Rechercher

Les Juifs d’Australie doutent que la commission royale sur l’antisémitisme apporte des changements

La commission royale instaurée suite à l'attentat de Bondi Beach recueille des récits de harcèlement, de menaces et de peur ; la communauté juive craint que la vague de haine record qui a suivi le 7-Octobre ne soit là pour durer

La témoin Stefanie Schwartz s'adresse aux médias à l'issue de la première série d'auditions de la Commission royale sur l'antisémitisme et la cohésion sociale, à Sydney, le 4 mai 2026. (Crédit : GEORGE CHAN / AFP)
La témoin Stefanie Schwartz s'adresse aux médias à l'issue de la première série d'auditions de la Commission royale sur l'antisémitisme et la cohésion sociale, à Sydney, le 4 mai 2026. (Crédit : GEORGE CHAN / AFP)

MELBOURNE, Australie — C’est parce qu’il voulait venir en aide aux personnes en détresse que Josh Gomperts est devenu ambulancier. Mais après plusieurs années de bénévolat au sein de Hatzolah, le service d’ambulances bénévole juif de Melbourne, cet homme de 31 ans doit désormais témoigner devant la commission royale australienne sur l’antisémitisme, au sujet des violences qu’il a subies dans l’exercice de ses fonctions.

À la commission, Gomperts a raconté comment un patient de 90 ans lui avait fait un salut nazi après avoir remarqué sa kippa, et comment, alors qu’il était ambulancier bénévole lors d’un festival de musique régional en Australie, un pompier volontaire avait menacé de l’écorcher vif après avoir réalisé qu’il était juif.

Son témoignage s’ajoute aux dizaines d’autres qui sont actuellement recueillis par la commission royale australienne sur l’antisémitisme, une commission qui a été créée par le Premier ministre Anthony Albanese au lendemain de la tuerie de Bondi Beach, à Sydney, au cours de laquelle 15 personnes ont été abattues par des terroristes armés alors qu’elles s’étaient rassemblées pour célébrer la fête de Hanoukka.

En Australie, la commission royale est la plus haute instance d’enquête publique. Elle est dotée de pouvoirs étendus qui lui permettent de contraindre des témoins à comparaître et d’exiger la production de documents. Ses conclusions déterminent souvent l’évolution de la législation et des politiques du pays.

Josh Gomperts, qui a témoigné lors de la première série d’auditions de la Commission royale sur l’antisémitisme et la cohésion sociale à Sydney. (Autorisation)

Cette commission d’enquête est devenue l’un des rares forums publics dont disposent les Juifs australiens pour décrire comment l’antisémitisme a bouleversé leur quotidien depuis le progrom perpétré par le Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, et la guerre qui s’en est suivie contre le groupe terroriste à Gaza.

Depuis deux semaines, des audiences publiques sont en cours. Des Juifs australiens et d’autres témoins viennent s’exprimer devant la commission. D’autres séries d’audiences auront lieu plus tard dans l’année ; la commission doit rendre son rapport final d’ici le 11 décembre, à la veille du premier anniversaire de l’attentat.

Gomperts, qui a témoigné en ligne depuis son domicile de Melbourne, a déclaré au Times of Israel : « J’ai décidé de partager mon histoire parce que je refuse de rester les bras croisés si un changement est possible. »

Pour autant, il doute que les recommandations de la commission puissent suffire à endiguer la vague d’antisémitisme qui frappe les Juifs australiens.

« J’aimerais vivre dans une Australie plus unie, où nous pourrions tous cohabiter en paix sans nous sentir harcelés. Mais je ne suis pas certaine que les Juifs aient un avenir dans ce pays pour le moment », a ajouté Gomperts.

C’est Sheina Gutnick, dont le père, Reuven Morrison, a été assassiné lors du rassemblement de Hanoukka à Bondi Beach, qui a livré le premier témoignage devant la commission royale.

Après que le Premier ministre a initialement rejeté l’idée de créer une commission royale d’enquête, Gutnick a mené une campagne de pression publique de plusieurs semaines, appelant le gouvernement à reconsidérer sa position.

