Qusra : En plein chaos, Katz veut transférer le maintien de l’ordre à la police
Il paraît hautement improbable que le ministre du Likud puisse mener à bien une initiative d’une telle ampleur à l’approche des élections
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Le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré avoir chargé Tsahal d’élaborer un plan visant à transférer à la police israélienne les missions de maintien de l’ordre civil en Cisjordanie actuellement dévolues à l’armée. Cette annonce intervient alors que la situation à Qusra suscite de vives réactions internationales.
Dans un communiqué, le cabinet de Katz indique que, « compte tenu des émeutes extrémistes dans le village de Qusra », le ministre de la Défense envisage de confier à la police le maintien de l’ordre face aux Israéliens commettant des infractions en Cisjordanie. Celle-ci « préparera et mettra en place une force adaptée au traitement des affaires civiles et se verra attribuer tous les pouvoirs et budgets nécessaires ».
Le communiqué précise que Katz a donné cette directive à l’issue d’une réunion qui s’est tenue jeudi avec le chef d’état-major de Tsahal, le général de corps d’armée Eyal Zamir, et d’autres hauts responsables militaires.
Le ministre de la Défense a laissé entendre que la mission de l’armée était de lutter contre les activités terroristes et de protéger les frontières d’Israël, et non de « courir après des jeunes des collines », une formulation révélatrice de son refus de reconnaître l’ampleur des violences meurtrières commises par des habitants d’implantations en Cisjordanie.
Katz a également déclaré que la lutte contre les violences commises par des Israéliens en Cisjordanie « ne relève pas du rôle » de Tsahal, « qui n’est d’ailleurs pas en mesure de se charger de l’application de la loi en matière civile » dans cette région, notamment en raison de « l’augmentation attendue et bienvenue du nombre d’habitants des implantations », après l’approbation de nouvelles implantations en Cisjordanie par le gouvernement actuel.
Les conséquences concrètes d’une telle mesure n’étaient pas immédiatement claires, et il paraît hautement improbable que Katz puisse mener à bien une initiative d’une telle ampleur à l’approche des élections nationales.
Israël n’ayant jamais officiellement annexé la Cisjordanie, c’est Tsahal qui y est chargée de faire respecter la loi. Une telle initiative de la part de Katz semblerait constituer un pas supplémentaire vers l’annexion, un objectif défendu par l’actuelle coalition, mais que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est jusqu’à présent abstenu de concrétiser face aux fortes pressions internationales.
Dans le dispositif actuel, Tsahal ne peut de toute façon détenir que brièvement les citoyens israéliens impliqués dans des activités criminelles en Cisjordanie avant de les remettre à la police israélienne. Celle-ci relâche ensuite souvent les habitants des implantations sans les inculper, et les Israéliens ne sont que très rarement poursuivis pour des violences commises contre des Palestiniens en Cisjordanie.
Des détracteurs affirment que l’application de la loi s’est encore relâchée depuis que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui entretient depuis longtemps des liens avec les ultranationalistes de Cisjordanie, a pris la tête du ministère chargé de superviser la police israélienne.
Le vice-président de l’Autorité palestinienne (AP), Hussein al-Sheikh, a condamné le projet de Katz. Dans un communiqué relayé par WAFA, l’agence de presse officielle de l’AP, al-Sheikh a affirmé que cette mesure « constitue une nouvelle tentative d’imposer la loi et la souveraineté israéliennes à la Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, et de consolider l’annexion illégale du territoire palestinien ».
« Israël n’exerce aucune souveraineté sur quelque partie que ce soit du territoire de l’État de Palestine occupé en 1967 », a-t-il ajouté.
Al-Sheikh a appelé « la communauté internationale, en particulier le Conseil de sécurité de l’ONU, à assumer ses responsabilités, à mettre un terme à ces mesures israéliennes unilatérales et dangereuses et à contraindre Israël à respecter le droit international et les résolutions internationales ».
Les événements de Qusra ont par ailleurs suscité de fortes réactions internationales, à commencer par celle des États-Unis.
Des responsables américains et israéliens ont indiqué à Reuters que Washington pressait le Premier ministre Benjamin Netanyahu de condamner publiquement le siège imposé à des maisons palestiniennes de Qusra par des habitants extrémistes d’implantations.
Les critiques américaines avaient déjà pris une tournure particulièrement vive jeudi, lorsque l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, pourtant fervent partisan des implantations juives en Cisjordanie, avait qualifié de « terroristes israéliens » les habitants d’implantations assiégeant une maison palestinienne.
Un responsable américain et un responsable israélien ont indiqué vendredi que des responsables de la Maison Blanche faisaient pression sur Netanyahu afin qu’il condamne publiquement les événements en cours.
Les protestations de Washington ont commencé lorsqu’il est apparu que la maison d’un Palestinien-Américain figurait parmi les habitations assiégées, selon les deux responsables, qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat en raison du caractère sensible des discussions.
Netanyahu n’a jusqu’à présent fait aucune déclaration publique sur les événements de Qusra. Son cabinet et la Maison Blanche n’ont pas répondu dans l’immédiat aux demandes de commentaires.
La France a elle aussi condamné la situation à Qusra, appelant Israël à arrêter et à poursuivre en justice les habitants d’implantations qui bloquent l’accès à des maisons palestiniennes, ainsi qu’à assurer la protection de la population civile.
« La France condamne avec la plus grande fermeté l’occupation de plusieurs habitations palestiniennes dans le village de Qusra, en Cisjordanie, par des habitants d’implantations israéliennes, ainsi que les violences commises contre des civils palestiniens », a déclaré le ministère des Affaires étrangères.
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