, située juste à l’intérieur du territoire israélien, où ils ont retrouvé leur mère.
Après des examens médicaux initiaux et quelques jours d’hospitalisation, ils ont pu enfin être conduits auprès de leur père, Doron.
« Il les regardait, tournant ses beaux yeux verts d’un côté à l’autre, comme s’il n’arrivait pas à y croire », a raconté Talia à propos de ces retrouvailles. Elle a toutefois précisé que l’état de Doron s’était aggravé au point qu’il ne pouvait plus parler.
« Vous savez, Doron ne recouvrera jamais la santé, d’accord ? », a expliqué Talia.
« Mais il est avec nous, il vit des choses et il ressent des choses, et j’ai enfin l’impression que ma famille est à nouveau au complet. »
Traumatisme et espoir
Bien que les jumeaux soient ravis d’être de retour chez eux, ils ont déclaré que le traumatisme intense causé par leur captivité persistait.
« Il n’y a pas de répit » a admis Ziv.
« Il y a quelques jours, j’ai rêvé de Chucha », a ajouté Gali, se souvenant du chien de Damari, tué au moment de leur enlèvement.
Leur mère, Talia, reste inquiète.
Quand elle leur a demandé s’ils avaient subi de graves abus, Gali a détourné la question avec humour : « Ils m’ont fait prendre un bain. J’avais besoin d’une douche. »
Même s’ils sont de retour en Israël, les jumeaux ne sont pas retournés à Kfar Aza, ravagé le 7-Octobre et n’a pas encore été entièrement reconstruit. Pour l’instant, les Berman vivent au kibboutz Beit Guvrin, à une heure au nord de l’endroit où ils ont grandi.
« Quelqu’un peut-il me garantir ma sécurité là-bas ? », a répondu Gali lorsqu’on lui a demandé s’il était prêt à retourner chez lui.
Pour Talia, la réponse est claire : « Aucune expérience ne pourra jamais réparer ce que nous avons vécu. Ce chapitre est clos. »
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