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Rappelés à l’ordre par la justice et l’armée, les policiers disent vouloir arrêter les déserteurs

Le Shas fustige les arrestations de "précieux érudits de la Torah" ; Smotrich demande aux dirigeants haredim d'approuver le service militaire pour ceux qui n'étudient pas la Torah à plein temps

Des hommes ultra-orthodoxes bloquent une route et affrontent la police lors d'une manifestation contre l'incarcération d'un étudiant en yeshiva n'ayant pas respecté un ordre de conscription, à l'entrée de Jérusalem, le 16 février 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Des hommes ultra-orthodoxes bloquent une route et affrontent la police lors d'une manifestation contre l'incarcération d'un étudiant en yeshiva n'ayant pas respecté un ordre de conscription, à l'entrée de Jérusalem, le 16 février 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Suite aux vives critiques de l’armée et de la Haute Cour de justice, la police israélienne a annoncé lundi que son chef, Danny Levy, avait donné de nouvelles instructions aux agents. Ces derniers doivent désormais arrêter les réfractaires à la conscription, puis attendre que la police militaire vienne les emmener.

« Si un policier rencontre par hasard un réfractaire à la conscription, il devra l’arrêter, signaler son arrestation à la police militaire, puis attendre avec l’interpellé l’arrivée d’un représentant de ladite police militaire, dont le délai d’intervention est fixé à 30 minutes à compter du signalement », a précisé la police dans un communiqué.

« Si le représentant de la police militaire n’arrive pas, le réfractaire à la conscription sera relâché. Le policier lui remettra une convocation l’invitant à se présenter à la police militaire », poursuit le communiqué.

L’annonce de cette nouvelle stratégie a donné lieu à de vives condamnations de la part des partis haredim de la Knesset. Le président de Degel HaTorah, Moshe Gafni, a notamment accusé la procureure générale, Gali Baharav-Miara, qui prône une application plus stricte de la loi, de « plonger la société israélienne dans les abysses ».

Cette nouvelle réglementation policière « relève du populisme, est dangereuse et frappe durement les érudits de la Torah », a pour sa part déclaré Yitzhak Goldknopf, chef du parti Yahadout HaTorah. « Ni les mesures répressives ni les procédures d’application de la loi ne nous décourageront. Les érudits de la Torah continueront à apporter leur soutien au monde à travers leurs études », a-t-il ajouté.

« À l’heure où les actes de violence et la criminalité explosent et alors que les meurtriers circulent librement dans les rues, plutôt que de s’occuper comme il se doit de la sécurité nationale, la police préfère consacrer ses ressources à poursuivre de précieux érudits de la Torah comme s’il s’agissait de criminels de droit commun. Que cela se produise au sein de l’État juif est une honte et un scandale absolu », a affirmé le parti séfarade Shas dans un communiqué.

Depuis deux ans, l’armée a envoyé des dizaines de milliers d’ordres de conscription aux membres de la communauté ultra-orthodoxe, dont les exemptions du service obligatoire dans les rangs de l’armée israélienne ont été révoquées en vertu d’un arrêt rendu par la Cour suprême en 2024. La plupart d’entre eux ont ignoré ces ordres ; de nombreux jeunes hommes ont ainsi été jugés réfractaires à la conscription, et sont donc passibles d’arrestation ou d’autres sanctions.

Le chef de la police Danny Levy s’exprimant lors d’une cérémonie à l’Académie nationale de police, à Beit Shemesh, le 15 septembre 2025. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

L’armée s’est abstenue de procéder à l’arrestation des 80 000 hommes ultra-orthodoxes, âgés de 18 à 24 ans, susceptibles d’être appelés sous les drapeaux. Cependant, l’arrestation d’une fraction d’entre eux, même minime, a suffi à déclencher la colère et, parfois, des violences dans les différentes enclaves haredim du pays.

