Un pasteur allemand découvre que son grand-père était Heinrich Himmler
Après avoir reconnu sa grand-mère posant sur une photo en tant que maîtresse du chef SS, les recherches lancées par le thérapeute de couple Henrik Lenkeit ont confirmé qu'il était le petit-fils du nazi tristement célèbre
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L’année dernière, lors d’une soirée d’été, Henrik Lenkeit, un thérapeute de couple âgé de 49 ans, regardait un documentaire télévisé qui était consacré à Heinrich Himmler, le chef suprême de la SS et deuxième homme le plus puissant du Reich.
À la fin de l’émission, Lenkeit avait cherché sur internet des informations sur Hedwig Potthast, la maîtresse plutôt sinistre de Himmler qui était présentée dans le documentaire. Et soudain, le quadragénaire avait reconnu le visage de sa grand-mère sur une photo. Elle y posait aux côtés d’Himmler.
« J’ai levé les yeux et j’ai vu la maîtresse de Himmler, ma grand-mère, sur la photo avec Himmler », raconte Lenkeit au Times of Israel.
Après des mois de recherches généalogiques sur des sites pour amateurs, Lenkeit et le journal allemand Der Spiegel ont finalement conclu que Lenkeit était le petit-fils du chef SS. Dans le cadre de ce processus, il a été amené à consulter la politologue Katrin Himmler, la petite-nièce de son défunt aïeul.
En 1936, Potthast, la grand-mère de Lenkeit, était devenue la secrétaire particulière de Himmler puis, à partir de 1938, elle était devenue sa maîtresse. Elle avait donné naissance à deux enfants dans le cadre de cette relation clandestine, et notamment à Nanette-Dorothea, la mère de Lenkeit, en 1944.
Tout au long de sa vie, la mère de Lenkeit, qui est décédée en 2019, avait gardé précieusement le secret sur cette paternité. Des efforts qui ont été réduits à néant par l’enquête menée par Lenkeit l’année dernière, en particulier lorsque le thérapeute a découvert l’acte de naissance de sa mère, qui avait été signé par Himmler lui-même.
Lenkeit se souvient que pendant son enfance en Allemagne, il ne se sentait pas proche de ses parents.
« Même à l’époque, j’avais des problèmes avec mes parents. Ils étaient assez distants avec moi », explique-t-il.
Les sujets de la Shoah et du régime nazi étaient incontournables à l’école, raconte-t-il. Ses parents lui avaient montré le film « La Liste de Schindler » quand il était jeune, et aucun d’entre eux ne semblait avoir de sympathie pour le national-socialisme. En réalité, le père de Lenkeit faisait régulièrement part de son admiration pour Israël.
« Mais ils ne m’ont jamais dit que j’étais le petit-fils de Himmler », dit Lenkeit.
« Ma mère était croyante à sa manière à elle. Elle était croyante et elle aimait les traditions, comme c’est le cas de nombreuses personnes qui croient en Dieu. Mon père était athée. C’était un homme très dur. Je n’ai pas rencontré Jésus pendant mon enfance », indique Lenkeit.
Depuis qu’il a rendu publique sa découverte, certains membres de sa famille ont rompu toute communication avec lui.
« Mon oncle m’a dit de ne plus l’appeler », note Lenkeit. D’autres proches du côté maternel ont fait de même, continue-t-il, soulignant ses propres difficultés depuis qu’il a appris ses liens de parenté avec le chef nazi.
Les douze derniers mois ont été « un processus de deuil », ajoute-t-il. « J’ai perdu mon identité, d’une certaine façon. On se tourne vers Dieu, car vers qui d’autre se tourner ?… mais j’ai eu du mal à prier. »
Himmler s’était suicidé peu après avoir été capturé par les Alliés. Parce qu’il avait été l’homme chargé par Hitler de mettre en œuvre les politiques génocidaires de l’Allemagne, Himmler avait visité les camps de la mort et il est depuis décrit par les historiens comme « le deuxième homme le plus puissant » du régime.
Au cours de sa relation clandestine avec Potthast, Himmler lui avait envoyé plus de 200 lettres. Dans l’une d’elles, il écrivait : « Je pars pour Auschwitz. Je t’embrasse, ton Heini ».
