Un nombre record de Juifs britanniques se rendent au salon « Aliyah Day » à Londres
Plus de 1 200 personnes ont participé dimanche à cet événement proposant des conseils pour s'installer en Israël, même si les données n'indiquent pas encore d'exode massif alors que l'antisémitisme secoue le pays
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S’il existait une métaphore illustrant l’ambivalence des Juifs britanniques face à l’émigration vers Israël, elle était pleinement visible dimanche lors du salon « Aliyah Day » à Londres.
Les visiteurs de cet événement, qui s’est tenu au StoneX Stadium, un stade de rugby du nord de Londres, ont franchi des contrôles de sécurité dignes d’un aéroport sous l’œil vigilant d’agents de la police métropolitaine, de bénévoles de l’association juive à but non lucratif Community Security Trust (CST) et de vigiles israéliens costauds.
À l’intérieur, l’ambiance était différente.
« Rentrez à la maison », pouvait-on lire sur une pancarte bleue et blanche à l’entrée de l’espace événementiel.
Derrière, un guichet unique attendait ceux qui envisageaient une nouvelle vie en Israël. Des représentants proposaient des conseils sur la citoyenneté, les cours d’hébreu, les universités, l’emploi, la fiscalité, les écoles et le choix d’une ville ou d’une communauté.
Plus de 1 200 personnes ont franchi les portes tout au long de la journée, un chiffre bien supérieur aux années précédentes. Ce chiffre est d’autant plus remarquable que le rassemblement contre l’antisémitisme se déroulait, le même après-midi, devant Downing Street, auquel environ 20 000 personnes ont participé.
La communauté juive britannique est sur le qui-vive depuis une série d’actes antisémites, notamment l’agression à l’arme blanche de deux hommes juifs à Golders Green, l’incendie criminel de quatre ambulances appartenant au service de secouristes bénévoles Hatzola dans ce même quartier à forte population juive, et l’attaque terroriste contre une synagogue de Manchester, qui a fait deux morts, le matin de Yom Kippour en octobre.
Le salon était organisé par l’Agence juive pour Israël, le Keren Hayesod, le ministère israélien de l’Immigration et de l’Intégration, Ofek Israeli – une société de l’Organisation sioniste mondiale (WZO) qui œuvre pour encourager l’immigration vers Israël – et le département de promotion de l’alyah de la WZO. Des représentants de ces groupes, ainsi que des prestataires de services et des responsables municipaux israéliens, ont donné des conseils pratiques sur le processus d’installation en Israël.
Les organisateurs ont précisé que leur objectif n’était pas d’encourager les gens à quitter le Royaume-Uni, mais de présenter les différentes options aux personnes envisageant déjà de s’installer en Israël.
Parmi les participants figuraient Hezzie et Tamara Raymond, un couple de 35 ans, accompagnés de leur fils de 9 mois. Tamara avait déjà quitté Londres pour s’installer en Israël, mais elle s’était retrouvée « coincée ici », dans sa ville natale, pendant la pandémie de Covid-19, alors qu’elle rendait visite à sa famille. C’est à cette occasion qu’elle a rencontré l’homme qu’elle allait épouser.
« Dès le début, je lui ai demandé ce qu’il faudrait pour qu’il envisage de déménager en Israël », a-t-elle raconté.
« Il m’a répondu que ce ne serait pas grand-chose, car ses frères et sœurs ainsi que ses grands-parents y vivent déjà. »
Aujourd’hui, le couple prévoit de s’y rendre pour présenter leur fils à sa famille.
« Ils ne l’ont pas encore rencontré, ce qui a été difficile », a déclaré Raymond, ajoutant qu’il était plus compliqué de voyager depuis la naissance de leur fils.
« Même si j’aime toujours l’Angleterre, je veux que la famille soit réunie. »
Tamara a acquiescé, affirmant qu’elle « aime l’Angleterre » et que « rien ne vaut » la campagne britannique.
Mais le fait d’avoir un enfant a renforcé sa détermination à retourner en Israël, où elle a vécu douze ans.
« Je veux élever mon fils en Israël », a-t-elle déclaré.
« Je pense qu’il y trouvera la liberté d’être qui il veut être. »
« J’ai l’impression qu’en Israël, on forme juste une famille heureuse, très dysfonctionnelle, mais au bout du compte, ça reste une famille. Je veux l’élever dans cet esprit – je pense que c’est quelque chose de magnifique qu’on ne trouve nulle part ailleurs », a-t-elle expliqué.
