Un prof américain poursuit son université qui a enquêté sur son appel à « mettre fin à Israël »
Ramsi Woodcock, professeur à l'université du Kentucky, affirme que ses discours sont protégés par la liberté d'expression dans un dossier qui touche aux protections garanties par le premier amendement
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Un professeur de l’université du Kentucky a porté plainte devant la justice, jeudi, contre l’administration de l’établissement d’enseignement supérieur qui l’emploie et contre le chef du département américain de l’Éducation après avoir fait l’objet d’une enquête et après avoir été démis de ses fonctions d’enseignant parce qu’il avait tenu des propos appelant à la fin d’Israël.
Les appels lancés par Ramsi Woodcock à détruire l’État juif avaient enfreint la loi de lutte contre l’antisémitisme de l’État – mais l’homme soutient que ses diatribes antisionistes ont relevé de la liberté d’expression dans un dossier qui touche aux protections garanties par le premier amendement.
Woodcock était professeur de droit titulaire au sein de la faculté de droit J. David Rosenberg de l’université, où il travaillait depuis 2018. Il a porté plainte contre le président de l’université, contre d’autres responsables universitaires et contre la secrétaire américaine à l’Éducation, Linda McMahon, devant un tribunal fédéral du Kentucky.
Les positions anti-israéliennes de Woodcock, qui ont été diffusées en ligne, s’apparentent aux attaques courantes que lance l’extrême-gauche à Israël – combinant des accusations de génocide et d’apartheid, invoquant le droit international, des théories académiques sur la colonisation, présentant Israël comme un obstacle à l’ordre mondial.
« Le sionisme n’est pas seulement du racisme, mais c’est aussi du colonialisme et le remède n’est pas l’égalité, mais la décolonisation », avait-il dit, qualifiant Israël de « colonie américaine » et s’opposant à « tout droit à l’autodétermination du peuple juif » entre le Jourdain et la mer Méditerranée.
Il était toutefois allé plus loin que de nombreux universitaires anti-israéliens dans son argumentation, en plaidant explicitement pour la destruction violente d’Israël et en présentant un plan pour une guerre mondiale contre l’État juif.
Dans des propos publics qui avaient été tenus l’année dernière, il avait appelé à « mettre fin à Israël » et il avait exigé « une guerre de la communauté internationale contre Israël ».
« Nous exigeons que tous les pays du monde déclarent immédiatement la guerre à Israël et ce, jusqu’à ce qu’Israël se soumette de manière permanente et inconditionnelle au gouvernement palestinien », avait-il écrit dans une pétition.
Il avait laissé entendre que les Nations unies pourraient utiliser une résolution connue sous le nom de « s’unir pour la paix » dans le but de détruire l’État juif, suggérant que les pays qui ont accusé Israël de génocide pouvaient former une alliance militaire.
La plainte indique que l’université avait pris pour la première fois des mesures à l’encontre de Woodcock au mois de juillet dernier en raison d’une loi du Kentucky qui avait été adoptée quelques mois plus tôt dans le but de lutter contre l’antisémitisme sur les campus.
Cette loi obligeait les universités à utiliser la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), conformément à la reconnaissance de cette définition par l’État en 2021. L’université du Kentucky affirme, de son côté, qu’elle enquête sur les plaintes pour antisémitisme sur la base de la définition de l’IHRA.
La définition de l’IHRA est controversée dans la mesure où elle assimile certaines formes de rhétorique anti-israélienne à de l’antisémitisme – notamment le fait de nier aux Juifs le droit à l’autodétermination, d’appliquer un deux poids, deux mesures à Israël et de comparer Israël à l’Allemagne nazie.
Au mois de juillet, en réponse à Woodcock, le président de l’université, Eli Capilouto, avait diffusé une déclaration publique dans laquelle il qualifiait les opinions de Woodcock de « répugnantes ». Il affirmait, par ailleurs, que cette rhétorique était susceptible d’être antisémite.
« Nous condamnons tout appel à la violence et les opinions exprimées en ligne ne représentent en aucun cas celles de l’institution. Elles expriment la haine », avait précisé la déclaration, sans mentionner le nom de Woodcock.
Capilouto avait qualifié les propos tenus « d’appel à la destruction d’un peuple sur la base de son origine nationale ». Les Israéliens sont protégés par la loi fédérale américaine en tant que groupe d’origine nationale, et les Juifs sont considérés comme un groupe religieux protégé.
Woodcock a déclaré dans le cadre du procès qu’il avait été réaffecté à des tâches de « développement professionnel », qu’il n’enseignait plus et qu’il avait été interdit d’accès au campus de la faculté de droit.
Il a fait l’objet d’une enquête pour avoir appelé au génocide des Israéliens et utilisé des tropes antisémites, selon le procès.
