Trump temporise face à l’Iran, qui multiplie les menaces contre le Golfe et l’Europe
Selon CNN, Washington suspend les négociations et mise sur la pression économique pour faire céder Téhéran ; l’Iran menace l’Europe, l’OTAN promet de réagir et les EAU rompent leurs relations économiques avec le régime
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Le président américain Donald Trump a ordonné à ses négociateurs de suspendre sine die les pourparlers avec l’Iran, mettant ainsi un terme aux « discussions positives » avec la République islamique, a rapporté mercredi CNN, citant des responsables américains.
Trump l’avait déjà affirmé mardi, écrivant sur sa plateforme Truth Social : « Il n’y a ni pourparlers ni discussions, ni en cours ni prévus, avec la République islamique d’Iran. » Le président des États-Unis a également partagé sur les réseaux sociaux une image présentant le détroit d’Ormuz comme un « nouveau territoire américain », renouvelant ainsi sa menace de revendiquer la souveraineté sur cette voie navigable stratégique.
Ces déclarations interviennent au lendemain de celles de Jared Kushner, gendre de Trump et membre éminent de l’équipe de négociation, qui avait évoqué des discussions « intenses » entre les États-Unis et l’Iran, tout en admettant que Téhéran n’était pas encore prêt à conclure un accord susceptible de satisfaire Washington.
Selon le reportage de CNN, Trump, de plus en plus irrité par le refus de l’Iran de céder à ses exigences, a donc décidé de changer de stratégie et de suspendre tout dialogue jusqu’à ce que Téhéran se montre disposé à conclure un accord à sa mesure.
Lors de discussions avec leurs alliés, des responsables de l’administration ont décrit ce changement comme un passage d’une stratégie consistant à « frapper l’Iran dès que possible » à une stratégie visant à « l’étrangler » petit à petit, a rapporté CNN. La chaîne a souligné que la Maison Blanche estime que la pression économique finira par amener Téhéran à céder sur la question du détroit d’Ormuz et d’autres enjeux clés.
À ce titre, les responsables cités dans le reportage prévoient que les États-Unis imposeront de nouvelles sanctions « écrasantes » à l’Iran, lesquelles pourraient être annoncées dès cette semaine. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a également fait savoir qu’il était prêt à maintenir « indéfiniment » le blocus naval des ports iraniens, alors que les États-Unis semblent se préparer à une campagne de pression à long-terme, faute de progrès dans les négociations.
Selon le média, Trump aspire à retrouver le statu quo qui prévalait dans la gestion du détroit d’Ormuz avant le début de la guerre, c’est-à-dire un libre passage des navires sans péage ni redevance versés à l’Iran ou à toute autre partie. Or, un accord en cours d’élaboration entre l’Iran et Oman prévoit que des frais de service ou d’autres coûts soient facturés aux compagnies maritimes désirant transiter par le détroit – une perspective qui a suscité la colère de Trump, qui est même allé jusqu’à menacer de bombarder Oman pour sa participation aux négociations.
L’Iran a de facto fermé ce couloir stratégique, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, en représailles à la guerre que Trump a déclenchée avec Israël à la fin du mois de février contre le programme nucléaire iranien. L’Iran affirme qu’il ne rouvrira pas le détroit tant que Washington n’aura pas satisfait à une longue liste d’exigences, notamment la fin du blocus des ports iraniens par les États-Unis, la levée des sanctions sur le pétrole, le déblocage des avoirs iraniens gelés, et le paiement de dommages-intérêts de guerre.
L’Iran intensifie ses menaces contre le Golfe et l’Europe ; l’OTAN promet de riposter en cas d’attaque
Mercredi, Téhéran a durci le ton, affirmant aux pays du Golfe que toute aide apportée à l’armée américaine reviendrait à se joindre aux opérations militaires des États-Unis. Selon certaines informations, l’Iran envisagerait également de prendre pour cible des intérêts américains en Europe en cas de reprise du conflit.
« Nous tenons à mettre en garde contre le fait que toute aide ou facilitation apportée à l’armée américaine, qui est l’agresseur, équivaut à une participation à l’opération militaire menée par les États-Unis », a indiqué le chef d’état-major des forces armées, Ali Abdollahi, des propos rapportés par l’agence de presse iranienne Mehr.
« Il semble peu probable que tant d’appareils militaires, en particulier des avions ravitailleurs, puissent être présents sur des bases régionales à l’insu des pays hôtes », a ajouté Abdollahi.
« Les États riverains du golfe Persique, qui ont publié des déclarations diverses dans lesquelles ils affirment qu’ils ne permettraient pas aux États-Unis d’utiliser leur territoire contre l’Iran, doivent savoir que nous sommes pleinement conscients de la situation », a-t-il averti.
L’Iran envisage par ailleurs de prendre pour cible des sites ou des installations militaires américains en Europe si les combats devaient reprendre, a rapporté mercredi le Financial Times, citant des sources proches du régime.
Selon le journal britannique, des installations militaires en Bulgarie ou à Chypre pourraient ainsi être attaquées. La portée des mesures de représailles du régime, qui se sont jusqu’à présent principalement concentrées sur le Moyen-Orient, s’en trouverait considérablement élargie. Les deux pays cités mettent leurs bases militaires à la disposition des troupes et du matériel américains.
Au cours de la guerre qui a éclaté le 28 février, l’Iran a tiré un missile en direction de la base aérienne de Diego Garcia, située à quelque 4 000 kilomètres, dans le sud de l’océan Indien, démontrant ainsi sa capacité à frapper pratiquement n’importe où en Europe. Les analystes estiment toutefois que cette portée accrue se ferait au prix d’une ogive plus petite, ce qui limiterait les dégâts potentiels.
