Marek Halter critique la position d’Alain Finkielkraut sur Israël
L'intellectuel a notamment déploré ce qu'il a appelé une "aubaine pour les antisémites" suite aux propos du philosophe sur Israël
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Les lignes de faille, au sein même des intellectuels juifs et français, se font béantes. À preuve les propos tenus par l’écrivain Marek Halter dans un entretien accordé mardi à RadioJ, au micro d’Ilana Ferhadian.
Engagé de longue date pour la paix entre Israéliens et Palestiniens, Halter a critiqué la posture du philosophe Alain Finkielkraut, qui a publiquement exprimé, à de nombreuses occasions, dans les médias, son sentiment de honte envers Israël.
Halter soutient que ce terme est étranger à la tradition biblique, préférant le concept de colère comme moteur d’action et de rectification.
« J’aime bien Alain Finkielkraut, explique-t-il, c’est quelqu’un d’intelligent. Il a fait deux fautes involontaires. Une faute philosophique parce que le mot honte n’existe pas dans la Bible. Nous sommes en colère. François Truffaut disait : ‘J’aime bien les juifs parce qu’ils se réveillent tous les matins en colère’. Nous sommes en colère. Dieu est en colère contre son peuple. Les prophètes sont en colère et le peuple lui-même, il est en colère. Donc la colère pousse à l’action, à se préparer et à se réparer. »
Et quand Ilana Ferhadian lui demande : « Ça n’est pas donc un mot qui est adapté selon vous, il est plus en colère que honteux peut-être ?», Halter répond : « Oui. La Bible parle des malheurs qui creusent leur propre malheur. Mais il n’y a pas de peuple, il y a des individus au sein d’un peuple. Déjà Abraham, on connaît sa discussion avec Dieu : ‘tu ne vas pas tuer les justes avec les méchants’. Il y a des méchants, il y a des justes comme dans tout le peuple. Et puis la deuxième faute est une faute politique qui est importante parce que nous vivons une époque où la haine des juifs se propage partout à travers le monde. On n’aime pas les juifs. Avant on ne les aimait pas mais on ne le disait pas. Aujourd’hui, c’est à la mode de le dire. Mais la haine a besoin d’être nourrie d’arguments. »
Marek Halter dit s’inquiéter également des conséquences politiques de tels propos, affirmant qu’ils servent donc d’arguments aux antisémites pour légitimer leur haine. Il précise : « … Quand un homme comme Alain Finkielkraut, philosophe d’origine juive français reconnu, dit qu’il a honte pour son peuple, quelle aubaine pour les antisémites qui peuvent dire : ‘bah voilà même lui il dit qu’il a honte pour son peuple’ ».
Fascistes ou pas ?
Bien qu’il dénonce certaines dérives du gouvernement israélien actuel, Halter défend une vision d’Israël comme un État devant, autant que possible, rester exemplaire.
Ferhadian lui demande : « Marek, vous êtes un amoureux des mots et justement vous parlez de politique israélienne. Je voudrais qu’on s’arrête sur ce mot que vous avez employé dans un billet, ce mot de ‘fascistes’ pour parler de quelques responsables israéliens. Le terme fasciste, est-ce qu’il ne pose pas aussi un problème, sachant que ce terme a une histoire quand même très précise ? »
Marek Halter réplique : « Je n’ai pas dit ‘nazi-fasciste’. C’est Ben Gourion qui était le premier à utiliser ces mots en parlant du Likoud : ‘ce sont des fascistes juifs’. Fascistes, ce ne sont pas des nationalistes ; c’est créé par Mussolini, ce n’est pas Hitler. Hitler est allé beaucoup plus loin. Donc ça n’a rien à voir. »
Citant une anecdote sur David Ben Gurion qu’il avait rencontré à 17 ans, celui-ci lui aurait dit : « Tu vois, maintenant nous sommes un peuple normal ». « Là, raconte Marek, je me suis énervé et j’ai dit : « David, je ne veux pas être normal ». » Et Marek Halter de conclure : « Je crois que nous sommes déchirés entre l’acceptation de la normalité et notre désir de voir Israël exemplaire, extraordinaire, différent des autres pays. »
Il est en tous cas un terrain sur lequel l’écrivain se dit particulièrement bouleversé par ce qui se passe en Israël et par un coup de cutter à sa philosophie de tous les temps : la loi sur la peine de mort. Il dit s’opposer fermement au rétablissement de cette peine de mort qu’Israël n’a appliqué que deux fois dans son existence (dont Adolf Eichmann), la jugeant contraire aux principes talmudiques fondamentaux. Et bien qu’il caractérise l’attaque du 7-Octobre d’acte génocidaire, il affirme refuser de céder à une logique de vengeance par la mort.
la Communauté du Times of Israël !