Achinoam et Gidon Blake réalisent eux aussi un rêve de longue date : ils s’installeront avec leurs deux adolescents cet été. Ils bénéficient de l’aide d’Israela, une initiative d’origine française désormais spécialisée dans l’intégration de familles venues du monde entier.
Le couple avait déjà envisagé de s’installer en Israël, mais des circonstances personnelles, notamment une maladie dans la famille, les avaient retenus au Royaume-Uni.
Selon eux, partir avec Israela est le bon choix, car l’organisation leur garantit une communauté presque toute prête.
« Ainsi, on ne fait pas l’alyah tout seul », a déclaré Gidon, utilisant le terme en hébreu pour désigner le fait de s’installer en Israël.
« C’est incroyable. »
Né en Israël, Gidon, comptable de profession, s’est installé au Royaume-Uni lorsqu’il était enfant, mais c’est en Israël qu’il a rencontré son épouse argentine, enseignante dans une école juive.
« Nous avons toujours dit que nous ne ferions pas notre alyah par peur – nous voulions le faire dans une optique positive », a-t-il expliqué.
Le facteur peur
Il est bien sûr impossible d’ignorer les aspects négatifs.
Le niveau d’alerte terroriste au Royaume-Uni a été relevé à « grave » à la suite d’une série d’attaques violentes. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a organisé un sommet tardivement pour faire face à la flambée d’antisémitisme qui a suivi le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, puis la guerre qui a éclaté à Gaza.
Il a qualifié cette vague de haine à l’encontre des Juifs de « crise ».
Dans son dernier rapport, le CST a indiqué que 3 700 actes antisémites avaient été enregistrés l’an dernier.
« Est-ce que j’ai le sentiment que l’antisémitisme ne cache plus son visage au Royaume-Uni et qu’il est devenu manifeste et affiché ? », a demandé Gidon.
« Oui, c’est mon sentiment. Est-ce que je vois le Royaume-Uni s’en remettre dans un avenir proche ? Non, je ne le vois pas. Je pense que le Royaume-Uni va souffrir de ce qui se passe, mais ce n’est pas pour cette raison que je pars. Je pars parce que toute ma famille élargie se trouve en Israël. »
« De plus, je pense que c’est le fait qu’Israël soit la ‘nation des start-ups’ et la chutzpah [NDLT : mot yiddish qui signifie l’audace, le culot] inhérente à la culture israélienne qui poussent les gens à aller de l’avant, et je pense que mon fils et ma fille en tireraient un immense bénéfice », a-t-il déclaré.
Son épouse est du même avis, tout en soulignant que les événements récents avaient renforcé leur détermination.
« Cela a été très difficile pour moi, car je me promène dans les rues de Golders Green », a déclaré Achinoam.
« C’est trop près et ce n’est pas acceptable. »
« Je ne dis pas que tout est parfait en Israël – je ne suis pas naïve », a-t-elle poursuivi, ajoutant qu’elle pensait que le fait de déménager avec un groupe de familles aiderait à faciliter la transition, car « ils peuvent comprendre ce que nous traversons en ce moment ».
Présenter Israël comme une option parmi d’autres pour les Juifs
La situation au Royaume-Uni n’est pas unique : l’antisémitisme violent sévit de plus en plus dans de nombreux pays, notamment aux États-Unis, en France, au Canada et en Australie. C’est pourquoi certaines personnes considèrent Israël comme l’option la plus sûre, bien que l’État juif soit en guerre depuis plus de deux ans et demi.
Selon un rapport récent de l’Institute of Jewish Policy Research (JPR), les jeunes, les orthodoxes et les personnes les plus touchées par l’antisémitisme sont les plus susceptibles d’envisager de s’installer en Israël au cours des cinq prochaines années.
Selon ce rapport, 742 personnes ont quitté le Royaume-Uni pour Israël l’an dernier, soit le chiffre le plus élevé depuis le milieu des années 1980, mais loin d’une vague migratoire. Si l’on ajoute les deux années précédentes, le nombre moyen de départs vers Israël – 566 – est plus proche de la moyenne des vingt dernières années, a constaté le JPR.
Eran Berkovich, directeur du programme d’alyah à l’Agence juive, a déclaré que l’objectif de ces événements n’était pas de les éloigner de cette communauté.