Dimanche, l’armée israélienne a mis en garde contre une pénurie toujours plus grave de soldats de combat dans l’armée permanente, faisant état d’une forte lassitude parmi les soldats et craignant que l’armée de réserve ne « s’effondre » si le gouvernement n’adopte pas les mesures législatives nécessaires.

Selon l’armée israélienne, le projet de loi porté par le gouvernement, qui prétend prévoir une augmentation de la conscription au sein de la communauté haredi mais qui, dans les faits, revient à consacrer des exemptions généralisées au service militaire, n’apportera pas de solution satisfaisante aux besoins en effectifs qui sont les siens à court terme.

« Une violation massive, avérée et persistante de la loi »

La décision de la police de sévir davantage fait suite à de vives critiques de la part de l’armée et du pouvoir judiciaire.

Lors d’une réunion avec Baharav-Miara au mois de janvier, des responsables de l’armée ont affirmé que la police faisait systématiquement obstacle à l’arrestation par l’armée des réfractaires au service militaire dans les quartiers ultra-orthodoxes.

Des Juifs ultra-orthodoxes manifestant contre leur enrôlement dans l’armée devant un centre de recrutement, à Jérusalem, le 28 avril 2025. (Crédit : Sam Sokol/Times of Israel)

« Dans les faits, les agents de la police militaire n’obtiennent généralement pas l’autorisation de la police israélienne de mener des opérations dans les quartiers haredim ou mixtes », peut-on lire dans un compte rendu de la réunion, qui souligne que toute opération prévue par l’armée israélienne contre des réfractaires à la conscription nécessite l’accord préalable de la police locale.

Des responsables de l’armée ont également noté que, d’après la réglementation de la police, « les membres de la communauté haredi interpellés lors de contrôles aléatoires par la police et qui s’avèrent, lors de leur interpellation, être des déserteurs ou des réfractaires au service militaire, sont en fait relâchés ».

Par ailleurs, une récente enquête du Times of Israel a révélé que les forces de l’ordre n’ont pris que peu de mesures contre ceux qui s’efforcent de contourner les dispositions applicables en matière de conscription, à l’instar de la faction radicale de Jérusalem.

Le mois dernier, la Haute Cour de justice a ordonné à l’État d’engager des « poursuites pénales » contre les réfractaires haredim, qualifiant d’ « inacceptable » l’incapacité de la police à les arrêter et décrivant la situation comme une « violation massive, délibérée et persistante de la loi ».

Le vice-président de la Cour suprême, Noam Sohlberg, préside une audience consacrée aux mesures prises par le gouvernement pour enrôler les juifs ultra-orthodoxes dans l’armée israélienne, le 12 avril 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La Cour a justifié sa décision par le fait que le gouvernement n’avait pas appliqué son arrêt de novembre 2025, qui lui enjoignait de prendre des mesures coercitives à l’encontre des hommes ultra-orthodoxes qui ne s’enrôlent pas dans l’armée israélienne après avoir reçu leur ordre de conscription.

Dissolution de la Knesset et reprise du projet de loi sur l’exemption

La semaine dernière, les Haredim ont décidé de faire pression en faveur de la dissolution de la Knesset après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu les a informés que sa coalition ne disposait pas de la majorité nécessaire dans la Knesset actuelle pour faire adopter son projet de loi controversé sur l’exemption du service militaire, leur suggérant d’attendre jusqu’après les élections de 2026.

Un vote préliminaire sur une proposition de loi relative à la dissolution de la Knesset est prévu ce mercredi.

Afin de convaincre les Haredim de reporter les élections jusqu’en octobre, le projet de loi sur l’exemption a été remis à l’ordre du jour parlementaire pour mercredi, avec un débat prévu au sein de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset en vue de le préparer aux deux dernières lectures nécessaires à son adoption.

Le chef de l’opposition, Yair Lapid, s’exprime durant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire de son parti, Yesh Atid, à la Knesset, le 18 mai 2026. (Crédit : Sam Sokol/Times of Israel)

S’adressant aux journalistes lundi avant la réunion hebdomadaire de son parti Yesh Atid à la Knesset, le chef de l’opposition Yair Lapid a mis en garde les députés de la coalition, leur rappelant que leurs électeurs ne leur pardonneraient pas s’ils votaient en faveur du projet de loi.

