Malgré les sceptiques, Washington optimiste après la première réunion du Conseil de paix
Un responsable américain se dit confiant sur le désarmement, mais un diplomate arabe estime qu’une pression durable sur Israël et le Hamas sera indispensable
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WASHINGTON – L’administration du président américain Donald Trump a enregistré jeudi plusieurs avancées importantes lors de la réunion inaugurale de son Conseil de paix à Washington.
Les États-Unis ont ainsi obtenu environ 7 milliards de dollars d’engagements de la part de leurs principaux alliés du Moyen-Orient pour la reconstruction de Gaza et cinq pays ont accepté de fournir des troupes à la Force internationale de stabilisation (ISF), appelée à mettre progressivement fin à la présence de Tsahal à Gaza. De plus, les plans prévoyant le déploiement de milliers de policiers palestiniens dans l’enclave dans les deux mois à venir avancent.
Et ce, avant même que le groupe terroriste palestinien du Hamas n’ait reçu une proposition formelle de désarmement.
« On nous a dit qu’aucun financement ne sera accordé tant que le Hamas n’aura pas accepté de déposer les armes », a confié un responsable américain au Times of Israel après la réunion. « Nous ne négligeons pas cette question et nous avons toujours l’intention de la traiter de front – mais nous avons une nouvelle fois prouvé que les sceptiques avaient tort. »
S’appuyant sur des signaux encourageants transmis par les pays médiateurs au Moyen-Orient – à savoir l’Égypte, le Qatar et la Turquie, qui depuis des mois mènent des négociations avec le Hamas sur le désarmement – le responsable américain s’est dit optimiste quant aux chances que le groupe terroriste accepte un désarmement progressif, en commençant par ses armes lourdes.
Interrogé sur le scepticisme israélien quant à la sincérité du Hamas, le responsable américain s’est montré dédaigneux. « Ils ne croyaient pas non plus que nous pourrions récupérer tous les otages, » a-t-il fait remarquer.
C’est cette confiance, combinée à la crainte que Trump a instillée chez les deux parties – qui ne veulent pas le contrarier – qui pourrait avoir permis de mener à bien la première phase du cessez-le-feu à Gaza en octobre.
Mais comme le souligne un diplomate arabe, « l’arrogance peut être dangereuse au Moyen-Orient ». Selon lui, il sera essentiel de maintenir la pression sur Israël et sur le Hamas si les États-Unis veulent que la deuxième phase de leur plan, qui prévoit la reconstruction de Gaza et la mise en place d’un nouveau gouvernement technocratique dans la bande de Gaza, aboutisse.
Ce diplomate arabe, au fait des négociations sur le désarmement menées par les médiateurs du Moyen-Orient avec le Hamas, a précisé que les États-Unis avaient des raisons de croire qu’un accord sur cette question était possible.
Il a toutefois expliqué que le désarmement prendrait du temps et qu’il nécessiterait l’intégration de certains membres du Hamas dans le secteur public supervisé par le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), un cadre auquel Israël s’opposera vraisemblablement.
Le diplomate arabe s’est également montré très sceptique quant à la volonté d’Israël de soutenir le succès du NCAG.
« Même si [le Premier ministre Benjamin Netanyahu] est moins tenu par ses partenaires de coalition d’extrême droite, qui exigent qu’Israël reste à Gaza et rétablisse les implantations, qu’il ne l’était pendant la guerre, il reste attentif aux voix de leur base », a déclaré le diplomate arabe, faisant référence aux élections prévues en Israël à la fin du mois d’octobre.
Si les promesses des membres du Conseil de paix ont dépassé les attentes initialement avancées par l’administration Trump avant la réunion de jeudi, elles ne se sont pas encore traduites par des fonds effectivement versés sur le nouveau compte de la Banque mondiale destiné à la reconstruction de Gaza.
Aucun calendrier précis n’a été fourni pour leur transfert – et si l’expérience des précédentes conférences de donateurs après la guerre de Gaza devait servir de référence, une grande partie des fonds promis pourrait ne jamais être versée.
L’annonce faite par Trump lors de la réunion de jeudi – il a annoncé que les États-Unis contribueraient eux-mêmes à hauteur de 10 milliards de dollars au Conseil de paix – a particulièrement surpris, alors que des responsables américains qui avaient échangé avec des journalistes, avant la réunion, avaient évoqué un montant de 1,25 milliard de dollars.
Une source proche du dossier a reconnu qu’une somme aussi importante ne serait pas versée en une seule fois et qu’elle devra probablement être approuvée par le Congrès américain.
Un diplomate européen membre de l’une des délégations qui ont assisté à la réunion de jeudi en tant qu’observateur a déclaré qu’il se sentait « conforté » dans sa décision de ne pas rejoindre le Conseil de paix.
« Cet événement était déconnecté de la réalité. Ils ont parlé de construire 200 hôtels alors que les habitants de Gaza vivent toujours dans des tentes », a déclaré le diplomate européen.
Le diplomate a également déploré l’absence de femmes parmi la vingtaine d’intervenants présents lors de l’événement. Il n’y a pas eu non plus de représentation palestinienne.
Le commissaire en chef de la NCAG, Ali Shaath, a eu l’occasion de s’adresser à la conférence, mais les organisateurs ont écourté son intervention et il n’a pas reçu de pancarte au nom du NCAG, de Gaza ou de l’AP, contrairement aux autres responsables gouvernementaux présents sur scène aux côtés de Trump.
L’Autorité palestinienne (AP) n’a par ailleurs pas été invitée à l’événement et a dû se contenter de la mise en place d’un canal de coordination avec le Conseil de paix afin d’être tenue informée des développements à Gaza, sans pouvoir peser directement sur les décisions.
« Ce n’est pas sans raison que la plupart des pays démocratiques se montrent réticents à l’égard de cette initiative », a déclaré le diplomate européen.
La plupart des pays européens se sont abstenus de rejoindre le Conseil de paix, car ils craignent que les États-Unis n’utilisent cet organe pour usurper le rôle des Nations unies (ONU). À cela s’ajoute le fait que la charte du Conseil confère à Trump des pouvoirs sans précédent.
Les représentants des pays membres qui se sont exprimés lors de la réunion de jeudi n’ont pas semblé gênés par ce cadre et ils ont tous fait l’éloge de Trump.
Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokayev, a proposé de créer « un prix spécial du Conseil de paix décerné au président Trump afin de reconnaître ses efforts et ses réalisations exceptionnels ».
« La participation à ce projet vaniteux est le prix à payer pour entrer dans le jeu », a commenté le diplomate européen.
En réponse à ces critiques, le responsable américain a affirmé que les pays ayant choisi de rester en retrait étaient incapables de mettre fin à la guerre.
« Ils continueront à se plaindre, et nous continuerons à œuvrer pour offrir un avenir meilleur aux Israéliens et aux Gazaouis », a déclaré le responsable américain.
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