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Reb Aryeh, le “prisonnier” rabbin de l’Israël pré-étatique qui aidait les lépreux

Identifiant les corps des soldats grâce à la Kabbale et réconfortant les opprimés et les malades, Aryeh Levin a acquis une réputation de piété au début des années 1900 à Jérusalem

  • Le quartier de Mishkenot Yisrael à Jérusalem, qui fait maintenant partie du grand quartier de Nahlaot, a été l'un des premiers à être construit hors des murs de la vieille ville en 1875. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le quartier de Mishkenot Yisrael à Jérusalem, qui fait maintenant partie du grand quartier de Nahlaot, a été l'un des premiers à être construit hors des murs de la vieille ville en 1875. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le quartier de Mishkenot Yisrael, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le quartier de Mishkenot Yisrael, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Un signe en forme de huit à l'extérieur d'un bâtiment, dans le quartier de Mishkenot Yisrael, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Un signe en forme de huit à l'extérieur d'un bâtiment, dans le quartier de Mishkenot Yisrael, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une peinture murale de Reb Aryeh Levin ornant l'extérieur d'un bâtiment, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une peinture murale de Reb Aryeh Levin ornant l'extérieur d'un bâtiment, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La synagogue Ahdout Yisrael, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La synagogue Ahdout Yisrael, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le cadran solaire à l'extérieur du bâtiment abritant la synagogue Zoharei Hama, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le cadran solaire à l'extérieur du bâtiment abritant la synagogue Zoharei Hama, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La synagogue Zoharei Hama, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La synagogue Zoharei Hama, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Moins de deux mois après le vote des Nations unies en faveur de l’établissement de deux États dans le mandat post-britannique de la Palestine – l’un pour les Arabes et l’autre pour les Juifs – les Arabes attaquent quatre minuscules kibboutzim au Gush Etzion au sud de Jérusalem.

Le 15 janvier 1948, la situation humanitaire est désespérée et un peloton de 35 jeunes hommes du Palmach, une force de combat paramilitaire juive d’élite, part pour le Gush Etzion avec des fournitures médicales et des armes pour les défendre. Le groupe est dirigé par le commandant Danny Mas, alors âgé de 25 ans.

Personne ne sait exactement comment on les a découverts le lendemain matin, mais de l’avis général, avant d’arriver à destination, ils seraient tombés sur deux femmes arabes en train de ramasser du bois auxquelles ils n’auraient pas fait de mal mais qui auraient donné l’alerte. Au cours de la bataille difficile – et manifestement inégale – qui s’ensuit entre la trentaine de soldats de Palmach et des centaines d’Arabes armés, tous les soldats juifs du peloton sont tués. Ce peloton entre dans l’histoire israélienne sous le nom de « Lamed-He » – le nombre « 35 » selon le système alphanumérique hébraïque.

Plusieurs jours après la bataille, et bien que les corps aient été gravement mutilés par les Arabes, les hommes sont inhumés ensemble à l’intérieur du Gush Etzion, avec une carte donnant la localisation précise de chacun d’entre eux.

Après-guerre, en novembre 1949, les hommes seront inhumés une nouvelle fois dans le cimetière militaire nouvellement créé du mont Herzl. Mais la carte est perdue et douze des soldats ne sont pas identifiés. Une solution est trouvée lorsqu’un rabbin de Jérusalem, Aryeh Levin, organise une cérémonie nocturne appelée le « Goral Hagrala » (la loterie du Gaon de Vilna) dans sa petite yeshiva. Il ouvre une ancienne Bible au hasard à onze reprises jusqu’à ce que les pages donnent un indice sur l’identité des soldats. Une fois identifié les onze premiers corps, l’identité du douzième va de soi.