« Si un député vote en faveur de l’exemption du service militaire, ses électeurs aux primaires doivent savoir qu’il n’est plus sioniste, et qu’il met leur sécurité en danger », a-t-il affirmé, dans une allusion à des informations selon lesquelles Netanyahu aurait fait pression sur les députés du Likud opposés au projet de loi pour qu’ils changent d’avis.

« Depuis deux jours, Netanyahu et son cabinet exercent une pression démesurée sur les députés de la coalition, afin de les convaincre de soutenir la loi sur les réfractaires à la conscription. Tout cela pour gagner quelques jours de plus au pouvoir », a ajouté Lapid. « Nous achèterons des panneaux d’affichage dans tout l’État d’Israël. Et si vous soutenez cette loi, dans chaque recoin du pays, on verra un panneau avec votre visage, et en dessous la mention : ‘Soutient les réfractaires au service militaire en temps de guerre.' »

Peu après, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a exigé des dirigeants de la communauté ultra-orthodoxe qu’ils approuvent clairement le service militaire pour ceux qui n’étudient pas la Torah à plein temps, en tant que condition préalable au soutien de son parti, HaTzionout HaDatit, à ce projet de loi.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich tenant une conférence de presse avant le vote final sur le budget de l’État 2026, à la Knesset, à Jérusalem, le 29 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Même si le parti est « prêt à de nombreux compromis coûteux », il a « une exigence fondamentale, de principe et morale à l’égard des dirigeants haredim », a indiqué Smotrich, qui a conditionné son soutien au projet de loi à « une affirmation claire de la part des dirigeants haredim stipulant que toute personne qui n’étudie pas la Torah doit s’enrôler ».

« C’est le minimum requis pour qu’il soit possible d’avancer dans ce processus aussi important que nécessaire », a insisté Smotrich.

Les hauts responsables spirituels ultra-orthodoxes semblent pour leur part considérer les efforts déployés pour légiférer et réglementer la conscription des Haredim comme de simples manœuvres dilatoires, assurant ouvertement leur intention de ne pas autoriser les jeunes Haredim à s’enrôler dans l’armée israélienne, selon des enregistrements de conversations diffusés sur la chaîne N12 en janvier.

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett dans un message vidéo diffusé depuis la frontière nord, le 18 mai 2026. (Crédit : Capture d’écran)

Dans un message filmé à la frontière nord, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett a quant à lui accusé le gouvernement Netanyahu de ne pas avoir su faire face à la menace des drones, et d’avoir poignardé dans le dos les soldats de l’armée israélienne en soutenant les mesures d’exemption du service militaire pour les Haredim.

« La guerre dure depuis près de 1 000 jours, et le gouvernement ne se souvient que maintenant que les drones explosifs sont une menace ? C’est juste inimaginable. Citoyens, si nous distribuons des filets aux soldats ici, c’est parce que le gouvernement n’a pas pris les mesures nécessaires », a déclaré Bennett.

« Alors que les soldats de l’armée israélienne combattent le Hezbollah au nord, le gouvernement les poignarde dans le dos en adoptant cette loi scandaleuse sur l’exemption du service militaire, qui prive l’armée des soldats nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Nous les remplacerons bientôt, et nous remédierons à cette situation. » Le Hezbollah mène presque quotidiennement des attaques à l’aide de drones explosifs contre les soldats de l’armée israélienne dans le sud du Liban.

S’exprimant dimanche lors de la réunion hebdomadaire de son cabinet, le Premier ministre a assuré avoir mis en garde contre la menace des drones il y a six ans, sans toutefois expliquer pourquoi, malgré toutes ces années au pouvoir.

Jeremy Sharon, Emanuel Fabian et Charlie Summers ont contribué à cet article.

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