Tom Barrack, l’envoyé spécial présidentiel américain pour la Syrie et l’Irak, a laissé entendre que les dirigeants israéliens ont « appâté » la Turquie pour l’entraîner dans un conflit à des fins électorales lorsque Tsahal a frappé un aérodrome militaire syrien où, selon Israël, la Turquie s’apprêtait à déployer des soldats.
Dans un entretien avec Mario Nawfal, une personnalité des réseaux sociaux basée à Dubaï, qui a été diffusé vendredi, Barrack a expliqué qu’il s’agissait de l’une des deux « théories qui sont avancées » pour expliquer pourquoi Israël a attaqué la Syrie malgré leurs contacts de haut-niveau – Barrack évoquant notamment une conversation approfondie de deux heures qui avait eu lieu quelques jours auparavant entre le chef du Mossad, Roman Gofman, et le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani.
« Une théorie est qu’ils ont cherché, tout simplement, à provoquer la Turquie, et c’est un concept préélectoral très agressif, mais qui est susceptible d’avoir été bien accueilli », a indiqué Barrack.
« L’autre théorie, c’est qu’il y a eu un malentendu entre l’armée israélienne, le Mossad et le cabinet du Premier ministre », a-t-il ajouté. « Peut-être que le directeur du Mossad avait mené des actions secrètes et très sérieuses qu’il n’avait pas encore achevées, des actions dont il n’était pas satisfait, et pour lesquelles il comptait revenir la semaine suivante, dans le but de poursuivre la discussion. Et entre-temps, un commandant quelque part, qui s’est basé sur ce qu’il a pensé être l’interprétation des renseignements, a estimé qu’il fallait agir rapidement, sans attendre ».
Barrack a aussi mis en doute l’affirmation faite par Israël, qui a laissé entendre que la Turquie déployait des moyens militaires vers l’aérodrome militaire d’Abu al-Duhur, dans le nord-ouest de la Syrie.
« Il faut reconnaître à Israël », dit-il, « qu’il a informé les États-Unis environ six jours avant la frappe qu’il disposait de renseignements indiquant, selon lui, qu’il pourrait y avoir des mouvements turcs en direction de ce site ».
« Nous avons tous fait preuve de la diligence requise. Nous avons consulté nos propres services de renseignement. Les réponses que nous avons obtenues étaient : ‘Non, ce n’est pas le cas’, » a expliqué Barrack.
« L’explication la plus plausible » de la frappe israélienne « est qu’ils ont intercepté des conversations faisant état d’une stratégie envisagée par les Turcs, une stratégie qui visait à intensifier un programme d’entraînement sur ce site ».
Il a ajouté que les accords actuels n’interdisaient pas une telle initiative, notant que les Turcs « forment, approvisionnent et aident ouvertement le gouvernement syrien » le long de la frontière commune entre les deux pays.
Dans une autre partie de l’interview, Barrack a également qualifié le plateau du Golan « d’occupé » par Israël, marquant ainsi une rupture apparente avec la reconnaissance par Washington de la souveraineté israélienne sur ce territoire lors du premier mandat du président américain Donald Trump.
« Dans le Golan, avec la Syrie, ils occupent toujours le Golan en violation des résolutions de l’ONU, en violation de tout l’ordre international, qui a déclaré que le Golan apparenait à la Syrie », a déclaré Barrack, faisant référence à Israël.