« Les prières ne suffisent pas » : des familles d’otages appellent au cessez-le-feu à la veille de la grève
La sœur de Shiri Bibas met en garde Israël contre une "destruction morale totale" alors que la prise de contrôle de Gaza-City se profile et que la mobilisation des familles s'intensifie
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Des milliers d’Israéliens ont participé samedi soir à des manifestations dans tout le pays pour exiger qu’Israël conclue un accord global avec le groupe terroriste palestinien du Hamas afin de mettre fin à la guerre à Gaza et d’obtenir la libération de tous les otages encore retenus en captivité, à la veille d’une grève organisée par les familles des otages dans l’espoir de pousser le pays à agir.
Ces manifestations de masse ont eu lieu alors que l’establishment de la défense se préparait à prendre le contrôle de Gaza-City, dans le nord de l’enclave, dans le cadre d’un plan qui, selon de nombreux proches des otages et responsables de la sécurité, mettrait encore plus en danger les otages encore en vie.
Israël poursuit ses plans pour une campagne militaire élargie dans la bande de Gaza, alors que des informations ont émergé ces derniers jours selon lesquelles le Hamas serait prêt à relâcher certains des 50 otages restants en échange d’un cessez-le-feu temporaire. Cependant, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, qui travaillait depuis plusieurs mois à la mise en place d’un accord partiel, a réaffirmé samedi soir qu’Israël n’accepterait qu’un accord global répondant à ses conditions pour mettre fin à la guerre, notamment la démilitarisation de la bande de Gaza et le retrait du Hamas du pouvoir.
Des responsables proches du dossier ont toutefois averti que les exigences d’Israël rendraient difficile la conclusion d’un accord global dans un court laps de temps.
Outre les principales manifestations à Tel Aviv, des rassemblements ont eu lieu à Jérusalem, Haïfa, Rehovot et dans d’autres grandes villes, ainsi que des manifestations plus restreintes à des carrefours à travers le pays.
Lors de la manifestation hebdomadaire anti-gouvernement devant les quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv samedi soir, Einav Zangauker, mère de l’otage Matan Zangauker, a déclaré que les familles des otages en avaient assez d’attendre que Netanyahu « mette fin à la guerre quand cela lui convient ».
« Demain, nous paralyserons le pays », a promis Zangauker, l’une des principales organisatrices de la grève nationale prévue.
« Nous paralyserons le pays demain pour notre vie ici, pour nos enfants, pour l’État d’Israël », a-t-elle ajouté.
« Nous n’en pouvons plus. »
« Demain n’est qu’un début », a-t-elle promis.
« Nous avons cessé d’attendre que Netanyahu mette fin à la guerre quand cela lui conviendra politiquement. Nous exigeons le calme, la sécurité, un avenir et la fin de la guerre. »
S’adressant directement aux actions du gouvernement et à ses plans de conquête de Gaza-City, Zangauker a averti : « Si nous ne mettons pas fin à la décision d’occuper la bande de Gaza, nous nous réveillerons avec les avis [de décès] des vingt otages. »
La grève de dimanche n’a pas été approuvée par la puissante organisation syndicale de la Histadrout, mais elle a néanmoins été soutenue par les municipalités locales, des entreprises à travers le pays, des universités et divers syndicats, dont celui des employés de l’Autorité aéroportuaire israélienne (IAA).
Cet appel a été repris par les proches d’autres otages, dont Itzik Horn, qui s’exprimait lors d’un rassemblement sur la Place des Otages à Tel Aviv. Cette manifestation apolitique sert d’alternative aux protestations plus virulentes contre le gouvernement qui se tiennent à proximité.
Le fils de Horn, Eitan, est retenu captif à Gaza, et un autre de ses fils, Iaïr, a été relâché par le groupe terroriste en février.
« Demain, Israël sera paralysé, et j’appelle tout le monde à y participer », a-t-il exhorté.
« Ce n’est pas un jour de vacances pour passer le temps dans les centres commerciaux ; c’est un jour pour crier. »
« Ce n’est pas seulement une journée de compassion pour les familles des otages, mais une manifestation civile pour protéger la moralité de l’État d’Israël », a déclaré Horn.
Il a accusé le gouvernement de négliger les otages et s’est demandé comment le cabinet pouvait accepter d’étendre les combats à Gaza après « avoir vu les vidéos de la famine et les témoignages difficiles des otages libérés, [décrivant] les immenses souffrances, la torture, et le terrorisme psychologique ».
