Yitzhak Goldknopf : Si les déserteurs haredim sont arrêtés, nous quitterons le pays
Smotrich fustige le chef du Yahadout HaTorah pour avoir déclaré que les ultra-orthodoxes n'ont pas à se soucier de ceux qui meurent à la guerre
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Yitzhak Goldknopf, président de Yahadout HaTorah, a averti jeudi que les Juifs ultra-orthodoxes pourraient être contraints de quitter Israël en masse si les autorités commencent à arrêter les étudiants de yeshivot qui refusent d’effectuer leur service militaire obligatoire, à la suite de la détention de plusieurs réfractaires en début de semaine.
Dans une interview accordée au journal nationaliste religieux Makor Rishon, le dirigeant haredi a insisté sur le fait que « s’il n’y a pas d’autre choix et que les ultra-orthodoxes doivent quitter le pays, alors ils le feront. »
« Il y aura un État sans ultra-orthodoxes. Les ultra-orthodoxes ne changeront pas leur mode de vie sous prétexte qu’il y a une armée et une guerre. Il y a une armée, et il y a aussi ceux qui y iront. Si vous dites qu’il vous manque 50 000 soldats, prenez donc les réfractaires… il y en a 100 000 à Tel Aviv et à Gush Dan », a-t-il déclaré, en évoquant la bande côtière la plus densément peuplée d’Israël.
On estime à environ 80 000 le nombre d’hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans, aptes au service militaire, mais non enrôlés. L’armée israélienne affirme avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, face à la pression qui pèse sur ses forces permanentes et de réserve, dans le contexte de la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et d’autres menaces sécuritaires. Seuls 2 700 haredim se sont engagés au cours de l’année écoulée, bien en deçà de l’objectif de 4 800 fixé par Tsahal.
Lorsqu’il a été confronté à l’idée que d’autres, y compris des religieux tombés au champ d’honneur ou empêchés de pratiquer certains rituels religieux en raison du manque d’effectifs dans l’armée, paient le prix du refus des ultra-orthodoxes de servir, Goldknopf a répondu que cela ne le concernait pas, ni sa communauté.
« Ne me faites pas porter vos souffrances. Acceptons que chacun ait son propre fardeau », a-t-il déclaré.
Ses propos surviennent au lendemain de manifestations massives dans le secteur haredi, après l’arrestation de trois étudiants de yeshivot réfractaires à la conscription.
Il fait écho à celui de l’ancien grand rabbin séfarade Yitzhak Yosef, qui avait averti en mai que « s’ils viennent dans les yeshivot et arrêtent les étudiants… nous partirons tous à l’étranger ».
En réaction aux déclarations de Goldknopf, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a vertement critiqué le leader de Yahadout HaTorah, estimant qu’il « devrait avoir honte » et affirmant que quiconque « s’exclut de la collectivité est un mécréant ».
« Au lieu de proférer des absurdités et de démontrer une nouvelle fois votre déconnexion du peuple d’Israël, baissez les yeux et demandez pardon », a tweeté Smotrich.
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a accusé Goldknopf de « répandre le mensonge écœurant sur les prétendus ‘réfractaires de Tel Aviv’ ».
« Le pourcentage de conscrits à Tel Aviv est identique à la moyenne nationale, et dans les quartiers nord, il est même beaucoup plus élevé », a-t-il affirmé. « J’invite Goldknopf à m’accompagner lors de la prochaine cérémonie de Yom Hazikaron pour lire les noms de ceux qui sont tombés dans mon quartier. »
« Peut-être y apprendra-t-il la honte. »
Goldknopf s’était déjà attiré les foudres de l’opinion publique pour ses prises de position sur la conscription des haredim. En mars, il avait provoqué un tollé politique après la diffusion d’une vidéo le montrant dansant sur une chanson antisioniste et anti-enrôlement lors du mariage de son neveu.
La faction Degel Hatorah du parti Yahadout HaTorah a semblé vendredi se désolidariser des propos du président du parti.
« Ces propos sont inacceptables », a déclaré l’ancien député Yahadout HaTorah Yitzhak Pindrus, l’un des trois parlementaires expulsés de la Knesset la semaine dernière en vertu de la loi dite « norvégienne », en raison des démissions des ministres du parti.
« Il ne s’agit pas que de moi. Depuis ce matin, je reçois des appels de rabbins importants et de personnes blessées. Les comprendre et s’identifier à [leur] douleur est la chose la plus élémentaire. Même si nous avons un débat idéologique, même si certaines discussions sont légitimes. Mais je ne suis pas disposé à accepter ces choses, le public haredi n’est pas disposé à accepter ces choses », a fait savoir Pindrus sur la chaîne publique Kan.
