Nombre d’habitants de Gaza-City refusent de fuir à nouveau malgré l’offensive imminente
Revenus chez eux en janvier ou déplacés d’ailleurs, ils craignent qu’une nouvelle évacuation vers le sud surpeuplé n’aggrave leurs difficultés et leur insécurité
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Alors que l’artillerie et les bombardements s’abattent sur la plus grande ville de la bande de Gaza et qu’Israël promet une nouvelle offensive punitive, les Palestiniens qui y vivent sont paralysés par la peur, hésitant à partir, incertains de ce qui les attendra s’ils le font.
Située dans le nord de l’enclave, la ville de Gaza-City a été déclarée zone de combat par Israël, alors que ses forces poursuivent leur avancée dans le cadre d’une campagne visant à contraindre le Hamas à capituler. Certaines parties de la ville sont déjà considérées comme des « zones rouges », où les habitants ont reçu l’ordre d’évacuer en prévision d’affrontements violents.
Cette situation a plongé les civils dans l’angoisse, notamment ceux qui étaient revenus en janvier, après avoir fui la ville au début de la guerre entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas. Alors que les bulldozers israéliens rasent les quartiers déjà occupés par l’armée et que les dirigeants israéliens encouragent un déplacement massif des Palestiniens hors de Gaza-City, beaucoup craignent que quitter la ville aujourd’hui ne soit synonyme de départ définitif.
Quitter la ville coûte des milliers de dollars, et trouver un emplacement pour une tente dans le sud surpeuplé semble impossible. Mais rester sur place, disent-ils, pourrait leur coûter la vie.
« Quand les troupes israéliennes marquent une zone en rouge et appellent les gens à partir, elles la détruisent vraiment », explique Mohammed Alkurdi, qui, comme des centaines de milliers d’autres Palestiniens, s’est réfugié à Gaza-City.
« C’est comme si on devait choisir entre la vie et la mort. C’est aussi simple que ça. »
Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a présenté l’opération à Gaza-City comme « le coup de grâce porté au Hamas », décrivant la ville comme le bastion le plus important du groupe terroriste et la clé pour libérer les otages toujours aux mains des terroristes dans la bande de Gaza. Les organisations humanitaires internationales ont toutefois averti que le projet israélien de déplacement de la population aggraverait une situation déjà critique pour les Gazaouis, confrontés à des pénuries alimentaires et aux dangers liés aux combats.
Malgré le danger imminent de l’offensive à venir, les habitants de Gaza affirment qu’aucun endroit dans la bande de Gaza n’est sûr et qu’ils n’ont de toute façon nulle part où aller. Beaucoup ont également exprimé leur lassitude après avoir déjà été déplacés à plusieurs reprises depuis le début de la guerre, soulignant les difficultés et les coûts liés à la réinstallation, en particulier pour les personnes âgées, infirmes ou souffrant de malnutrition.
« Je pense que tout le monde à Gaza-City est terrifié et très inquiet, mais on sent aussi une grande défiance, car les gens en ont assez de ces déplacements », a déclaré Olga Cherevko, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies (ONU), en poste dans la bande de Gaza depuis un an et neuf mois. « Ils disent qu’ils ne bougeront plus, car à quoi bon ? Les fois où ils l’ont fait, ils ont également été bombardés là où ils se rendaient. »
Rester ou partir ?
Les responsables de la défense israéliens ont estimé mercredi que 70 000 à 80 000 personnes avaient fui la ville jusqu’à présent, la plupart au cours des 72 dernières heures, après qu’Israël a déclaré vendredi le secteur zone de combat. Ce chiffre est bien inférieur au million d’habitants estimés de Gaza-City, mais les autorités s’attendent à voir le nombre de départs augmenter à mesure que Tsahal poursuit sa campagne.
Le Site Management Cluster, un organisme humanitaire conjoint qui coordonne l’aide aux personnes déplacées, a indiqué qu’environ 14 840 Palestiniens avaient quitté leur domicile lundi, la plupart pour se réfugier dans le sud.
Une fraction d’entre eux, environ 2 200, se sont installés dans de nouveaux endroits à Gaza-City après avoir été déplacés par les attaques israéliennes, a-t-il précisé.
Des centaines de milliers d’habitants de Gaza-City avaient fui lors de la première grande évacuation fin 2023, mais environ 650 000 seraient revenus pendant le cessez-le-feu de janvier 2025, après le retrait israélien des positions qui bloquaient la circulation entre le nord et le sud. On estime par ailleurs que 250 000 à 300 000 personnes n’avaient jamais quitté la ville, même au plus fort des opérations terrestres.
Outre les habitants qui vivent toujours dans des immeubles endommagés, les images satellites révèlent également des dizaines de milliers de tentes de fortune abritant des personnes déplacées revenues pendant le cessez-le-feu ou ayant fui d’autres zones du nord, sans autre refuge possible face à l’ampleur des destructions.