Woodcock soutient dorénavant que sa suspension viole ses droits à la liberté d’expression et à une procédure régulière, et qu’elle constitue une discrimination à son égard.
Le procès vise à obtenir une injonction qui mettrait un terme à sa suspension. Il vise également à obtenir l’arrêt de l’enquête à son encontre, une décision des juges qui déclareraitque la loi de l’État soutenant la définition de l’IHRA est inconstitutionnelle, et une injonction empêchant McMahon d’utiliser cette définition.
Un porte-parole de l’université a déclaré au Times of Israel que Woodcock n’avait pas été suspendu, mais qu’il avait été réaffecté dans l’attente de l’enquête, et que l’université limiterait ses éventuels commentaires pendant l’enquête dans un souci d’équité.
« Les citoyens de ce pays ont le droit de s’exprimer. Cela ne fait aucun doute. Mais l’université a également le droit de s’exprimer. C’est ce que nous avons fait. Ce qui a été exprimé est répugnant », a dit un porte-parole de l’université, réitérant les positions précédemment exprimées par Capilouto.
« Si les opinions exprimées par une personne menacent la sécurité et le bien-être des étudiants et du personnel de l’université, nous sommes tenus d’agir pour protéger notre communauté et nos membres », a précisé la déclaration. « Nos professeurs ont le droit de s’exprimer sur leurs recherches et sur leurs travaux universitaires dans leur domaine d’expertise. Ce droit ne s’étend toutefois pas à la création d’un environnement hostile pour les personnes ».
L’affaire Woodcock est l’inverse des poursuites judiciaires qui ont pu être intentées par des groupes juifs contre l’antisémitisme sur les campus américains. Ces poursuites soutiennent que le sionisme fait partie intégrante de l’identité juive, citant les liens historiques entre les Juifs et Israël et le rôle central d’Israël dans la foi juive, et que l’antisionisme est donc discriminatoire.
Le procès du Kentucky adopte une approche opposée en rejetant les liens des Juifs avec cette terre. Woodcock a fait valoir que les Israéliens étaient des colonisateurs européens, affirmant que les communautés juives en Europe et ailleurs au Moyen-Orient « étaient plus susceptibles de descendre de communautés de convertis » que de Juifs originaires d’Israël, et que les Palestiniens étaient, en fait, les descendants des Juifs indigènes. Il a qualifié les Juifs qui vivaient en Israël avant l’immigration sioniste de « Juifs palestiniens » – un terme qui n’est pas utilisé par les Juifs eux-mêmes – et il a déclaré que ce groupe devait être considéré comme faisant partie du mouvement national palestinien, et non de la communauté juive au sens large.
Un grand nombre des affirmations contenues dans le procès sont ahistoriques, par exemple, présentant les arrivées des Juifs en Israël sous les traits d’une conquête impériale, taisant leur statut de réfugiés. Elles décrivent également la guerre de 1948 qui avait établi Israël comme faisant partie d’un plan sioniste à long terme qui visait à procéder à un nettoyage ethnique des Palestiniens, omettant tout soulèvement arabe et toute invasion qui avait visé l’État juif naissant.
Des batailles juridiques autour de l’antisémitisme sur les campus et ailleurs se déroulent dans les tribunaux américains, certaines universités – comme c’est le cas à l’université Columbia – étant prises pour cible par les deux camps. Les luttes juridiques ont pris de l’ampleur depuis la montée de l’antisémitisme sur les campus, provoquée par l’invasion d’Israël par le Hamas en 2023.
Les poursuites judiciaires anti-israéliennes comme celle de Woodcock sont importantes pour les affaires pro-israéliennes, car elles peuvent créer des précédents juridiques qui sont cités dans des poursuites similaires. Le Massachusetts Institute of Technology, par exemple, a remporté en octobre un procès pour discrimination intenté par des étudiants juifs pro-israéliens, dans une décision qui a été rapidement citée dans d’autres tribunaux traitant de l’antisémitisme sur les campus.
L’équipe juridique de Woodcock comprend des avocats du Council on American Islamic Relations (CAIR). Le CAIR et d’autres groupes anti-israéliens et de défense des droits civiques soutiennent les étudiants manifestants, tandis que des groupes juifs tels que le National Jewish Advocacy Center et le Brandeis Center soutiennent les étudiants juifs dans de nombreux procès.
La plupart des controverses liées à l’antisémitisme sur les campus ces dernières années ont eu lieu dans des régions libérales, telles que le nord-est et la côte ouest, tandis que les États du sud plus conservateurs, comme le Kentucky, sont de plus en plus considérés comme plus favorables aux étudiants juifs pro-israéliens.
L’université du Kentucky, à Lexington, est une université publique et la plus grande de l’État, avec près de 40 000 étudiants.
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