Si les dirigeants politiques israéliens décident effectivement de poursuivre leur plan de prise de contrôle de Gaza, a-t-il poursuivi, alors « pourquoi n’ont-ils pas le courage de se présenter publiquement et d’annoncer la mort de mon fils Eitan ? »
« Alors que nous manifestons, ils nous accusent de nuire à nos proches et de servir les intérêts du Hamas », a ajouté Horn.
« [Mais] en quoi le conflit entre le ministre de la Défense [Israel Katz] et le chef d’état-major [Eyal Zamir] contribue-t-il à ramener Eitan et les autres otages ? »
« Pourquoi sont-ils toujours à Gaza ? » a-t-il demandé à la foule, avant de répondre à sa propre question : « Ils sont là parce que les dirigeants ne veulent pas les ramener à la maison ; le moment est venu de le faire. »
« Pris dans une guerre où il n’a pas sa place »
Pushpa Joshi, la sœur de Bipin Joshi, étudiant népalais en agriculture enlevé, s’est également adressée à la foule pour la première fois depuis son arrivée en Israël la semaine dernière.
WATCH: Pushpa Joshi, sister of Nepali hostage Bipin, spoke for the first time in front of thousands at Hostage Square.
“Almost two years without a sign of life. Is he starving? Injured? Alive?"
You're so brave, Pushpa. We won't give up. We’ll keep fighting until Bipin is home. pic.twitter.com/i5CGaqBG2E
— Hen Mazzig (@HenMazzig) August 16, 2025
Depuis son enlèvement au kibboutz Alumim le 7 octobre 2023, il n’y a eu aucun signe de vie de Bipin et Israël dit ignorer son statut.
« Mon frère est un étudiant pris dans une guerre qui ne le concerne pas. Il nous a fallu vingt-deux mois pour trouver la force de venir ici », a déclaré la sœur du captif, âgée de dix-sept ans, qui est arrivée en Israël avec sa mère, Padma, la semaine dernière, après de longs mois de campagne et de sensibilisation au Népal.
« Nous étions isolés au Népal, séparés par la langue, la culture et la peur. Nous avons concentré nos prières sur lui, mais les prières ne suffisent pas », a-t-elle déclaré.
Plusieurs manifestants dans la foule agitaient des drapeaux népalais en signe de solidarité avec les deux femmes.
Joshi a laissé entendre que les récentes vidéos publiées par les groupes terroristes du Jihad islamique palestinien et du Hamas montrant les otages Rom Braslavski et Evyatar David, dans lesquelles les deux hommes apparaissaient extrêmement amaigris et en très mauvaise santé, avaient motivé leur visite.
« Ces images nous ont brisé le cœur. Ma mère et mon père sont dévastés, ils tiennent à peine le coup », a-t-elle ajouté.
« Presque deux ans sans signe de vie. Est-il affamé ? Blessé ? En vie ? », a-t-elle demandé, luttant pour parler à travers ses larmes.
Dans leur langue maternelle, le népalais, Joshi s’est adressée à son frère : « Tu me manques tellement, mon frère. Ne perds pas espoir, sois fort, reste en vie. »
Maayan Sherman, dont le fils Ron a été tué en captivité en novembre 2023, a déclaré depuis la tribune de la Place des Otages : « Netanyahu et son ministre de la Défense [Yoav Gallant] ont sciemment choisi de tuer mon fils. »
Le 14 décembre 2023, les troupes de l’armée israélienne ont retrouvé le corps de Ron ainsi que ceux de Nik Beizer et Elia Toledano dans un tunnel au nord de Gaza.
Une enquête de Tsahal publiée en septembre 2024 a révélé que les trois hommes avaient perdu la vie le 10 novembre 2023, des décès indirectement causés par une frappe aérienne israélienne dans la bande de Gaza. Ils ont vraisemblablement suffoqué ou été tués par empoisonnement au monoxyde de carbone à l’intérieur d’un tunnel. La famille de Ron avait expliqué qu’il souffrait d’asthme et avait besoin d’un inhalateur.
« Je suis ici en tant que mère et tante endeuillée, pour sauver d’autres mères du même sort », a déclaré Sherman, expliquant que son fils avait été utilisé comme bouclier humain par un haut responsable du Hamas.