Beaucoup de ceux qui étaient revenus dans le nord pendant la trêve de janvier espéraient retrouver leur maison intacte. Celle de Mohammed Alkurdi a été entièrement détruite. Il vit désormais seul dans la partie ouest de la ville. Sa femme et ses enfants ont quitté Gaza-City l’an dernier. Il a indiqué qu’il partirait vers le sud si sa zone faisait l’objet d’un ordre d’évacuation.
Alkurdi a ajouté que depuis l’appartement où il s’est réfugié, il pouvait entendre les forces israéliennes « raser complètement la zone », faisant référence au quartier est de Zeitoun.
Zeitoun était autrefois le plus grand quartier de Gaza-City, avec ses marchés, ses écoles et ses cliniques. Depuis un mois, une grande partie de ce quartier et de la zone voisine de Sabra ont été détruits, selon des photos satellites examinées par l’Associated Press début août et début septembre. Les photos montrent que des pâtés de maisons entiers ont été rasés, laissant place à des terrains vides et sablonneux.
« Ce n’est pas une destruction partielle comme avant. C’est une destruction totale », a-t-il déclaré. « Je dis à mes amis que la maison danse toute la journée. Elle danse sans arrêt, elle se balance de droite à gauche comme pendant un tremblement de terre. »
Amjad Shawa, directeur du réseau des organisations non gouvernementales palestiniennes, a quitté sa maison dans le quartier huppé de Rimal au début de la guerre puis y est revenu avec sa famille en janvier. Tout comme Alkurdi, il explique que sa famille quitterait probablement Gaza-City si leur quartier faisait l’objet d’un ordre d’évacuation.
Mais cette fois-ci, partir serait différent, dit-il. « Gaza sera rasée et détruite. La dernière fois, j’avais ma voiture. Il y avait du carburant. Tout le monde avait ses revenus, son argent. »
À l’époque, les villes de Rafah et Khan Younès fonctionnaient encore dans le sud de Gaza.
Aujourd’hui, après des mois de bombardements, « il n’y a plus de Rafah. Il n’y a presque plus de Khan Younès », poursuit Shawa. Les déplacés sont désormais orientés vers des camps de réfugiés situés plus au centre de Gaza et vers al-Mawasi, une zone du sud-ouest de l’enclave disposant de très peu d’infrastructures et déjà saturée par des centaines de milliers de Gazaouis déplacés.
Anas Arafat, un autre habitant de Rimal, a quant à lui décidé de rester. « Il n’y a aucun endroit sûr à Gaza, l’armée peut bombarder n’importe où », a-t-il expliqué sur WhatsApp.
Mercredi, Tsahal a affirmé que le Hamas empêchait les habitants de partir afin de maintenir la ville approvisionnée en boucliers humains. L’armée a diffusé l’enregistrement d’un Gazaoui affirmant que le groupe terroriste empêchait les civils de fuir en les refoulant de force vers Gaza-City.
« L’organisation terroriste du Hamas fait tout ce qu’elle peut pour empêcher la population de se déplacer vers le sud afin d’utiliser les civils comme boucliers humains et à des fins de propagande », a déclaré un responsable israélien de la sécurité. « Dans la pratique, la barrière de la peur qui retenait la population a été brisée, et des dizaines de milliers d’habitants ont réussi à contourner les points de contrôle du Hamas et à évacuer la ville. »
Moin Hilu, qui est retourné à Rimal après avoir fui Gaza-City en octobre 2023, affirme lui que nombre de ses voisins envisageaient de rester volontairement, et espèrent que le gouvernement israélien renonce à son projet d’invasion. Il hésite encore entre fuir ou demeurer sur place. Il a raconté l’année passée avec sa famille dans des tentes, sans électricité ni eau courante, contraints de se déplacer continuellement d’un endroit à l’autre dans le sud de Gaza.
« C’était très difficile », a-t-il confié. « Quand je suis revenu en ville, je me suis dit que s’ils me demandent de partir à nouveau, je ne quitterai plus jamais Gaza-City. »
Pas d’autre choix que de rester
Pour certains – les secouristes, les personnes âgées et malades – quitter Gaza-City est presque impossible, même s’ils le souhaitaient.
« Les anciens disent qu’ils mourront ici », explique Shawa. « Cela pousse les autres membres de la famille à rester, à ne pas partir. »
Nous avons tellement d’affaires et aucun moyen de les transporter. C’est inimaginable », explique Norhan Almuzaini, coordinatrice du programme de santé dans le nord de Gaza pour l’organisation Medical Aid for Palestinians.
Asil Abu Ras, responsable du département des territoires palestiniens au sein de Physicians for Human Rights–Israel, a indiqué que la moitié des hôpitaux encore opérationnels dans la bande de Gaza se trouvaient à Gaza-City, et qu’il était impossible de les déplacer tous vers le sud.
« Il est question de personnes sous respirateur, de patients nécessitant une dialyse ou un traitement contre le cancer, et de nouveau-nés en soins intensifs – il y a au moins 100 prématurés dans des couveuses à Gaza-City », a-t-elle précisé.
Dans un enregistrement publié par l’armée israélienne le mois dernier, on entend un officier demander à un responsable sanitaire de Gaza de préparer des évacuations médicales vers le sud. Celui-ci répond que le sud ne dispose d’aucune infrastructure pour les accueillir, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et Médecins Sans Frontières (MSF).