Sheina Gutnick, dont le père a été tué lors d’un attentat terroriste antisémite à Bondi Beach, s’adresse aux médias à l’issue de la première série d’audiences de la Commission royale sur l’antisémitisme et la cohésion sociale, à Sydney, le 4 mai 2026. (Crédit : GEORGE CHAN / AFP)

Lors de son témoignage, Gutnick a rapporté avoir été victime d’insultes dans un centre commercial alors qu’elle portait son bébé dans les bras et qu’elle arborait son collier avec une étoile de David. Un inconnu a pointé du doigt son étoile avant de la traiter de « p*** de terroriste ».

Gutnick, qui est désormais l’une des Australiennes les plus engagées dans la lutte contre l’antisémitisme depuis les événements de Bondi Beach, espère que son témoignage servira à éveiller les consciences.

« Je pense que le moment est opportun et idéal pour faire entendre notre voix auprès de la communauté australienne, pour lui faire comprendre ce qu’ont vécu les Juifs australiens ces deux dernières années et demie, et pour que cela serve de catalyseur afin de susciter un changement », a-t-elle expliqué.

La vague d’antisémitisme succède à l’attaque du Hamas du 7-Octobre

Dans le cadre de l’enquête, des témoins se sont exprimés sur l’impact qu’ont eu les slogans antisémites sur la communauté juive au cours d’une manifestation contre la guerre à Gaza qui avait été organisée devant l’Opéra de Sydney, en octobre 2023, peu après le pogrom perpétré par le Hamas en Israël.

Pour la seule année 2024, les associations de la communauté juive ont recensé 2 062 incidents antisémites. Cependant, c’est l’attentat de Bondi Beach, en 2025, qui a véritablement ancré la question de la haine des Juifs dans la conscience collective.

Sajid Akram et son fils Naveed sont poursuivis pour avoir ouvert le feu sur des familles juives qui s’étaient rassemblées à Bondi Beach pour célébrer Hanoukka, en décembre. Cela avait été la fusillade de masse la plus meurtrière enregistrée en Australie depuis 30 ans.

En raison de la procédure pénale en cours contre Naveed Akram, l’un des deux tireurs de Bondi Beach, la commission royale ne devrait pas entendre les témoignages détaillés de nombreux survivants de la fusillade ni des proches des victimes présentes le soir de celle-ci.

La commission veille à ne pas interférer avec le procès pour terrorisme et meurtre qui s’annonce. La plupart des éléments de preuve concernant l’attaque elle-même seront donc probablement examinés dans le cadre de la procédure pénale, qui devrait avoir lieu d’ici la fin de l’année.

Les victimes de la fusillade terroriste perpétrée à Sydney le 14 décembre 2025, lors de la fête de Hanoukka : rangée du haut (de gauche à droite) – Reuven Morrison, le rabbin Yaakov Levitan, Dan Elkayam, Alex Kleytman, le rabbin Eli Schlanger ; rangée du milieu (de gauche à droite) – Edith Brutman, Peter Meagher, Tibor Weitzen, Marika Pogany, Matilda [nom de famille non divulgué] ; rangée du bas (de gauche à droite) – Tania Tretiak, Boris Tetleroyd, Adam Smyth, Sofia et Boris Gurman. (Montage : Times of Israel ; images : Autorisation/Réseaux sociaux, utilisées conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Sous la présidence de Virginia Bell, juge de la Cour suprême australienne à la retraite, la commission a rendu la semaine dernière un rapport intermédiaire dans lequel elle a formulé 14 recommandations, notamment le renforcement des mesures de sécurité lors d’événements communautaires juifs à haut risque, la mise en place d’un accord national cohérent sur les armes à feu, ainsi qu’un projet de programme de rachat d’armes. Cinq de ces recommandations n’ont pas été communiquées au public pour des raisons de sécurité nationale.

Dans son rapport, la commission a également exprimé de sérieuses préoccupations concernant les défaillances dans le partage des renseignements et la coordination de la lutte antiterroriste avant l’attaque de Bondi Beach, tout en concédant que les autorités australiennes n’auraient pas pu empêcher le massacre.

« La forte recrudescence de l’antisémitisme à laquelle nous avons assisté en Australie est également observée dans d’autres pays occidentaux. Elle semble étroitement liée aux événements au Moyen-Orient », a souligné Bell, qui préside la commission d’enquête, dans son discours d’ouverture.