Rabbi Aryeh Levin, sur une photo non datée. (Crédit : Rav Benjy Levin)

Aryeh, comme le surnomment affectueusement ceux qui le connaissent, s’est attiré une réputation de saint homme d’une justice et d’une compassion sans égales. Il est connu partout sous le nom de rabbin des prisonniers, mais aussi des malades, des opprimés et des désespérés de Jérusalem dont il s’occupe sans relâche, à commencer par les Juifs incarcérés dans la prison centrale britannique pendant le mandat britannique – parfois des voleurs et des meurtriers, mais le plus souvent des membres de la clandestinité juive qui se battent pour l’indépendance.

Né près de Bialystok (anciennement en Russie, aujourd’hui en Pologne) en 1885, Reb Aryeh immigre en Palestine sous mandat britannique à l’âge de 20 ans. Il vit avec son épouse et leurs sept enfants dans un modeste appartement avec une toute petite cuisine et deux grandes pièces. Cet humble domicile est situé dans un quartier proche de Jaffa Road, l’axe principal reliant la ville portuaire de Jaffa à Jérusalem.

Appelé Mishkenot Yisrael, en référence à un passage biblique du Livre des Nombres – BaMidbar (24:5), c’est le premier quartier créé en 1875 en dehors de la Vieille Ville. Entouré de murs de pierre, le quartier ressemble à une forteresse et ses portes se ferment hermétiquement chaque nuit. C’est une protection contre les voleurs de routes, les loups et les chacals qui rôdent dans les champs autour des remparts de la Vieille Ville. Sur les murs extérieurs de certaines maisons se trouvent de grands huit en fer qui servent à renforcer les poutres.

En 1927, Reb Aryeh commence à se rendre dans la prison centrale de Jérusalem, celle de l’époque du mandat britannique (aujourd’hui le Musée des prisonniers clandestins) : il finit par obtenir qu’une cellule serve de synagogue à Shabbat et des fêtes du Nouvel an juif. Grâce à sa mémoire phénoménale, Reb Aryeh parvient à faire passer des messages entre les personnes incarcérées dans la prison et les familles dont il retient instantanément l’adresse.

Les cimetières de la guerre Israël-Hamas de 2023-2024 au premier plan, avec le « Lamed-He », ou « 35 » tué au Gush Eztion en 1948, en arrière-plan. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Demeure le problème des messages écrits à livrer aux prisonniers. La femme de Reb Aryeh, Hannah, considérée comme aussi vertueuse et sainte que son mari, coud de profondes poches dans sa tenue de rabbin pour que les messages ne fassent pas de bruit quand il bouge. Elle aménage des coutures, dans ses vêtements, pour les dizaines de missives que les prisonniers font passer dehors grâce à son mari, qui arpente ensuite toute la ville pour livrer les messages. (On propose à Reb Aryeh de devenir l’aumônier officiel de la prison en 1931, ce qu’il accepte à la condition de ne pas être rémunéré.)

Avant même de se faire connaître sous le nom de « Rabbin des prisonniers » en raison de son dévouement aux Juifs incarcérés, Reb Aryeh rend fréquemment visite aux patients de l’asile des lépreux de la ville. Il commence à s’intéresser à l’asile un jour de prière au mur Occidental. Il demande à une femme en train de sangloter pour quelle raison elle pleure. Elle lui répond que son fils est un lépreu incurable caché dans une institution et perdu à jamais. L’institution – aujourd’hui connue sous le nom de Hansen House – s’appelait alors Jesus Hilfe (L’Aide de Jésus) : elle est l’œuvre du célèbre architecte germano-chrétien Conrad Schick.

Bien décidé à aller voir le garçon, le rabbin est choqué de trouver douze patients juifs à l’intérieur de cet établissement et d’apprendre qu’ils sont pris en charge par des religieuses chrétiennes allemandes. Les Juifs sont ravis de sa visite – cela fait vraisemblablement des années que personne n’est venu les voir. Reb Aryeh décide de revenir chaque semaine, pour lire la Torah et parler avec tous les patients.

Pour les fêtes du Nouvel an juif, ses fils l’accompagnent à l’hôpital, où ils soufflent dans le shofar (corne du bélier). Ils n’écoutent pas les mises en garde contre le risque d’attraper la lèpre, persuadés que lorsque l’on fait une bonne action, le Seigneur veille sur vous.