Lenkeit révèle que dans un premier temps, il n’avait pas accepté de parler ouvertement du passé de sa famille, ajoutant qu’il avait ressenti à la fois du désespoir et une impuissance totale après sa découverte. Toutefois, après avoir éprouvé un fort sentiment d’absurdité, il a rapidement pu donner un sens et une nouvelle lumière à sa mission.
« Si je pouvais ramener les gens à la vie, j’attraperais mon grand-père et je lui donnerais une bonne correction », dit-il.
« Ne cachez pas votre passé »
Pasteur chrétien, Lenkeit vit dans le sud de l’Espagne avec sa femme, qui est d’origine mexicaine, et leurs trois enfants. Lenkeit et sa compagne sont tous deux des coachs de vie certifiés qui organisent des séminaires sur l’identité et sur la recherche du sens de la vie.
Le parcours spirituel de Lemkin n’a pas été linéaire. Il raconte qu’après avoir échoué à trouver Jésus au sein de l’église luthérienne de son enfance, il a été athée pendant plusieurs années. C’est une invitation à assister à des cultes, alors qu’il était jeune adulte, qui lui a redonné la foi.
« J’ai commencé à travailler sur le Seigneur et je lui ai confié mon fardeau – il y a toujours un fardeau. Le travail est toujours en cours », déclare Lenkeit.
Il ajoute espérer qu’un plus grand nombre d’Allemands puissent accepter les agissements qui avaient été ceux de leurs proches pendant les 12 années de règne d’Hitler. Les descendants des nazis ne doivent pas se sentir coupables, fait-il remarquer, mais ils doivent accepter d’assumer leurs responsabilités.
« Parfois, on se ment à soi-même. C’est un mécanisme de protection. 80 à 90 % des gens pensent que leurs parents faisaient partie de la résistance », indique Lenkeit. « Ma mère avait sa propre honte, son propre sentiment de culpabilité. Dans ma famille, on faisait très profil bas », ajoute-t-il.
« Pour moi, c’est important d’en parler ouvertement », poursuit Lenkeit. « Par exemple, en disant que Himmler était notre ancêtre, mais que nous ne sommes pas Himmler. Ma mère n’était pas coupable, elle était née en 1944. Mon oncle, né en 1942, n’est pas coupable non plus. Alors pourquoi toute cette honte ? »
Selon le quadragénaire, certaines parties de son pays natal n’ont jamais pleinement affronté ce qui s’était passé pendant le Troisième reich.
« Il n’y a jamais eu de véritable travail d’épuration des idées », s’exclame Lenkeit. « Les idées qui justifient la haine ou l’exclusion ne meurent jamais complètement. C’est la raison pour laquelle je m’exprime, parce que ma famille a très précisément gardé le silence ».
La montée en puissance du parti de l’AfD d’extrême droite, dans l’Est de l’Allemagne, est l’illustration de la persistance de ces idées de haine, dit Lenkeit.
« Je suis en colère contre les chrétiens qui votent pour ces partis, » explique-t-il. « La Bible m’a appris à être gentil avec les étrangers. Nous nous mettons dans une position victimaire quand nous blâmons les autres ».
Interrogé sur l’hostilité généralisée à l’égard d’Israël en Espagne, Lenkeit dit être « choqué » par la virulence du gouvernement espagnol.
« En tant que chrétien, j’ai appris à aimer Israël et les Juifs même si je ne suis jamais allé là-bas », répond Lenkeit. « J’ai aimé Israël toute ma vie, sans condition. Je m’oppose à ceux qui s’opposent à Israël ».
Depuis qu’il a appris l’identité de son grand-père, Lenkeit a commencé à écrire un livre sur la honte et la culpabilité.
« Le livre traite du fardeau que nous portons et du processus de libération », explique Lenkeit, qui est actuellement à la recherche d’un éditeur.
« Ne cachez pas votre passé. De nombreux traumatismes se transmettent d’une génération à l’autre. Mais vous n’avez pas besoin d’être le petit-fils d’un meurtrier de masse pour vivre ce processus », dit-il.
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