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Une historienne défie les experts et découvre des listes du Kindertransport au cœur de Yad Vashem

Inconnus jusqu'alors, ces registres, trouvés dans les archives de Jérusalem, révèlent le nom de 9 000 enfants Juifs sauvés entre 1938 et 1940 dans l'Europe sous occupation nazie

Le "Kindertransport" après la Nuit de Cristal, lorsque des organisations confessionnelles du Royaume-Uni ont fait pression pour l'entrée d'enfants juifs en tant que réfugiés. (Crédit : Domaine public)
Le "Kindertransport" après la Nuit de Cristal, lorsque des organisations confessionnelles du Royaume-Uni ont fait pression pour l'entrée d'enfants juifs en tant que réfugiés. (Crédit : Domaine public)

Des experts de la Shoah ont affirmé à l’historienne Amy Williams qu’il n’existait aucune liste des enfants juifs sauvés lors de l’opération emblématique du Kindertransport, qui a permis de transférer quelque 10 000 enfants d’Europe continentale vers la Grande-Bretagne et d’autres pays entre 1938 et 1940.

Toutefois, contrairement à ce que pensaient les experts, Williams a minutieusement répertorié les documents relatifs à 9 000 des 10 000 enfants juifs évacués dans le cadre du Kindertransport. Ces documents étaient restés enfouis pendant des décennies dans les archives du mémorial et musée de la Shoah Yad Vashem, en Israël, au fin fond d’un dossier néerlandais sur les « ressortissants étrangers » aux Pays-Bas, jusqu’à ce que Williams les identifie fin 2024.

« Je suppose que les gens n’ont pas trouvé ces documents [parce qu’ils] ne sont pas répertoriés sous Kindertransport et qu’ils se trouvent dans un dossier qui contient des centaines d’autres listes », explique Williams. L’historienne travaille pour l’Association of Jewish Refugees (AJR) en tant que chercheuse résidente sur le Kindertransport.

« [Les listes du Kindertransport] sont conservées avec d’autres listes de personnes ayant quitté les Pays-Bas pour l’Afrique et la Palestine sous mandat britannique dans le cadre du programme Alyat HaNoar [Alyah des Jeunes] », déclare-t-elle au Times of Israel.

« Ces registres ont été créés par les communautés juives du pays d’origine de chaque enfant, comme l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Ces listes ont ensuite été envoyées à la commission néerlandaise du Kindertransport et aux gardes-frontières néerlandais, afin de garantir que les convois aient l’autorisation de traverser les Pays-Bas et [de les informer] de leur passage », explique-t-elle.

Ces archives contiennent les noms des enfants, leurs adresses, leurs dates de naissance, les noms de leurs parents et de leurs accompagnateurs, ainsi que les numéros du Kindertransport et les dates de départ. Williams a également remarqué que certaines archives mentionnaient les noms et les adresses des familles d’accueil britanniques auxquelles les enfants avaient été confiés.

L’historienne Amy Williams, employée de l’Association of Jewish Refugees (AJR) en tant que chercheuse résidente sur le Kindertransport. (Crédit : Autorisation)

Le Kindertransport est commémoré dans le monde entier, notamment par des statues représentant des enfants juifs portant des badges nominatifs. Lorsque l’Allemagne nazie a envahi l’Europe occidentale en 1940, l’espoir de sauver des enfants juifs était quasiment nul.

Après l’adoption des lois raciales de Nuremberg par l’Allemagne en 1935, certains parents juifs ont commencé à envisager d’envoyer leurs enfants se réfugier à l’étranger. On sait peu de choses sur les 10 000 enfants juifs sauvés grâce au Kindertransport, en partie parce que la plupart de leurs parents et de leurs frères et sœurs ont été assassinés pendant la Shoah.

Des enfants juifs montant à bord d’un navire dans le cadre d’une opération Kindertransport visant à les faire sortir de l’Europe sous occupation nazie. (Crédit : Pamela Sturhoofd)

« C’est essentiel, car j’ai trouvé des listes qui montrent que le Kindertransport n’était pas uniquement une opération de sauvetage britannique. Les enfants ont été envoyés dans de nombreux pays différents », poursuit Williams.

« Un sentiment de légitimité »

Hanna Zack Miley, 92 ans, qui a été sauvée grâce au Kindertransport, a déclaré que le fait de voir les registres identifiés par Williams avait été une expérience bouleversante.

