Premiers pas et premiers succès d’un lookbook destiné au rabbinat sur Instagram
Sur le compte lifestyle Rabbinic Fit Check, les rabbins Arielle Stein et Rafi Ellenson présentent les différents aspects du rabbinat et brisent les préjugés sur "ce qu'ils portent"
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

JTA — En septembre, alors qu’il se préparait pour une journée bien remplie de tâches rabbiniques, le rabbin Rafi Ellenson a demandé en plaisantant à un collègue : « Quelle tenue pourrait être adaptée à la fois à l’école religieuse et à une shiva [semaine de deuil traditionnelle] ? »
Après une brève discussion, Ellenson, rabbin adjoint de la congrégation Shir Hadash, une synagogue affiliée au mouvement réformé de Los Gatos, en Californie, a déclaré que lui et son interlocuteur avaient réalisé que son dilemme vestimentaire était peut-être un bon thème pour les réseaux sociaux.
« Nous nous sommes dit que l’idée d’en faire un compte Instagram serait vraiment amusante », a indiqué Ellenson.
« Nous avons pensé que nous pourrions y montrer ce que portent les rabbins et les choses absurdes qu’ils doivent faire chaque jour, s’habiller pour 20 000 occasions et pour 50 000 personnes. »
Pour l’aider à concrétiser son idée, Ellenson a appelé Arielle Stein, qui exerce les fonctions de rabbin adjoint à la congrégation Rodeph Sholom, une synagogue réformée de l’Upper West Side de Manhattan. Ils s’étaient rencontrés à Jérusalem en 2019.
Après mûre réflexion, ils ont créé Rabbinic Fit Check, un compte Instagram présenté comme « un journal de style pour le rabbinat – et plus encore ».
« Nous essayons d’illustrer la diversité des rabbins, des genres, des expressions », a expliqué Ellenson.
« Il n’y a pas de modèle unique, et il n’y en a pas dans le monde réel. Nous ne voulons donc pas présenter un seul modèle sur le compte. »
À ce jour, Rabbinic Fit Check a présenté 57 rabbins, membres du rabbinat et étudiants de différentes confessions, et rassemble plus de 1 300 abonnés. Les tenues vont de pulls confortables et de vêtements de bureau « classiques » à des jupes à imprimé zébré et à des tailleurs-pantalons de la marque Delfina Balda, à la pointe de la mode.
« C’est agréable de voir que les rabbins ne ressemblent pas tous à ces vieux tableaux représentant un homme vêtu d’un manteau noir », s’est réjouie la rabbin Allison Poirier, de la synagogue du mouvement massorti (conservateur) Temple Aliyah à Needham, dans le Massachusetts.
« C’est agréable de voir que nous sommes présentés comme de nouvelles personnes, de toutes les couleurs, de tous les âges, de tous les physiques et de toutes les tailles. Même si la plupart des gens en sont conscients dans le monde dans lequel je travaille, c’est tout simplement agréable de voir ces aspects mis en avant. »
Selon une nouvelle étude nationale sur le rabbinat américain publiée le mois dernier par l’Atra Center for Rabbinic Innovation, 51 % des étudiants rabbiniques interrogés s’identifient en effet comme appartenant à la communauté LGBTQ+, 58 % des rabbins interrogés s’identifient comme des femmes, 30 % comme des hommes et 12 % comme non binaires.
Mais la diversification du rabbinat a également souligné une tendance plus large. Les rabbins assument désormais plus souvent un rôle engagé et pratique, plutôt que de se limiter à l’ancien modèle du « sage sur la scène ».
Stein, déjà virale sur les réseaux sociaux pour ses vidéos sur le style rabbinique, a par ailleurs fait l’objet d’un article dans Vogue le mois dernier, consacré à ses vidéos sur le choix de chaussures adaptées au rabbinat. Selon elle, le compte Instagram du binôme sert également un autre objectif : montrer le rabbinat sous un jour plus intime.
« À mon avis, et c’est surtout vrai pour notre génération de rabbins, nous sommes des personnes réelles, et ces outils sont importants pour permettre aux gens de se rapprocher de nous et d’établir une relation de confiance et de compréhension », a déclaré Stein.
« Nous ne prétendons pas être quelqu’un au travail et quelqu’un d’autre à la maison. »
C’est à la mi-octobre que Rabbinic Fit Check a publié les premières tenues de Stein et Ellenson. Le duo a ensuite invité ses collègues à soumettre leurs propositions, et les utilisateurs se sont rapidement portés volontaires.
Poirier a raconté avoir été séduite par l’idée de publier son style (un blazer J. Crew, une robe Birdy Grey, un pull chiné appartenant à sa sœur) en raison de la « diversité et de la légèreté » du compte, qui, selon elle, offre un contraste avec la réalité.
