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L’antisémitisme fait désormais partie de la vie « normale » aux États-Unis – étude

Une étude conjointe de l'ADL et des fédérations juives montre que de nombreux Juifs américains souffrent d'anxiété chronique face à la montée de l'antisémitisme : un tiers d'entre eux envisagent le pire

Le rabbin Marc Soloway, de la congrégation Bonai Shalom, réconforte les participants d'un rassemblement communautaire sur le site d'un attentat antisémite à la bombe contre des personnes qui organisaient une veillée en hommage aux Israéliens kidnappés à Gaza, à Boulder, dans le Colorado, le 4 juin 2025. (Photo de Chet Strange / AFP)
Le rabbin Marc Soloway, de la congrégation Bonai Shalom, réconforte les participants d'un rassemblement communautaire sur le site d'un attentat antisémite à la bombe contre des personnes qui organisaient une veillée en hommage aux Israéliens kidnappés à Gaza, à Boulder, dans le Colorado, le 4 juin 2025. (Photo de Chet Strange / AFP)

Selon une étude publiée lundi par l’Anti-Defamation League (ADL) et les Jewish Federations of Northern America (JFNA), plus de la moitié des Juifs américains disent avoir été victimes d’antisémitisme ces douze derniers mois et ils sont désormais nombreux à considérer cette hostilité comme faisant partie de la vie des Juifs.

L’enquête menée auprès de 5 000 adultes de confession juive, en partenariat avec des chercheurs de l’Université de Columbia, révèle que 55 % des Juifs américains signalent avoir assisté à au moins une manifestation d’antisémitisme ces 12 derniers mois et qu’ils sont 57 % à considérer que l’antisémitisme est désormais « une expérience normale pour les Juifs ».

Les actes antisémites ont augmenté dans tout le pays depuis que le Hamas a lancé son attaque contre Israël le 7 octobre 2023. L’ADL a ainsi enregistré plus de 9 000 cas de harcèlement, acte de vandalisme et agression en 2024, le nombre le plus élevé depuis qu’elle suit ces tendances en 1979.

Le rapport révèle par ailleurs que les Juifs américains souffrent d’importants problèmes de sécurité, sans compter le contre-coup psychologique.

Près de 79 % des Juifs se disent inquiets à cause de l’antisémitisme et 48 % ont pris des mesures pour améliorer leur sécurité et se sentir plus en sécurité, comme par exemple se préparer au pire (33 %), envisager de quitter le pays (14 %) ou acheter une arme à feu (9 %).

Environ 20 % de ceux qui, avant le 7 octobre, portaient des symboles juifs ostensibles – étoile de David ou kippa – ont déclaré ne plus le faire depuis.

« Il est tellement triste que les Juifs américains disent se préparer au pire », explique le PDG de l’ADL, Jonathan Greenblatt. « Lorsque les Juifs américains – qui ont fait leur vie ici, qui ont fait leur carrière, qui ont fondé une famille, parfois depuis des générations – préparent des plans d’urgence pour fuir le pays, force est de reconnaître que le seuil d’alerte maximal a été dépassé. Ce n’est pas seulement un problème juif, c’est un problème américain qui exige une action immédiate de la part des autorités à tous les niveaux. »

Dans le même temps, ils ont été 18 % à faire état d’une agression physique, de menaces ou de harcèlement verbal en raison de leur identité juive et 36 % ont noté avoir été témoins de violences antisémites ou de menaces.

Près de la moitié ont confié avoir été exclus ou marginalisés en raison de leur identité juive, accusés des actions d’Israël ou mal accueillis à cause de leur confession.

Des manifestants anti-Israël à New York, le 16 août 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Au-delà des expériences personnelles, l’antisémitisme ambiant est quasiment omniprésent, 60 % des personnes interrogées déclarant avoir vu des graffitis ou des tracts antisémites dans des lieux publics et 88 % indiquant avoir lu des propos antisémites sur les réseaux sociaux ou d’autres plateformes médiatiques.

Les chercheurs ont trouvé des liens entre antisémitisme et santé, puisque 41 % des personnes interrogées ayant subi un préjudice direct ont estimé que cela avait eu un impact négatif sur leur bien-être physique.

Les Juifs américains ayant eux-mêmes vécu ou été témoins d’antisémitisme sont ainsi deux fois plus susceptibles de souffrir davantage d’anxiété ou de dépression par rapport aux populations non affectées. Environ 32 % des victimes ont atteint le seuil de dépistage clinique de l’anxiété et 21 % le seuil de la dépression.

Les Juifs se sentent par ailleurs toujours plus isolés au sein de la société : la moitié des personnes interrogées estiment que la plupart des Américains non juifs ne leur viendraient pas en aide en cas de violences antisémites, un pourcentage en hausse de 6% par rapport aux sondages de l’an dernier.

Ce qui explique en partie que peu de victimes portent plainte ou fassent état de ce qu’elles ont vécu. Au sein de la population victime d’antisémitisme, 74 % ont expliqué ne pas avoir signalé les faits aux autorités ou à une organisation : et parmi ceux qui l’ont fait, seulement 7 % ont contacté l’ADL, 5 % la police et 1 % le FBI. La plupart ont expliqué que cela n’aurait rien changé et parfois qu’ils ne faisaient pas confiance aux institutions pour gérer le problème.

Malgré cela, ils sont nombreux à vouloir continuer à lutter contre la haine. Seulement 30 % estiment qu’il n’y a rien à faire pour améliorer la situation alors que 68 % se disent assez à l’aise pour parler publiquement de l’antisémitisme.

Illustration : Un étudiant porte une kippa avec l’étoile de David lors d’une audience de la commission de la Chambre sur l’éducation et la main-d’œuvre sur l’antisémitisme sur les campus universitaires, au Capitole à Washington, DC, le 17 avril 2024. (Crédit : Drew Angerer / AFP)

Malgré l’anxiété généralisée, 84 % des Juifs victimes d’antisémitisme ont expliqué que ces difficultés avaient eu un effet positif en les reconnectant à la communauté juive (62 %), en redonnant vigueur à leur foi (49 %) ou en leur permettant de revoir leurs priorités.

L’ADL et la JFNA pressent les autorités politiques, enseignants et entreprises technologiques de prendre des mesures plus énergiques pour lutter contre l’antisémitisme en améliorant les procédures de signalement, l’éducation et la coordination des forces de l’ordre.

« Même face à ce considérable regain d’antisémitisme, nous continuons à voir ce que les Fédérations juives qualifient ‘d’élan’ – ce formidable regain de l’engagement juif et du lien avec la communauté », explique Eric Fingerhut, PDG des Jewish Federations of Northern America.

« Au lieu de battre en retraite et d’avoir peur, les Juifs américains ont décidé de se serrer les coudes, de renforcer leurs liens et d’affirmer leur identité. Cet élan en faveur de l’engagement juif est le signe de notre espoir et de notre détermination face à la haine. »

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