La population haredi « apprécie et remercie toutes les familles et les soldats pour leur contribution et partage leur douleur », a-t-il ajouté. « Je ne sais pas pourquoi [Goldknopf] s’est exprimé de cette manière. Je ne parle pas en son nom ; j’exprime mon opinion en tant que personne qui a grandi dans notre communauté et qui la connait. J’ai également reçu des appels de rabbins très importants et de responsables communautaires qui partagent mes convictions. »
Pindrus est membre de Degel Hatorah. Goldknopf dirige pour sa part la faction hassidique Agudat Yisrael de Yahadout HaTorah.
Selon le site d’information Behadrei Haredim, Pindrus a prononcé sa déclaration sur ordre du rabbin Moshe Hirsch, doyen de la yeshiva Slabodka de Bnei Brak et l’un des chefs spirituels de Degel Hatorah.
Vendredi matin, le rabbin Dov Lando, un autre chef spirituel de la faction, s’adressant à des étudiants en yeshiva ayant reçu des ordres d’enrôlement, a dit que seule l’étude de la Torah, et non l’armée, protégeait le peuple juif.
« Qu’est-ce qui nous sauve ? Est-ce que l‘armée nous sauve ? Que Dieu les aide à réussir. Pourquoi la terre ne nous rejette-t-elle pas ? Grâce à l’étude de la Torah », a conclu Lando.
« Il n’y a pas matière à discussion »
Les partis ultra-orthodoxes, Yahadout HaTorah (ashkénaze) et Shas (séfarade), ont tous deux fait pression pour l’adoption d’une loi permettant à la plupart des hommes ultra-orthodoxes de continuer à échapper au service militaire ou à tout autre service national, à la suite de la décision rendue l’année dernière par la Cour suprême, qui a jugé ces exemptions illégales au nom du principe d’égalité.
La semaine dernière, Yahadout HaTorah a quitté la coalition après avoir reçu une copie du projet de loi sur la conscription préparée par le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Yuli Edelstein. Le parti a estimé que cette proposition violait les termes d’un compromis conclu en juin, alors que des efforts étaient menés pour empêcher les haredim de faire tomber le gouvernement avant la guerre avec l’Iran.
Shas a rapidement suivi le mouvement en quittant lui aussi le gouvernement, tout en restant membre de la coalition.
Pour regagner le soutien des partis haredim, les députés du Likud, formation du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont voté mercredi soir à une large majorité en faveur du remplacement d’Edelstein par le député Boaz Bismuth. Edelstein avait affirmé que toute loi sur la conscription devait prévoir des sanctions contre les réfractaires et les yeshivot.
Un sondage diffusé mercredi par la Treizième chaîne révèle que 44 % des Israéliens s’opposent à l’éviction d’Edelstein, tandis que 26 % y sont favorables. Plus de la moitié des personnes interrogées estiment que Netanyahu cherche avant tout à réparer ses relations avec les haredim et à faire adopter cette loi controversée.
Malgré les efforts du Likud, Yahadout HaTorah refuse tout retour dans la coalition sans l’adoption d’une loi sur la conscription qui lui convienne.
« Nous avons un accord avec le Premier ministre sur le statut des étudiants de yeshivot. Nous lui demandons de respecter cet engagement », a déclaré jeudi Motti Babchik, conseiller principal de Goldknopf, au Times of Israel. « Yahadout HaTorah reviendra au gouvernement dès que la loi aura été adoptée en deuxième et troisième lectures. »
Le remplacement d’Edelstein « ne nous intéresse pas », a affirmé l’ancien député Yahadout HaTorah Yitzhak Pindrus, l’un des trois parlementaires évincés de la Knesset la semaine dernière en vertu de la loi dite « norvégienne » après la démission de ministres du parti.
« Peu importe qui préside la commission, tant qu’aucune loi n’est votée, il n’y a rien à discuter », a-t-il ajouté.
Moshe Roth, qui siégeait encore à Yahadout HaTorah la semaine dernière, a décrit Boaz Bismuth comme « quelqu’un d’intelligent, de loyal et expérimenté » et lui a souhaité « de réussir à trouver une solution », sans toutefois affirmer que cette nomination changerait quoi que ce soit dans les relations entre la Yahadout HaTorah et la coalition.
La chaîne N12 a rapporté que Netanyahu envisage de faire adopter la loi d’ici septembre et d’organiser des élections anticipées en septembre 2026, soit deux mois plus tôt que prévu.
Le Shas examine ses options
Selon la chaîne publique Kan, le Shas se montre plus conciliant que Yahadout HaTorah. Son président, Aryeh Deri, aurait indiqué que son parti envisagerait de revenir au gouvernement si Edelstein était remplacé, ce qui doit encore être validé par deux commissions de la Knesset.
Dans une déclaration à Kan, un porte-parole du Shas a nié que Deri envisageait une telle option ou qu’il soumettrait la question au Conseil des sages de la Torah, l’organe dirigeant du parti.
Une source du Shas, non directement impliquée dans les discussions, a indiqué au Times of Israel que tout « dépendait de la décision du Conseil des sages de la Torah ».
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