« Tout est tellement lourd en ce moment. Une grande partie de nos journées consiste à gérer cette charge [mentale]. C’est agréable d’avoir quelque chose qui valorise également les rabbins, qui les présente comme des personnes amusantes et joyeuses, et qui nous permet de nous exprimer de manière mignonne, jolie et amusante », a ajouté Poirier.
« Les rabbins vivent dans l’air du temps à bien des égards ; il y a beaucoup à dire à ce sujet, sur les plans positif et négatif, et nous utilisons certainement un peu de cela », a déclaré Ellenson.
« Mais je pense que nous abordons les choses sous un angle différent, à savoir : nous sommes des êtres humains, nous avons des métiers sympas, et nous voulons montrer certaines facettes de notre personnalité à travers nos vêtements et nous exprimer de manière plus complète, plus authentique, sans dissocier ces deux aspects de notre vie. »
Selon Einav Rabinovitch-Fox, professeure à l’université Case Western Reserve et auteure d’un ouvrage sur l’histoire de la mode féminine, le compte Rabbinic Fit Check appartient à un « nouveau phénomène » dans lequel l’image publique du rabbinat est en train d’évoluer.
Elle a notamment cité la série Netflix « Nobody Wants This », diffusée pour la première fois en septembre 2024, dans laquelle le séduisant Adam Brody incarne un jeune rabbin de Los Angeles. Les séries « Transparent » sur Amazon, « Extrapolations » sur Apple TV+ et le film de 2023 « You Are So Not Invited to My Bat Mitzvah » mettent tous en scène des rabbins agréables à regarder.
« C’est un signe de notre époque, en quelque sorte », a ajouté Rabinovitch-Fox.
« Certes, tous ne sont pas comme Adam Brody, mais je pense que cela reflète une tendance, dont le compte Instagram fait partie, comme pour dire : ‘Oh, regardez, le judaïsme, c’est cool’. »
La rabbin Jamie Field, directrice de l’éducation au Beth El Temple Center, une synagogue réformée de Belmont, dans le Massachusetts, a été invitée par Rabbinic Fit Check peu avant son apparition dans l’émission « Squid Game : The Challenge », sur Netflix. Elle a souligné qu’il était « véritablement magnifique que la visibilité des rabbins prenne de l’importance ».
« Nous avons la responsabilité sacrée de montrer que les rabbins sont des personnes réelles, que nous sommes engagés, que nous faisons partie du monde et que nous avons la responsabilité de participer à ce dialogue – et pas de nous contenter de le regarder à travers les séries Netflix sur les rabbins », a indiqué Field.
Selon Rabinovitch-Fox, la religion ne « célèbre » pas toujours « l’individu, mais la mode est un moyen simple et formidable de s’affirmer ».
« Les gens veulent trouver un moyen de créer des liens, et je pense que pour cette génération Instagram, la mode est quelque chose d’important, c’est donc simplement une autre façon de créer des liens », a-t-elle expliqué.
« Si vous pouvez parler de style avec votre rabbin, c’est que vous avez un rabbin cool. »
La rabbin Andrea London, dirigeante de Beth Emet The Free Synagogue, une congrégation du mouvement réformé d’Evanston, dans l’Illinois, a déclaré avoir envoyé une photo d’elle-même et de la cantatrice Natalie Young à Parashat Noah après qu’Ellenson, qui est un ami de la famille, lui en a parlé. Pour son apparition, elle portait une chemise blanche, un collier en or et un pantalon.
Ordonnée en 1996, London a déclaré avoir soumis cette photo afin d’apporter « un peu de diversité en termes d’âge » au récit. Elle se souvient qu’au début de sa carrière, « en tant que femme, on n’osait pas monter sur la bimah [l’estrade de la synagogue] sans jupe ».
« L’une des choses qui m’agaçaient dans le rabbinat, c’est que les gens faisaient beaucoup de commentaires sur mes vêtements, et c’était tout simplement fatigant ; les hommes ne comprenaient pas cela », a-t-elle poursuivi.
« Et maintenant, je pense que Rabbinic Fit Check essaie de renverser la tendance en disant : amusons-nous avec cela plutôt que de le considérer comme une forme de discrimination ou de sexisme. »
Jusqu’à présent, Ellenson et Stein ont déclaré que les réactions des membres de leur congrégation et de leurs collègues avaient été positives. Pour l’avenir, Ellenson espère pouvoir inviter des chefs religieux d’autres confessions.
« Je pense qu’il s’agit de joie, de mettre en valeur la diversité, de mettre en valeur le personnel, et de montrer que tous ces éléments peuvent contribuer à cultiver le travail des rabbins et des hazanim [chantres] », a souligné Ellenson.
« Nous pouvons nous investir dans notre travail, et cela rend le travail meilleur lorsque nous sommes nous-mêmes au sein de nos communautés. »
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