« Le gouvernement a choisi d’abandonner nos fils », a-t-elle déclaré, fustigeant le plan du gouvernement pour Gaza-City.
« La guérilla à Gaza coûtera beaucoup de sang à nos soldats », a-t-elle poursuivi, condamnant le gouvernement pour avoir envoyé « les fils des autres à la mort » et pour n’agir que pour des motifs personnels et politiques.
« Les objectifs de destruction du Hamas et de sauvetage des otages sont contradictoires », a-t-elle affirmé.
« Quiconque choisit l’un renonce à l’autre. »
« Il faut un cessez-le-feu immédiat et un accord maintenant, sinon la nation perdra l’avenir de notre cher État d’Israël », a-t-elle déclaré.
« Destruction morale totale »
Dana Silberman Sitton, sœur et tante des otages assassinés Shiri, Ariel et Kfir Bibas, a imploré les manifestants de lutter contre « l’apathie », alors que la guerre à Gaza se poursuit sans qu’aucune issue ne soit en vue.
Silberman Sitton a averti que le gouvernement « détruit la société israélienne au nom de la survie politique ».
« Nous continuerons à lutter contre l’ennemi extérieur, mais aussi contre l’apathie intérieure, et nous exigerons ce qui est le plus fondamental : la justice, la vérité et la vie humaine », a-t-elle promis.
« Si le pays ne se réveille pas maintenant, il se réveillera dans une destruction morale totale », a-t-elle averti.
La famille Bibas, composée des parents Yarden et Shiri et de leurs jeunes fils Ariel et Kfir, a été prise en otage lors du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 et est sans doute devenue le visage le plus emblématique du sort réservé aux otages. Les parents de Dana, Yossi et Margit Silverman, ont été tués le 7 octobre.
Yarden a été relâché lors d’un cessez-le-feu plus tôt cette année, et les corps de son épouse et de ses enfants, sauvagement assassinés par leurs geôliers pendant leur captivité, ont été restitués quelques semaines plus tard.
Le bureau du Premier ministre exclut à nouveau tout accord partiel
Alors que les manifestants réclamaient qu’Israël prenne immédiatement des mesures pour ramener les 50 otages restants et ainsi sauver ceux qui sont encore en vie, le bureau du Premier ministre a publié, samedi soir, une déclaration dans laquelle il affirme qu’Israël n’acceptera un accord global « que conformément à nos conditions pour mettre fin à la guerre ».
« Ces conditions comprennent le désarmement du Hamas, la démilitarisation de la bande de Gaza, le contrôle israélien de ses frontières et la mise en place d’un gouvernement non affilié au Hamas ni à l’Autorité palestinienne, qui vivra en paix avec Israël », a ajouté le bureau du Premier ministre.
Cette déclaration fait suite à de nombreuses informations parues ces derniers jours faisant état d’une flexibilité supposée du Hamas et de sa volonté éventuelle de revenir à la « proposition Witkoff », un accord prévoyant un cessez-le-feu de 60 jours et la libération de la moitié des otages et l’ouverture de négociations en vue d’une fin définitive de la guerre.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.
Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 28 personnes dont le décès a été confirmé par l’armée israélienne, et 20 seraient encore en vie. Les autorités israéliennes ont fait part de leurs vives inquiétudes concernant le sort de deux autres personnes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal tué à Gaza en 2014.
Le Hamas a relâché 30 otages – 20 civils, 5 soldates et 5 ressortissants thaïlandais – ainsi que les corps de huit otages israéliens au cours de l’accord de cessez-le-feu en vigueur entre janvier et mars, puis un autre otage, un citoyen américano-israélien, en mai, en guise de « signe de bonne volonté » envers les États-Unis.
Il avait précédemment libéré 105 civils au cours de la semaine de trêve de la fin novembre 2023, et quatre otages avaient été libérées auparavant, au cours des premières semaines de la guerre.
En échange, Israël a libéré quelque 2 000 terroristes palestiniens emprisonnés, des prisonniers sécuritaires et des suspects de terrorisme gazaouis arrêtés pendant la guerre.
Huit otages ont été libérés par les forces armées et sont vivants. Les corps de 49 personnes ont également été retrouvés, dont trois ont été tuées par erreur par l’armée israélienne alors qu’elles tentaient de s’échapper, ainsi que le corps d’un soldat tué en 2014.
la Communauté du Times of Israël !