« L’essentiel est d’avoir un plan pour déplacer le matériel. Où ? Vous aurez de la place, c’est certain. Nous allons vous trouver de la place », répond l’officier.
Abu Ras a relevé que l’extrait diffusé de la conversation ne mentionnait pas les patients eux-mêmes, mais uniquement le matériel.
« Même dans des circonstances normales, sans guerre en cours, le transfert de 20 000 patients des hôpitaux du nord d’Israël vers le centre du pays prendrait des mois à planifier, si tant est que cela soit du domaine du possible. Ajoutez à cela un territoire comme Gaza, en guerre depuis près de deux ans, et cela devient tout simplement impossible », a-t-elle déclaré.
« Si ces deux dernières années nous ont appris quelque chose, c’est qu’Israël n’aura pas de plan. L’évacuation est une condamnation à mort pour les médecins, pour les patients, mais aussi pour les personnes déplacées qui tentent parfois de se réfugier dans les hôpitaux. »
Amal Seyam est directrice générale du Centre des affaires féminines à Gaza. Originaire du quartier de Tuffah, dans l’est de Gaza-City, sa maison a été détruite par les bombardements. Depuis près de quatre mois, elle s’est réfugiée dans le quartier de Nasr, à l’ouest de la ville, où elle vit avec ses collègues dans les locaux du centre.
Amal Seyam a été déplacée cinq fois depuis le début de la guerre : trois fois dans Gaza-City et deux fois vers le sud, à Rafah et Khan Younès. À chaque déplacement, elle a fui sans rien emporter.
Lorsqu’on lui a demandé si elle envisageait de quitter Gaza-City, elle a répondu qu’elle ne partirait « que lorsque tous ceux qui ont besoin de moi ici seront partis. Tant qu’il y aura une femme qui aura besoin de moi, je resterai. De toute façon, toute la bande de Gaza semble être en zone rouge actuellement. Les bombardements ont lieu à quelques mètres de nous, pas à des kilomètres. »
Sa voix s’est brisée sous l’émotion.
« Beaucoup de gens ont commencé à faire leurs valises. Beaucoup sont déjà partis. Vous savez ce que signifie être déplacé ? Cela signifie bouger une fois de plus, reconstruire sa vie une fois de plus, acheter de nouvelles choses, des couvertures, des tentes, tout recommencer. »
Pas de place
Ceux qui ont fui Gaza-City ces derniers mois n’ont trouvé ailleurs dans la bande de Gaza que des conditions tout aussi désastreuses. Leur arrivée a saturé les camps de tentes déjà bondés et fait grimper les prix des produits de première nécessité.
Le 27 août, le porte-parole de Tsahal, Avichay Adraee, a déclaré qu’il y avait 19 zones disponibles dans le sud, à la fois dans les camps de réfugiés centraux et à al-Mawasi. Mais une grande partie de ces terres est insalubre et les espaces encore libres pour installer des tentes sont déjà surpeuplés, a souligné Olga Cherevko.
« Les zones désertes au sud de la bande de Gaza font elles-mêmes l’objet d’ordres d’évacuation », a expliqué Cherevko. « Dans la région d’al-Mawasi, les tentes s’étendent jusqu’au rivage, et dès que la marée monte légèrement, d’autres tentes sont détruites. »
Iman El-Naya, originaire de Khan Younès, a fui Gaza-City il y a trois mois. « La plage est bondée. Tout est bondé. Il n’y a aucune hygiène. C’est difficile de se procurer de l’eau et de la nourriture », a-t-elle raconté.
« Je dois faire la queue pour avoir de l’eau. C’est difficile d’obtenir du pain. Tout est devenu encore plus cher depuis que les gens du nord sont arrivés ici. »
Le 28 août, Israël a annoncé le lancement d’une nouvelle conduite d’eau reliant l’Égypte à al-Mawasi, financée par les Émirats arabes unis. Cette conduite devrait fournir 15 litres d’eau par personne et par jour, soit le minimum recommandé par l’ONU pour boire, se laver et cuisiner. On ignore toutefois si ce calcul tient compte de l’afflux potentiel de résidents de Gaza-City.
Shorouk Abu Eid, une femme enceinte originaire de Gaza-City, a été déplacée à Khan Younès il y a quatre mois. Elle dit que l’arrivée de gens du nord rend la situation encore plus tragique.
« On n’a plus d’intimité, plus de tranquillité d’esprit. Les endroits où je me rendais auparavant en cinq ou dix minutes me prennent maintenant environ une heure à cause de la congestion. Il y a à peine 10 centimètres entre les tentes », a-t-elle déclaré.
Jamal Abu Reily a déploré que les sanitaires débordent et qu’il y ait si peu d’espace pour accueillir de nouveaux arrivants.
« Comment allons-nous tous tenir ici ? Où vont-ils rester ? Dans la mer ? » a-t-il lancé.
la Communauté du Times of Israël !