« Je suis encore sous le choc d’avoir vu mon nom sur la liste du Kindertransport. Reprendre possession de mon passé est un long périple qui se poursuit », a déclaré Miley, qui vit en Arizona. Williams et Miley se sont depuis rencontrées et ont examiné attentivement la collection d’objets de cette dernière liés à sa fuite de l’Europe continentale.

« Ma première réaction a été un sentiment de légitimation : cela s’était réellement passé, j’étais vraiment là. Je comprends mieux aujourd’hui à la fois les pertes et la délivrance, le fait d’avoir eu la vie sauve », a déclaré Miley.

Une plaque d’identification du Kindertransport portée par Hanna Miley. (Crédit : Autorisation)

Williams espère que les archives du Kindertransport seront finalement conservées au Royaume-Uni, auprès de l’AJR et de World Jewish Relief, afin que les survivants et leurs descendants puissent facilement y accéder.

Outre les informations personnelles sur les enfants du Kindertransport, ces archives révèlent des aspects jusqu’alors inconnus des opérations de sauvetage. Par exemple, selon Williams, de nombreuses organisations à travers le monde ont participé à l’évacuation des enfants juifs d’Europe (certaines sources attribuent le mérite de l’organisation de l’opération à une organisation appelée Dutch Rescue Committee).

« Ce que montrent ces documents, c’est à quel point toutes les organisations tentaient désespérément de faire sortir les gens et de les envoyer dans tant d’endroits différents. Les fichiers ne sont ni numérisés ni consultables, il faut donc tout parcourir manuellement, et il y a des milliers de pages », souligne Williams.

Hanna Miley, avant d’être sauvée par le Kindertransport. (Crédit : Autorisation)

En collaboration avec les Archives centrales pour l’histoire du peuple juif (CAHJP) de la Bibliothèque nationale d’Israël, Williams répertorie actuellement les noms des enfants sauvés d’Autriche et envoyés au Royaume-Uni, en France, en Belgique et en Australie. L’historienne espère que ces recherches permettront prochainement de révéler les noms des enfants juifs évacués d’Autriche.

« J’ai également trouvé des listes du Kindertransport d’enfants qui ont quitté la Croatie pour la Palestine sous mandat britannique », ajoute-t-elle.

« Nous considérons souvent le Kindertransport comme un programme européen occidental, mais… ce programme était en réalité beaucoup plus vaste et plus étendu. »

L’historienne Amy Williams (à gauche) et Hanna Miley, sauvée par le Kindertransport (Crédit : Autorisation)

« Les listes du Kindertransport vers la mort »

Des survivants du Kindertransport, dont Miley, ont déjà utilisé ces documents récemment décryptés pour reprendre contact avec des proches dont ils avaient perdu la trace.

« Ces documents ont une importance historique considérable et permettront de répondre à des questions que beaucoup de membres du peuple juif se posent depuis toujours », a déclaré William Niven, professeur d’histoire allemande à l’université de Nottingham Trent, dont Williams est une ancienne élève.

« Pour les personnes qui étaient à bord du Kindertransport et qui sont aujourd’hui décédées, cela permettra à leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants d’en savoir davantage sur leurs origines familiales et sur ce voyage historique en train qui leur a rendu leur liberté », a souligné Niven.

Des gens passant devant une statue à la mémoire des Kindertransport près de la gare de Friedrichstrasse, dans le centre de Berlin, en Allemagne, le 17 décembre 2018. (Crédit : Markus Schreiber/AP)

Au cours de ses recherches approfondies à Yad Vashem, Williams a identifié une autre série de listes portant la mention « Kindertransport ». Cependant, ces listes avaient été établies non pas par des groupes de sauvetage, mais par les autorités allemandes. Il est effrayant de constater que les noms de certains enfants juifs apparaissent sur les deux listes.

« Certains des enfants qui ont été transportés par les Kindertransports néerlandais ont ensuite été déportés vers des camps de concentration et des camps d’extermination. Beaucoup n’ont pas survécu. Ces Kindertransports étaient des transports vers la mort », explique Williams.

« Le Kindertransport est synonyme de sauvetage et d’arrivée, mais ce n’était pas toujours le cas à l’époque. »

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