« Il s’agit surtout de leur présenter les différentes options qui s’offrent à eux. »
« Nous leur montrons que cela peut être beaucoup plus simple qu’ils ne l’auraient imaginé auparavant », a ajouté Berkovich.
« Je ne veux pas vivre dans un pays où je dois avoir peur chaque jour en apprenant de nouvelles choses. »
Avoir des liens familiaux peut être un facteur déterminant, ont déclaré Shelli et Adam, qui ont demandé que leurs noms complets ne soient pas divulgués. Le couple espère rejoindre les parents et la sœur de Shelli en Israël dans un avenir proche.
« Nous avons toujours dit que nous prendrions notre retraite là-bas, mais la situation a précipité les choses », a expliqué Shelli.
« Les signes étaient là depuis quelques années. Je ne veux pas vivre dans un pays où je dois avoir peur tous les jours en apprenant de nouvelles choses. »
Adam n’a pas été élevé dans la religion juive et a toujours vécu à Londres. Selon lui, la famille et le soleil sont des attraits majeurs, ajoutant : « C’est quelque chose que nous avons toujours voulu faire de toute façon. »
Mais il estime également qu’il existe un « système policier à deux vitesses » au Royaume-Uni, où « les actes antisémites ne sont pas traités correctement ».
« Ces événements m’amènent à me demander dans quelle mesure le système sera fiable quand cela comptera vraiment. C’est une autre raison pour laquelle nous partons », a-t-il expliqué.
La situation sécuritaire affecte également les Israéliens vivant au Royaume-Uni depuis des années.
Deux femmes, qui ont souhaité garder l’anonymat, ont déclaré qu’elles n’avaient jamais révélé en public qu’elles étaient israéliennes.
L’une d’entre elles, installée à Londres depuis une dizaine d’années, a déclaré : « Je pense que le moment est venu pour le peuple juif de prendre des décisions difficiles, car on a vraiment l’impression de revivre la période qui a précédé la Seconde Guerre mondiale. Il est important de trouver le bon moment avant qu’il ne soit trop tard. »
Elle a ajouté que, bien qu’elle n’ait pas été personnellement victime d’antisémitisme, son mari et elle envisageaient sérieusement de partir et examinaient les différentes options.
Son amie, qui vit à Londres depuis plus de quarante ans, a déclaré qu’elle pensait beaucoup à son père, qui avait quitté l’Irak pour Israël en 1950.
« Leur décision a été bien plus difficile, car ils ont dû tout laisser derrière eux – ils sont arrivés sans rien », a-t-elle déclaré.
« Je ne veux pas en arriver là – à devoir tout emballer à la dernière minute et partir. »
Russell Lowy a déclaré qu’il était prêt à déménager en Israël immédiatement, mais son épouse Janine souhaite attendre que leurs deux enfants aient terminé leurs études universitaires.
« J’ai vraiment envie de partir. Je pense que le moment est venu de commencer à se renseigner », a-t-il confié au Times of Israel.
« Le 7-Octobre n’a pas été l’élément déclencheur pour moi, mais c’est de voir ce qui se passe ici, à notre porte. »
« Je pense que les Juifs se répartissent en trois catégories en Angleterre », a-t-il ajouté.
« Ceux qui pensent qu’il n’y a aucun problème, ceux qui sont déjà partis et ceux qui doivent prévoir de partir. Nous faisons partie de ceux qui doivent prévoir de partir quand ça va mal tourner. »
Janine Lowy, dont le père est arrivé au Royaume-Uni en tant que réfugié belge à la fin des années 1930, est venue à l’événement pour en savoir plus, mais a dit être « plutôt indécise ».
« J’adore Israël et j’y réfléchirais, mais j’adore aussi vivre ici et je ne partirais pas sans les enfants », a-t-elle déclaré.
Émigrer, où que ce soit, est une décision complexe, qui implique de prendre en compte une multitude de facteurs.
Les Lowy gèrent une entreprise florissante ; ils devraient donc se demander s’ils pourraient réussir leur reconversion en Israël.
Et puis, il y a Tottenham Hotspur, l’équipe de football britannique pour laquelle Russell détient des abonnements depuis longtemps. Comment ferait-il sans ses déplacements réguliers pour voir son équipe jouer – et généralement perdre – dans son stade du nord de Londres ?
« C’est la principale raison pour laquelle je veux partir », a-t-il dit en riant.
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