La maison Hansen, ancienne léproserie visitée par Reb Aryeh Levin, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Tôt le matin, Reb Aryeh assiste aux prières au Zoharei Hama (Premiers Rayons du Soleil), synagogue située au quatrième étage du premier gratte-ciel de Jérusalem. Construit au début du XXe siècle par le rabbin immigrant russo-américain Shmuel Levi, il est un premier temps un immeuble de trois étages qui, au fil du temps, passe à cinq étages et est un lieu d’hospitalité pour les pèlerins indigents. Sa célébrité tient également à son énorme cadran solaire de cinq mètres de haut, construit en 1918 par un rabbin de Jérusalem qui avait appris l’astronomie en autodidacte.

Reb Aryeh prie souvent à l’ancienne synagogue Ahdout Yisrael. Située au deuxième étage de l’orphelinat séfarade, près de l’humble demeure du rabbin, la synagogue existe depuis 1937, à l’initiative d’un mouvement nationaliste religieux fondé l’année précédente. Ses membres sont des combattants ou des sympathisants de la clandestinité pré-étatique. Dédiée à la mémoire des douze combattants clandestins juifs exécutés par les Britanniques pendant leur mandat en Palestine, la synagogue possède une cache d’armes, sous l’arche de la Torah.

Entre l’après-guerre d’Indépendance de 1948 et sa mort, en 1969, Reb Aryeh sera le rabbin de cette synagogue ; aujourd’hui, ce poste est occupé par son petit-fils, le charmant rabbin d’origine américaine Benjamin Levin, également connu sous le nom de Rav Benji.

En grandissant, Rav Benji a passé beaucoup d’étés à Jérusalem, avec son grand-père, et il a souvent vu à quel point Reb Aryeh était adulé et adoré par ceux qu’ils rencontraient. Il semblait être partout à la fois, offrant du réconfort, aidant les personnes dans le besoin ou allant prier un peu partout.

Le rabbin Benjamin Levin à côté du « slik » dans la synagogue Ahdout Yisrael, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Rav Benji se rappelle d’un Shabbat pendant lequel son grand-père et lui marchaient rue Ben Yehuda à Jérusalem lorsqu’une voiture était passée. « J’avais 14 ans », dit-il, « et la conscience que c’était terrible de profaner ainsi la ville la plus sainte du monde le jour le plus saint de la semaine ». Mais Reb Aryeh, bien conscient de ce qui se passait, détestait mal parler de quiconque. « Alors il m’a regardé et m’a dit : ‘Binyaminke, c’est peut-être pour sauver une vie' », donnant ainsi au conducteur le bénéfice du doute, car il est permis de rompre le Shabbat pour des questions de vie ou de mort.

L’une de mes histoires préférées de tous les temps à propos de Reb Aryeh concerne une femme charitable et juste qui élevait seule de jeunes enfants. Un jour, lors de sa visite habituelle dans un hôpital de Jérusalem, le rabbin est tombé sur une femme inconsciente. Elle souffrait d’une maladie grave et était entourée de rideaux, ce qui indique que son cas était désespéré.

L’ancienne maison du rabbin Aryeh Levin dans le quartier de Mishkenot Yisrael à Jérusalem, aujourd’hui à Nachlaot. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Trop préoccupé pour se soucier de savoir s’il se donnait en spectacle, Reb Aryeh a passé l’heure suivante à reprocher au Tout-Puissant d’avoir abandonné la femme et à sangloter une prière pour que Dieu soit miséricordieux et compatissant. Puis il est parti. Peu de temps après, la femme s’est réveillée, demandant de l’eau et de la nourriture. Elle s’est complètement rétablie, sans raison apparente. Ceux qui connaissent le saint Reb Aryeh ont leur explication.

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides en anglais sur Israël. Shmuel Bar-Am est un guide touristique agréé qui propose des visites privées et personnalisées en Israël pour les particuliers, les familles et les petits groupes.

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