« Il est important que chacun comprenne à quelle vitesse ces événements sont susceptibles de déclencher des réactions hostiles et violentes envers les Australiens de confession juive, au seul motif qu’ils sont juifs. »

Sajid Akram, au premier plan, et Naveed Akram ouvrent le feu sur les participants à un événement juif à Sydney, en Australie, le 14 décembre 2025, sur une image tirée d’une vidéo publiée en ligne. (Capture d’écran : X)

Des milliers de volontaires venus témoigner d’actes antisémites

Les personnes appelées à déposer devant la commission ont d’abord soumis des récits écrits de leurs expériences. Elles ont ensuite été contactées et invitées à témoigner davantage, si elles étaient disposées à le faire. À ce jour, ce sont plus de 5 000 témoignages qui ont été reçus, relatant des expériences vécues d’antisémitisme, parmi lesquels plus de 1 000 sont provenus d’Australiens non juifs.

Devant la commission royale, les témoins peuvent choisir de déposer sous leur nom complet, sous leur prénom uniquement ou de manière anonyme, en utilisant un pseudonyme.

Jusqu’à présent, ces témoignages se sont souvent avérés poignants.

La directrice d’une école juive a décrit comment les mesures de sécurité qui sont désormais imposées dans son établissement lui ont donné davantage l’impression d’être dans une prison que dans un lieu d’apprentissage. Un homme d’affaires juif a quant à lui évoqué les insultes racistes qu’il a subies à cause de sa kippa. Un autre témoin s’est rappelé avoir été assis, à l’Open d’Australie de tennis, à côté d’un inconnu qui regrettait que davantage de Juifs n’aient pas été tués à Bondi Beach.

Peter Halasz, survivant de la Shoah, arrive à Sydney le 4 mai 2026 pour la première série d’auditions de la Commission royale sur l’antisémitisme et la cohésion sociale. (Crédit : GEORGE CHAN / AFP)

Le rabbin Benjamin Elton, de l’historique Grande Synagogue de Sydney, a également fait part de l’expérience de sa communauté face à l’antisémitisme. Il a raconté comment une caravane découverte à Sydney, dont on craignait initialement qu’elle contienne des explosifs, aurait en réalité renfermé une note manuscrite sur laquelle on pouvait lire « Fuck the Jews » (F** les Juifs), accompagnée de l’adresse de sa synagogue.

Malgré la difficulté que représentait pour lui le fait de témoigner devant la commission, Elton a déclaré qu’il se sentait obligé de comparaître.

« Je suis très reconnaissant d’avoir pu partager l’histoire de la Grande Synagogue, de ses membres et de l’expérience de ma propre famille face à l’antisémitisme depuis octobre 2023. Raconter tout ce qui s’est passé a été très éprouvant, mais dire la vérité est essentiel si nous voulons remédier à la terrible situation dans laquelle se trouve notre société australienne », a-t-il confié au Times of Israel.

Le rabbin Benjamin Elton, grand rabbin de la Grande Synagogue, sort après la première série d’auditions de la Commission royale sur l’antisémitisme et la cohésion sociale à Sydney, le 4 mai 2026. (Crédit : GEORGE CHAN / AFP)

Une femme employée par un groupe juif de sécurité a raconté avoir dû accompagner des personnes en lieu sûr depuis une synagogue de Melbourne, en novembre 2023, à l’occasion de l’anniversaire du pogrom nazi de la Nuit de cristal, lorsqu’une « foule » d’une trentaine de personnes vêtues de noir et le visage masqué a fait son apparition.

Jeremy Leibler, président de la Zionist Federation of Australia et l’un des leaders communautaires juifs les plus importants du pays, a également été entendu cette semaine devant la commission royale d’enquête à Sydney.

Sa décision de témoigner était motivée par ses inquiétudes quant à l’avenir de la vie juive en Australie.

« En tant que leader communautaire et en tant que père, je me devais de témoigner devant la commission royale », a affirmé Leibler.

« J’ai grandi dans une Australie qui permettait aux Juifs de vivre au grand jour et en toute confiance. Je souhaite que mes enfants puissent vivre la même chose. Aujourd’hui, de nombreux membres de notre communauté sont confrontés à une réelle érosion de ce sentiment de sécurité et d’appartenance », a-t-il ajouté.

L’AFP a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.