Les responsables israéliens ont mis en garde à plusieurs reprises contre la menace iranienne qui pèse sur l’Europe.
Les sources proches du régime citées dans l’article ont également évoqué la possibilité d’endommager les câbles à fibres optiques qui passent sous le détroit d’Ormuz, ce qui pourrait fortement perturber les télécommunications.
L’une des sources a déclaré que l’Iran n’aurait « aucune limite » dans sa riposte si les États-Unis passaient à l’attaque. « Si les États-Unis vont trop loin, l’Iran se défendra quoi qu’il en coûte, dépassera les frontières de la région et frappera également l’Europe », a-t-elle expliqué.
La deuxième source a affirmé au journal que les menaces d’attaques américaines contre les infrastructures déclencheraient une riposte de plus grande ampleur, citant comme preuve des capacités de ciblage de Téhéran une frappe contre la Jordanie, au cours de laquelle trois militaires américains avaient été tués.
« Ce message s’adressait également à l’Europe : elle peut être prise pour cible par des missiles ; elle doit donc savoir quelle position adopter dans cette guerre », ont ajouté les sources. « Une très grave erreur, comme frapper nos infrastructures, pourrait faire basculer la guerre au-delà de la région, jusqu’en Europe. »
Réagissant à cet article, un responsable de l’OTAN a répondu que l’alliance était prête à faire face à toute menace, et qu’elle ferait toujours le nécessaire pour défendre tous ses alliés.
« Nous avons démontré plus tôt cette année, lorsque les défenses aériennes de l’OTAN ont intercepté avec succès, à quatre reprises, des missiles balistiques lancés depuis l’Iran en direction de la Turquie, que notre système de dissuasion et notre posture de défense sont solides et efficaces », a assuré ce responsable.
Les Émirats arabes unis suspendent leurs relations financières avec l’Iran jusqu’à nouvel ordre
Mercredi, par ailleurs, les Émirats arabes unis ont décidé de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, toutes leurs transactions financières et économiques avec l’Iran, invoquant une escalade militaire de la part de Téhéran et une menace de tir de missiles lancée la veille.
Les Émirats arabes unis, puissance régionale et allié proche des États-Unis et d’Israël, ont été l’État du Golfe le plus durement frappé par Téhéran au début de la guerre au Moyen-Orient. La dernière attaque signalée sur le sol émirati remonte néanmoins au 4 mai, lorsqu’une frappe a visé le port de Fujaïrah, point clé de l’exportation pétrolière.
Cette décision des Émirats arabes unis de rompre leurs relations commerciales fait suite à l’annonce, par le ministère de la Défense du pays, de la détection de deux missiles balistiques lancés depuis l’Iran. Un incident qui a marqué la première fois, en plusieurs mois, que les habitants ont été avertis par alerte téléphonique d’éventuelles menaces.
Dans un communiqué, le ministère a indiqué que, d’après ses évaluations, les missiles visaient le « trafic maritime ». Tous deux se sont abattus en mer, a-t-il précisé.
Un peu plus tard dans la journée de mardi, les Émirats arabes unis ont envoyé, suite à l’alerte précédente, un message aux habitants, leur indiquant que la situation était désormais sûre et qu’ils pouvaient reprendre leurs activités.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a rejeté la déclaration des Émirats arabes unis selon laquelle ses missiles avaient visé le trafic maritime, la jugeant « sans fondement ».
Le tir de missiles que les Émirats arabes unis ont imputé à l’Iran est survenu alors que la période de 60 jours prévue pour les négociations de paix entre les États-Unis et l’Iran s’est achevée sans avancée majeure, laissant craindre une nouvelle escalade de ce conflit qui perturbe le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz depuis février et ébranle les marchés mondiaux.
Afra al-Hameli, directrice du département de la communication stratégique au ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, a déclaré que son pays était attaché au dialogue et à la coopération pour favoriser la paix, la stabilité et la prospérité dans la région.
Hameli a précisé qu’au vu des escalades dans la région qui compromettent la paix et la sécurité à l’échelle régionale et internationale, tous les échanges commerciaux et toutes les transactions financières avec l’Iran avaient été suspendus.
Les Émirats arabes unis ont été précipités dans la guerre qui sévit dans la région depuis février, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran. Si les attaques de Téhéran contre le territoire émirati ont cessé en mai, elles se sont toutefois poursuivies dans les pays voisins, le Koweït et Bahreïn. Les attaques en mer contre ses navires n’ont pas cessé.
En août, la Compagnie nationale pétrolière d’Abou Dhabi (ADNOC), l’un des plus grands producteurs d’énergie au monde, a fait savoir qu’elle était fortement affectée par ce qu’elle a qualifié d’attaques non provoquées contre son personnel et ses actifs, alors qu’elle s’efforçait de continuer à répondre aux besoins de ses clients dans un « environnement exceptionnellement complexe ».
L’ADNOC a indiqué dans un communiqué que plusieurs de ses navires avaient été attaqués par des missiles et des drones depuis le début du conflit alors qu’ils transitaient par le détroit d’Ormuz.
L’Iran n’a pas revendiqué la responsabilité des attaques contre les navires de l’ADNOC. Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, avait auparavant menacé de prendre des mesures contre les navires transitant par le détroit s’ils étaient liés aux adversaires de Téhéran ou s’ils ne se conformaient pas aux directives iraniennes.
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